Depuis plusieurs années, j’interpelle les pouvoirs publics sur deux réformes que je considère comme fondamentales pour remettre l’économie tunisienne sur une trajectoire de croissance durable :

  • le remplacement progressif du système de subvention des prix par un soutien direct aux personnes qui en ont réellement besoin ;
  • le règlement des dettes croisées entre l’État, les entreprises publiques, les collectivités locales, les caisses sociales et le secteur bancaire.

À cela s’ajoute aujourd’hui une troisième interrogation :

  • Comment préparer une Loi de finances 2027 sans publier au préalable les résultats provisoires de l’exécution du budget 2026 ?
  • Ces trois dossiers sont différents, mais ils ont un point commun : l’absence de décisions visibles et de communication claire.

Je m’interroge.

Pourquoi aucune étude publique détaillée ne compare-t-elle les coûts et les bénéfices d’un passage d’une compensation des prix à une compensation ciblée des personnes ?

Pourquoi l’État n’engage-t-il pas un vaste chantier de compensation des dettes croisées, alors que cette mesure pourrait améliorer immédiatement la trésorerie de nombreuses entreprises publiques, réduire les besoins d’endettement et restaurer une partie de la confiance dans l’économie ?

Pourquoi demander aux citoyens et aux entreprises de débattre des orientations de la Loi de finances 2027 alors que les résultats provisoires de l’exécution du budget 2026 ne sont toujours pas rendus publics ?

Ces questions ne sont ni idéologiques ni politiques.

Elles relèvent tout simplement de la bonne gouvernance.

En tant qu’économiste, j’ai du mal à comprendre cet immobilisme.

Car lorsqu’un pays fait face à une croissance insuffisante, à un investissement en recul, à une dette publique élevée, à un chômage massif des jeunes diplômés et à un déficit commercial chronique, le statu quo devient lui-même une décision économique.
Certes, toute réforme comporte des risques.

Mais l’absence de réforme comporte souvent un coût encore plus élevé.
Il est naturellement possible que le ministère des Finances dispose de contraintes techniques, juridiques, budgétaires ou politiques qui expliquent ces retards.

Si tel est le cas, les citoyens sont en droit de les connaître.

En revanche, si aucune explication n’est donnée, le silence nourrit inévitablement les interrogations et fragilise la confiance.

La Tunisie n’a plus le luxe d’attendre.

Elle a besoin d’un ministère des Finances qui ne se contente pas de gérer les urgences budgétaires, mais qui porte une véritable vision stratégique des finances publiques.

Une vision fondée sur la transparence, l’évaluation, le courage des réformes et la recherche de croissance.

Le rôle d’un ministère des Finances n’est pas seulement d’équilibrer un budget.

Il est de préparer l’avenir.

Aujourd’hui, beaucoup de Tunisiens ont le sentiment que notre politique budgétaire réagit davantage aux contraintes du moment qu’elle n’anticipe les défis de demain.
J’espère sincèrement me tromper.

Mais la meilleure manière de dissiper ce doute est simple :
publier les données, expliquer les choix, ouvrir le débat et engager enfin les réformes structurelles que notre économie attend depuis trop longtemps.

Dr Abdelbasset Sammari