
Du virtuel au transactionnel, le pas est désormais franchi. Une confiture de dattes proposée à 10 dinars, une horloge en marbre à 170 dinars, côtoyant tapis, bijoux et céramiques : au lendemain de son inauguration, Raidet Store affiche une physionomie de marketplace opérationnelle. Au 13 août, la plateforme recensait déjà 35 vendeuses pour 70 produits référencés.
Ce déploiement, orchestré par le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, marque un pivot stratégique. L’action publique ne se limite plus au financement ou à l’accompagnement amont ; elle intervient directement sur le goulot d’étranglement critique de ces petites structures : l’accès concret au client final et l’exécution de la vente.
1. La Poste Tunisienne, clef de voûte logistique
L’architecture de Raidet Store a été conçue pour clore l’acte d’achat. Le site intègre paniers, comptes clients et boutiques dédiées. Les conditions générales de vente (CGV) structurent la chaîne de valeur : paiement par carte bancaire tunisienne ou à la livraison, et expédition nationale.
C’est ici que réside la composante économique la plus critique du projet : l’intégration du dernier kilomètre. Via des conventions avec le ministère et l’Office national de l’artisanat, la Poste tunisienne assure l’envoi des colis, le recouvrement et le transfert des recettes. Si numériser un catalogue est aisé, orchestrer la logistique, l’encaissement et le service après-vente pour des productrices isolées constitue le véritable défi industriel de ce pilote.
2. Une prédominance écrasante de l’artisanat
Le catalogue initial livre une indication précieuse sur le profil économique actuel de la plateforme. Sur les 70 articles audités le 13 août, 61 relevaient de l’artisanat, contre une présence encore marginale de l’agroalimentaire, du biologique ou de la cosmétique.
Près de neuf produits sur dix appartiennent donc à la sphère artisanale. Si cela crédibilise le partenariat avec l’Office national de l’artisanat, cela souligne également que la diversification promise vers d’autres secteurs de production reste un objectif à concrétiser durant la phase expérimentale.
3. Le pari de la formalisation par le marché
Le gouvernement assigne à Raidet Store une ambition macroéconomique : utiliser la numérisation comme vecteur d’inclusion financière et d’incitation au passage vers le secteur formel. L’interconnexion annoncée avec les bases administratives pour vérifier la légalité des structures féminines en est la preuve tangible.
Toutefois, la viabilité de cette logique reste à démontrer. La réussite ne se mesurera pas au nombre d’inscrites, mais au volume réel des transactions, à la régularité des commandes et à la marge nette subsistant pour la productrice après déduction des frais logistiques et de plateforme.
4. Six mois pour transformer l’essai
Le statut expérimental de Raidet Store transparaît encore dans certains détails de l’interface, comme des numéros de téléphone provisoires (“123456789”) ou des adresses emails génériques. Dans l’e-commerce, où la confiance est la monnaie de rechange, la capacité à identifier un interlocuteur en cas de litige est fondamentale.
Cette phase pilote de six mois devra donc servir à éprouver la technologie, mais surtout à roder le service après-vente, la fiabilité logistique et la qualité de la présentation commerciale. L’éventuelle extension vers l’export, évoquée par la Poste tunisienne, ne pourra être envisagée qu’après la consolidation de ce circuit domestique.
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EN BREF
- Lancement : Raidet Store, plateforme publique d’e-commerce pour les productrices tunisiennes, a démarré sa phase pilote le 12 août 2026.
- Démarrage opérationnel : Au 13 août, le site comptait 35 vendeuses et 70 produits, avec des prix allant de 6 à 1 500 dinars.
- Pivots logistiques : La Poste tunisienne gère l’expédition nationale, le recouvrement et le transfert des fonds aux vendeuses.
- Profil sectoriel : L’artisanat domine outrageusement le catalogue initial, représentant près de 90% des produits disponibles.
- Objectif systémique : Le projet vise l’inclusion financière et la formalisation des activités informelles via l’accès au marché numérique.


