Zoubeida BchirÀ la veille du 70ᵉ anniversaire du Code du statut personnel, la 31ᵉ édition du Prix national Zoubeïda B’chir consacre le dynamisme des plumes féminines tunisiennes. Toutefois, l’incapacité du jury à décerner les deux distinctions en recherche scientifique pose la question de l’attractivité et de la visibilité des carrières académiques pour les femmes.

1. La création artistique à l’honneur : la vitalité du roman et du scénario

La littérature et la création audiovisuelle ont porté le palmarès de cette 31ᵉ édition du Prix national Zoubeïda B’chir, attribué au titre de l’année 2025. Réuni au siège du Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF), le jury a récompensé Fathia Hechmi (Termini) et Cherifa Badri (Abaâd men Ghieb) ex æquo pour la création littéraire en langue arabe. Le volet francophone a salué Basma Omrani pour son premier roman Sursis à volonté, déjà ancré dans le paysage éditorial via L’Harmattan et les réseaux de l’Institut français de Tunisie. Côté 7ᵉ art, le scénario Hikayat Kamra d’Ahlem Hakimi a décroché la palme dédiée au court-métrage.

Ces distinctions illustrent un soutien public structuré, encadré par le décret gouvernemental n° 2020-585 qui dote les catégories de 5 000 à 10 000 dinars sur le budget du CREDIF. Plus qu’une récompense pécuniaire, le prix offre un levier crucial de légitimation marchande et institutionnelle dans des secteurs culturels où l’accès aux réseaux de diffusion reste une variable déterminante pour la pérennité des carrières féminines.

2. Le signal ambigu de la vacance scientifique : rigueur ou crise de vocation ?

Le fait le plus marquant sur le plan institutionnel réside dans ce que le palmarès ne contient pas : les deux prix dédiés à la recherche scientifique, en arabe et en français, sont restés sans lauréate. En vertu du cadre réglementaire de 2020, le jury a exercé son droit de ne pas attribuer ces récompenses, considérant que les travaux soumis ne satisfaisaient pas aux standards exigés.

Cette décision interroge. Si elle témoigne d’une exigence qualitative bienvenue évitant tout bradage de la distinction, elle soulève un doute sur l’attractivité du concours auprès de la communauté universitaire féminine, ou sur la visibilité même de l’appel à candidatures. En l’absence de données ouvertes sur le nombre de dossiers déposés ou leur répartition disciplinaire, le CREDIF laisse en suspens une question stratégique : s’agit-il d’une sévérité ponctuelle du jury ou du symptôme d’un désengagement des chercheures vis-à-vis des dispositifs de reconnaissance publique ?

3. Entre mémoire, technologies et politiques publiques : le bilan à 70 ans du CSP

Organisée à la veille du 13 août 2026, date marquant le 70ᵉ anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel (CSP) de 1956, la cérémonie a scellé l’imbrication entre politiques publiques, émancipation juridique et création culturelle. L’événement a également cherché à moderniser sa médiation patrimoniale, combinant la remise d’une édition en braille du recueil Le Phénix de Zoubeïda B’chir à des étudiantes non-voyantes, et l’usage d’avatars générés par intelligence artificielle pour réincarner la poétesse disparue en 2011.

Trois décennies après sa création, le Prix Zoubeïda B’chir demeure un thermomètre utile de la production intellectuelle féminine en Tunisie. Pour transformer cet outil symbolique en véritable accélérateur d’impact, l’institution devra renforcer la transparence autour de ses métriques (taux de candidature, suivi des lauréates) afin de garantir que les investissements publics soutiennent efficacement la formation de capital intellectuel et créatif.

EN BREF

  • Palmarès littéraire : Quatre créatrices distinguées en 2025 (Fathia Hechmi, Cherifa Badri, Basma Omrani et Ahlem Hakimi) dans les catégories roman, poésie et scénario.
  • Vacance scientifique : Les deux prix consacrés à la recherche scientifique (en langues arabe et française) n’ont pas été attribués par le jury, faute de travaux répondant aux exigences.
  • Anniversaire politique : La cérémonie organisée au CREDIF s’inscrit dans le cadre du 70ᵉ anniversaire du Code du statut personnel (promulgué le 13 août 1956).
  • Cadre réglementaire : Les dotations (5 000 à 10 000 TND) sont régies par le décret n° 2020-585 et financées sur le budget de fonctionnement du CREDIF.
  • Innovations culturelles : Publication du recueil de Zoubeïda B’chir en braille et intégration de séquences de médiation virtuelle par intelligence artificielle.