L’investissement privé dans l’industrie manufacturière montre des signes clairs de redressement pour le premier semestre 2026. Porté par un secteur mécanique et électrique en surchauffe, le solde d’opinion des dirigeants repasse au vert, selon les dernières données de l’INS. Toutefois, cette dynamique cache une fracture sectorielle béante : la filière textile-habillement s’enfonce en territoire négatif, menaçant l’équilibre d’une reprise encore largement fondée sur des anticipations.
Le moral des capitaines d’industrie tunisiens reprend de la hauteur. Selon la dernière enquête de conjoncture de l’Institut National de la Statistique (INS), menée en mai 2026 auprès de 1 085 dirigeants, le solde d’opinion décrivant l’évolution des investissements s’est établi à +24 au premier semestre 2026. Il progresse ainsi de trois points par rapport au second semestre 2025 (+21), avec une projection optimiste à +26 pour la fin de l’année.
Si le signal demeure très favorable, une précision méthodologique s’impose : le solde d’opinion mesure la différence nette entre le pourcentage de chefs d’entreprise constatant une hausse et ceux déplorant une baisse de leurs engagements. Il s’agit donc d’un indicateur de trajectoire et de climat des affaires, non d’une comptabilisation en millions de dinars injectés dans l’appareil productif.
1. Industries mécaniques et électriques : Le moteur hyper-performant
Derrière l’indice global, une filière agit comme un véritable rouleau compresseur : les Industries Mécaniques et Électriques (IME). Leur solde d’opinion a littéralement bondi, passant de 35 à 48 en l’espace d’un semestre.
Cette confiance accrue du patronat trouve un ancrage direct dans le commerce extérieur. Sur les six premiers mois de 2026, les exportations de la branche ont grimpé de 9,1 % sur un an. L’effet d’entraînement de la demande internationale alimente directement les perspectives d’investissement des acteurs locaux, dont les projections pour le second semestre grimpent à 37.
2. Matériaux de construction et Agroalimentaire : Une consolidation prudente
Les autres secteurs manufacturiers affichent une santé contrastée mais positive :
- Matériaux de construction, céramique et verre : Le solde d’opinion double pour atteindre 19 (contre 10 fin 2025), traduisant un rattrapage, bien que les anticipations pour la seconde moitié de l’année invitent à la modération.
- Agroalimentaire : La branche conserve une assise solide avec un solde anticipé de 32. Le secteur a surfé sur une croissance spectaculaire de ses ventes à l’export au premier semestre (+25,2 % sur un an), portée par les performances des cours et volumes d’huile d’olive.
- Chimie : Bien qu’en repli de 9 points (de 38 à 29), le secteur reste ancré dans un climat de confiance solide.
3. Textile et Habillement : La bascule en territoire négatif
C’est le véritable point noir de cette publication de l’INS. La filière Textile, Habillement et Cuir rompt le consensus et bascule sous la barre du zéro, affichant un solde de -4 au premier semestre 2026, contre +2 au semestre précédent.
Ce franchissement de la ligne zéro est critique : il signifie formellement que les industriels déclarant une réduction de leurs investissements sont désormais plus nombreux que ceux qui les augmentent. L’inquiétude se confirme pour la fin de l’année, avec des projections qui se détériorent à -6. Sans identification formelle des causes à ce stade (coûts des intrants, contraction de la commande européenne ou difficultés de financement), ce décrochage fait poindre un risque pour l’emploi et la modernisation d’un secteur historique.
4. Des intentions aux usines : Le défi de la concrétisation
Ce regain d’optimisme mesuré par l’INS doit désormais passer l’épreuve des faits. Les bonnes intentions ne constituent pas à elles seules une relance des capacités industrielles. Pour que ce solde de +24 se traduise en créations d’emplois durables, il faudra que ces anticipations se concrétisent dans les importations de biens d’équipement, l’octroi de crédits bancaires à l’investissement et la production effective du second semestre.
EN BREF
- Regain de confiance global : Le solde d’opinion sur l’investissement industriel passe à +24 au S1 2026, contre +21 au S2 2025, avec une prévision de +26 au S2 2026.
- Envolée des IME : Les industries mécaniques et électriques dominent avec un solde de 48 (contre 35), soutenu par une hausse de 9,1 % de leurs exportations.
- Décrochage du Textile : La filière textile-habillement-cuir passe sous zéro à -4 et prévoit -6 pour le second semestre.
- Agroalimentaire solide : Le secteur confirme sa résilience (solde anticipé de 32), stimulé par l’envolée des exportations d’huile d’olive (+25,2 %).
- Avertissement méthodologique : L’indicateur de l’INS mesure le sentiment des dirigeants et les tendances, non les montants comptables effectivement investis.


