Diaspora TREEntre le 23 juillet et le 6 août 2026,  un exercice inédit a été mené : quatre rencontres régionales consacrées aux Tunisiens à l’étranger, organisées par l’Office des Tunisiens à l’Étranger (OTE) et soutenues par le projet « Promotion de l’inclusion financière et socioéconomique en Tunisie (IFSE) » de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), à travers sa composante EDMEJ – GIZ, cofinancée par l’Union Européenne et le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

Une séquence politique et territoriale qui révèle une nouvelle vision : transformer la diaspora en partenaire stratégique du développement national.

La Tunisie compte plus de 1,8 million de citoyens vivant hors de ses frontières. Ils transfèrent, investissent, innovent, créent des entreprises, portent des compétences et maintiennent un lien permanent avec leur pays. Leur rôle dépasse largement la contribution financière. Ils sont un capital humain, technologique et relationnel considérable.

Dans son discours de clôture, jeudi 6 août 2026, à Kairouan, Issam Lahmar, ministre des Affaires sociales a insisté sur cette dimension stratégique en déclarant : « La Tunisie dispose, à travers ses compétences et ses experts établis à l’étranger, d’un potentiel capable de construire des politiques plus efficaces et plus proches des attentes des citoyens. » Cette phrase résume l’esprit de la série : la diaspora n’est plus un sujet périphérique, mais un pilier de la vision nationale.

Le ministre a également rappelé que la diaspora représente plus de 15 % de la population tunisienne et contribue à plus de 7 % du PIB. Il a souligné que les transferts, qui ont dépassé cinq milliards de dinars à fin juillet 2026, ont permis de stabiliser plusieurs indicateurs économiques. Mais il a insisté sur la nécessité de dépasser la logique de la contribution financière pour entrer dans une logique de partenariat productif.

Les compétences tunisiennes à l’international au cœur de la dynamique économique

Les Tunisiens résidents à l’étranger représentent aujourd’hui bien plus qu’une force financière pour leur pays : ils sont un moteur de savoir, d’innovation et de rayonnement international. Formés dans des environnements compétitifs, ils ramènent en Tunisie des méthodes de travail modernes, des expertises pointues et des visions nouvelles qui enrichissent les universités, les entreprises et les institutions.

Leur présence dans les grandes capitales économiques du monde ouvre des portes : ils facilitent les partenariats, connectent les talents locaux à des réseaux internationaux, attirent des investisseurs et contribuent à l’ouverture commerciale du pays.

En lançant des projets innovants, en partageant leurs connaissances et en mobilisant leurs carnets d’adresses, ils deviennent des ambassadeurs naturels de la Tunisie, renforçant son image et son influence. Leur rôle dépasse ainsi largement les transferts financiers : ils apportent des idées, des compétences, des opportunités et une capacité unique à relier la Tunisie au reste du monde.

Pour les pouvoirs publics, basculer d’une économie fondée sur la subsistance et les transferts et en prime, ceux envoyés par la diaspora, vers une économie réellement productive et orientée vers l’investissement n’est plus un choix mais une nécessité vitale. C’est la condition pour relancer durablement la croissance, créer des emplois qualifiés pour les jeunes et réduire les disparités régionales qui freinent encore le potentiel du pays

Investissement et inclusion financière : les deux piliers de la nouvelle stratégie

Les quatre rencontres ont été articulées autour de deux axes majeurs. Le premier concerne l’investissement des Tunisiens à l’étranger, avec une volonté claire de passer des opportunités théoriques aux projets concrets. Le second porte sur l’inclusion financière, un enjeu crucial dans un contexte où les transferts demeurent un pilier de la relation économique entre la diaspora et la Tunisie.

