Les entreprises cotées à la Bourse de Tunis ont généré près de 12,7 milliards de dinars de revenus au premier semestre 2026, en hausse de 4,2 % sur un an. Derrière cette progression d’ensemble se cachent cependant des trajectoires très contrastées : finance, agroalimentaire et télécommunications avancent, tandis que la chimie et les matières premières décrochent fortement. Dans le même temps, les indices boursiers enregistrent des hausses de près de 48 %.
La dynamique économique des sociétés cotées tunisiennes demeure positive au premier semestre 2026, mais sans commune mesure avec l’accélération observée sur le marché boursier. Selon les indicateurs d’activité compilés par la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT), le revenu global des sociétés cotées a atteint 12,686 milliards de dinars à fin juin 2026, contre 12,171 milliards un an auparavant, soit une hausse de 4,2 % (pp. 1 et 8).
La progression est relativement diffusée : 46 sociétés sur les 71 ayant publié leurs indicateurs, soit environ 65 %, ont enregistré une amélioration de leurs revenus par rapport au premier semestre 2025 (p. 1).
Les poids lourds de la cote affichent une évolution légèrement supérieure à celle de l’ensemble du marché. Les vingt entreprises du Tunindex20 ont généré 8,452 milliards de dinars, contre 8,094 milliards au premier semestre 2025, soit une croissance de 4,43 %. À elles seules, elles représentent environ 67 % du revenu global des sociétés cotées (pp. 1-2).
La finance reste le principal moteur
Avec plus de 5 milliards de dinars de revenus, le secteur financier continue de peser lourd dans l’activité de la cote tunisienne. Les sociétés financières ont réalisé 5,203 milliards de dinars au premier semestre, contre 4,910 milliards un an auparavant, soit une progression de 6 % (pp. 3 et 6).
Les douze banques cotées ont enregistré un Produit Net Bancaire cumulé de 3,786 milliards de dinars, en hausse de 4,9 %. Mais les performances individuelles sont loin d’être homogènes (pp. 2 et 6).
Amen Bank se démarque avec une progression de son PNB de 17,7 %, à 362,4 millions de dinars. La BT avance de 11,8 %, tandis qu’UBCI affiche +10,1 %. À l’inverse, la STB subit une baisse de 10,5 %, son PNB revenant à 313,8 millions de dinars (p. 6).
Le segment des assurances affiche une dynamique encore plus robuste : les primes émises par les sept compagnies cotées atteignent près de 1,082 milliard de dinars, contre 985 millions un an plus tôt, soit +9,8 % (pp. 3 et 6).
Poulina confirme son poids dans la cote
Du côté des biens de consommation, l’activité progresse de 5 %, à un peu plus de 4 milliards de dinars au premier semestre 2026 (p. 7).
L’agroalimentaire constitue l’essentiel de ce montant. Le sous-secteur affiche 3,361 milliards de dinars de revenus, en progression de 6,3 % sur un an (p. 7).
Poulina Group Holding demeure, de très loin, l’une des entreprises les plus importantes de la cote en termes de chiffre d’affaires, avec 2,118 milliards de dinars à fin juin 2026, contre 1,964 milliard un an auparavant. La croissance atteint ainsi 7,9 % (p. 7).
Délice Holding progresse plus modestement, de 1 %, à 752,8 millions de dinars, tandis que SFBT affiche une hausse de 6 %, à 379,3 millions (p. 7).
Sotuver se distingue parmi les valeurs du Tunindex20
La comparaison des vingt valeurs composant le Tunindex20 fait apparaître plusieurs écarts marqués.
La performance la plus forte revient à Sotuver, dont les revenus progressent de 27,2 %, pour atteindre près de 69,8 millions de dinars. Amen Bank suit avec +17,7 %, devant la BT avec +11,8 % (p. 2).
À l’autre extrémité du classement, TPR recule de 11,2 %, la STB de 10,5 % et City Cars de 8,6 %. Carthage Cement et Unimed enregistrent également des baisses respectives de 5,7 % et 5,6 % (p. 2).
Ces évolutions rappellent qu’une amélioration du revenu global de la cote ne signifie pas que toutes les entreprises participent également à la croissance.
Télécommunications en tête, chimie en chute libre
La lecture sectorielle met encore davantage en évidence cette dispersion.
Les télécommunications affichent la plus forte hausse de revenus, avec +23,3 % au premier semestre 2026. Le secteur reste toutefois de taille réduite dans l’échantillon publié, avec environ 69,6 millions de dinars de revenus cumulés (pp. 4 et 8).
Les industries progressent de 5,4 %, les biens de consommation de 5 %, les sociétés financières de 6 % et les services aux consommateurs de 2,6 % (p. 4).
En revanche, plusieurs branches connaissent un net retournement. Le secteur des matériaux de base recule de 21,4 %. À l’intérieur de celui-ci, la chimie chute de 33,6 %, sous l’effet notamment des baisses d’ICF (-38,7 %) et d’Alkimia (-31,2 %). Les matières premières affichent de leur côté un repli de 13,2 % (pp. 7-8).
Le pétrole et gaz recule également de 11,9 %, tandis que le secteur de la santé baisse de 5,6 % dans les données disponibles (pp. 7-8).
Automobile : un premier semestre difficile
Le marché automobile constitue également l’une des poches de faiblesse. Les concessionnaires automobiles pris en compte dans la note voient leur chiffre d’affaires cumulé reculer de 5,5 %, à environ 702 millions de dinars contre 743 millions un an plus tôt (p. 3).
Les écarts entre opérateurs sont néanmoins importants. ARTES chute de 26,7 %, tandis que City Cars recule de 8,6 %. Ennakl Automobiles résiste avec une hausse de 2,2 %, et STA se distingue par une progression de 23,2 % (pp. 6-7).
Grande distribution : la croissance se maintient
Les deux grandes enseignes cotées de distribution généraliste enregistrent pour leur part une progression notable. Magasin Général réalise 590,9 millions de dinars de chiffre d’affaires, en hausse de 7,3 %, tandis que Monoprix atteint 412,2 millions, en progression de 7,5 % (p. 7).
Leur chiffre d’affaires cumulé dépasse ainsi le milliard de dinars sur les six premiers mois de l’année.
Une Bourse qui court beaucoup plus vite que les revenus
Le principal enseignement du rapport apparaît cependant dans la comparaison entre l’évolution de l’activité des entreprises et celle de leurs cours en Bourse.
Au 30 juin 2026, le Tunindex affiche une progression de 47,69 %, tandis que le Tunindex20 gagne 47,51 % (p. 5).
Cette hausse contraste fortement avec la croissance de seulement 4,2 % du revenu global des sociétés cotées. L’écart ne signifie pas nécessairement que le marché est surévalué : un indice boursier reflète aussi les anticipations de profits, les taux d’intérêt, les primes de risque, les flux de liquidité et les niveaux de valorisation de départ. Mais il montre que la hausse du marché en 2026 ne peut être expliquée par la seule progression du chiffre d’affaires.
Le contraste est particulièrement visible dans la finance. Alors que les revenus du secteur progressent de 6 %, son indice boursier avance de 54,12 %. L’indice bancaire gagne même 55,35 % pour une croissance du PNB de 4,9 % (p. 5).
Même constat pour les matériaux de base : les revenus sectoriels diminuent de 21,4 %, alors que l’indice correspondant affiche une hausse de 39,88 % (p. 5).
Cette divergence constitue probablement l’un des points les plus importants à surveiller au cours des prochains mois : pour justifier durablement la revalorisation enregistrée en Bourse, l’amélioration des revenus devra progressivement se traduire par une hausse des marges, des bénéfices et des flux de trésorerie.
Des chiffres à interpréter avec prudence
La photographie reste par ailleurs incomplète. Au 20 juillet 2026, seulement vingt sociétés avaient publié leurs indicateurs du deuxième trimestre, selon la note, et certaines entreprises n’avaient toujours pas communiqué leurs données à la date de publication, notamment Aetech, Tunisair, Siphat et UADH (p. 1).
Il faut également distinguer ces indicateurs d’activité des résultats financiers complets. Pour les banques, le document retient le Produit Net Bancaire ; pour les assurances, les primes émises ; pour les sociétés de leasing, les revenus nets de leasing ; et pour les autres entreprises, le chiffre d’affaires hors taxes (p. 8).
Autrement dit, la progression des revenus ne préjuge pas automatiquement de celle des bénéfices.
Un deuxième semestre sous surveillance
Le premier semestre 2026 laisse ainsi apparaître une cote tunisienne en croissance, mais profondément hétérogène. La finance et l’agroalimentaire continuent de fournir une assise solide à l’activité, les télécommunications affichent la plus forte accélération sectorielle et plusieurs valeurs enregistrent des progressions à deux chiffres.
En parallèle, la chimie, les matières premières et certaines valeurs automobiles restent sous pression.
Mais l’enjeu principal se situe désormais ailleurs : après une envolée de près de 48 % des principaux indices en six mois, le marché semble avoir largement anticipé une amélioration future des fondamentaux. Les prochains résultats semestriels et annuels devront montrer si l’accélération des bénéfices est suffisamment forte pour rapprocher la performance opérationnelle de la spectaculaire revalorisation déjà enregistrée en Bourse.
EN BREF
- Chiffre d’affaires global : 12,686 milliards DT au S1 2026 (+4,2 % sur un an) pour l’ensemble des sociétés cotées à la BVMT.
- Moteurs de la cote : Le secteur financier (+6 % à 5,2 Mdt DT) et l’agroalimentaire (+6,3 % à 3,36 Mdt DT) portent la croissance.
- Top & Flop valeurs : Sotuver (+27,2 %) et Amen Bank (+17,7 %) réalisent les meilleures performances, tandis que la chimie (-33,6 %) et ARTES (-26,7 %) s’effondrent.
- Divergence marchés/réel : Explosion boursière du Tunindex (+47,69 %) déconnectée de la croissance organique des revenus (+4,2 %).
- Transparence encore partielle : Plusieurs retardataires de publication (Tunisair, Siphat, UADH) et un besoin critique de confirmer cette hausse boursière par des bénéfices nets au S2.
Une Bourse qui court beaucoup plus vite que les revenus