Le ministre a rappelé que l’État s’engage à moderniser les services, à numériser les procédures et à créer des mécanismes permettant à une partie de l’épargne de devenir investissement productif. Il a déclaré : « Nous nous engageons à traduire vos recommandations en décisions, en mesures et en programmes qui ouvriront de nouvelles perspectives à l’ensemble de la diaspora tunisienne. »

Cette volonté s’inscrit dans une philosophie nouvelle : passer d’une administration centrée sur ses procédures à une administration centrée sur le parcours de l’investisseur.

Une feuille de route nationale ambitieuse

Les séminaires ont produit une série de recommandations structurantes :

  • mettre en place une gouvernance nationale coordonnée de la politique envers les Tunisiens à l’étranger :
  • déployer une plateforme numérique unique comme point d’entrée des services et de l’investissement ;
  • créer un parcours Fast Track pour les projets portés par les Tunisiens à l’étranger ;
  • constituer une banque nationale de projets prêts à investir, structurée par régions et secteurs ;
  • élaborer des cartographies régionales des opportunités d’investissement ;
  • créer une base nationale des compétences tunisiennes à l’étranger ;
  • développer des produits et mécanismes financiers dédiés à la diaspora ;
  • faciliter l’orientation d’une partie de l’épargne vers l’investissement productif, sans remettre en cause le rôle social des transferts ;
  • renforcer les accords de sécurité sociale et de mobilité de la main-d’œuvre ;
  • mettre en place un système national de suivi-évaluation fondé sur des indicateurs de projets, d’investissements, d’emplois, de délais et de qualité de service et enfin transformer les séminaires régionaux en rendez-vous annuel de suivi, d’évaluation et de dialogue.

Ces recommandations constituent désormais une feuille de route nationale qui engage l’État dans une transformation profonde de sa relation avec la diaspora.

Une clôture qui marque un tournant

À Kairouan, le ministre a donné à la série de rencontres une dimension politique forte. Il a rappelé que la diaspora est un acteur essentiel d’une nouvelle vision, fondée sur la décentralisation, les régions et la justice territoriale. Tout comme il a insisté sur la nécessité de protéger les droits des Tunisiens à l’étranger, renforcer les accords de sécurité sociale, moderniser les services, mobiliser les compétences et coordonner les actions entre les institutions.

Il a affirmé que l’État s’engage à traduire les recommandations en actions concrètes, déclarant : « Nous continuerons à écouter, à comprendre et à agir pour que chaque Tunisien à l’étranger trouve sa place dans la construction de la Tunisie nouvelle. »

Avec les rencontres annuelles avec les Tunisiens résidant à l’étranger ou comme les a qualifiés Mhamed Ben Abid, Directeur général du climat d’Affaires au ministère de l’Economie et du Plan « Compétences Tunisiennes de l’étranger » (CTE), la Tunisie ouvre un nouveau chapitre. Celui d’une diaspora pleinement intégrée dans le projet national, non plus seulement contributrice, mais partenaire, actrice, force de transformation. Les rencontres régionales ont montré que le pays est prêt à redessiner sa relation avec ses enfants du monde. Reste désormais à transformer cette vision en résultats mesurables.

Amel Belhadj Ali

EN BREF

  • Virage stratégique : La Tunisie réoriente sa politique envers la diaspora, passant d’une logique de simples transferts d’argent à un partenariat économique axé sur l’investissement productif.
  • Poids macroéconomique : La diaspora représente 15 % de la population tunisienne (1,8 million de personnes), génère plus de 7 % du PIB et a transféré plus de 5 milliards de dinars à fin juillet 2026.
  • Guichet unique digital : Lancement prévu d’une plateforme numérique intégrée et création d’un parcours Fast Track pour simplifier l’installation des entreprises portées par les expatriés.
  • Offre de projets structurée : Élaboration d’une banque nationale de projets « clés en main » et de cartographies d’opportunités d’investissement dans les régions de l’intérieur.
  • Suivi de performance : Déploiement d’un mécanisme d’évaluation fondé sur des indicateurs chiffrés (délais administratifs, créations d’emplois, capitaux injectés) réévalué chaque année.