Elles ont la santé et ont cultivé de la résilience. Sont-elles bien lancées dans la course à la performance ?

Lundi 29 juin se tenait à Tunis le 16ème Conseil de l’Union des Banques Maghrébines. Il planait un air de solennité comparable à celui des réunions périodiques du FMI et de la BM.

Il faut convenir que l’institution a l’oreille des autorités monétaires dans l’ensemble des pays de la région. Et qu’elle confirme d’une année sur l’autre son audience de wayfarer du métier. Son rapport vaut audit du système bancaire régional.

Globalement les places régionales évoluent au diapason des règles internationales les plus rigoureuses. Quoique chacune le fait à son rythme et l’on décèle certaines disparités. Dans cette perspective, Le Conseil de l’UBM s’emploie avec force et conviction à faire régner une dynamique de convergence. Mission délicate et engageante !

La résilience, en priorité

Le Conseil a été suivi d’un séminaire dont le thème met en avant la nécessité de l’objectif de résilience pour les banques de la région. Il est ainsi formulé : ‘’La résilience des Banques maghrébines face aux évolutions géostratégiques et des perturbations des chaines de valeur’’.

Tenir bon, voilà le message tel que formulé en substance par le président du Conseil. Dans ce sillage Dr. Samy Moulay, universitaire et expert international rappellera que le contexte mondial actuel fortement perturbé expose les banques à des soubresauts aussi violents qu’imprévisibles.

Leur exposition aux risques multiples les soumet à rude épreuve. Il y a cinq ans survenait la pandémie du Covid, deux ans plus tard le conflit de l’Ukraine a encore chamboulé les cours des matières premières. Le tout sur fond de renoncement au multilatéralisme.

Et ce qui n’arrange rien le récent conflit au moyen orient vient rajouter de la crise à la crise. Naturellement soutient Dr Moulay, les économies de la région ont digéré ces tensions chacune à son tempo. Cependant toutes ont veillé à entourer leur système bancaire de la plus grande vigilance.

Toutes les banques de la région, à des degrés divers, ont su tirer leur épingle du jeu. Cela tient à une qualité certaine de leur management. Mais également au bon fonctionnement de leurs schémas organisationnels. Et par-dessus tout à l’encadrement vigilant, réactif et rigoureux exercé par les diverses banques centrales, en matière de contrôle et supervision.

« La conformité n’est plus une simple règle de gestion, elle est devenue une nécessité de survie absolue. À l’heure actuelle, cette exigence pèse directement sur la pérennité du business, car elle constitue le préalable indispensable imposé par l’ensemble des correspondants internationaux pour toute interaction avec le marché mondial. » (Dr. Salem Bessaoud)

Veiller au respect des standards internationaux

Le métier est fortement encadré par le Comité de Bâle ainsi que le G 20. Tous deux édictent des directives strictes en matière de solvabilité, de stratégie et de règles prudentielles. Et le monde s’aligne dira Dr Salem Bessaoud. En réalité, ajoute-t-il, le métier est dans une perpétuelle reconfiguration professionnelle.

Il s’agit, ni plus ni moins, de répondre avec la réactivité nécessaire aux changements du marché international, de même que des chaines de valeur mondiales et in fine, des besoins des ordonnateurs et divers opérateurs. Et cela ne s’arrête pas.

De ce fait il faut, en permanence, remettre l’ouvrage sur le métier et intégrer les standards internationaux. La conformité est une nécessité de survie. A l’heure actuelle, rappelle Dr Bessaoud, l’exigence de conformité pèse sur la pérennité du business car c’est un préalable mis en avant par les correspondants internationaux. C’est dire !

« Les systèmes bancaires de la région n’ont jamais failli à leur devoir vital de financement de l’économie réelle, même lorsqu’ils se retrouvent, par nécessité de conjoncture, au chevet des budgets publics à des niveaux qui font, il est vrai, planer un risque d’éviction préjudiciable pour le secteur privé. »

Les nouveaux critères du métier

Le métier de la banque n’échappe pas aux grandes orientations stratégiques de l’économie réelle. Et les composantes RSE ainsi que ESG sont intégrées aux diverses stratégies des banques de la région.

D’ailleurs pour les banques listées à la bourse, cela est devenu une exigence réglementaire.

Diverses institutions apportent un soutien en matière de ressources nouvelles et de concours divers. L’expérience tunisienne a été évoquée. Cela a été largement détaillé par Najia Gharbi DG de la CDC. Les émissions vertes sont bien lancées. Et les institutions multilatérales ont été de la partie. La Banque Mondiale a été d’un fort soutien avec la CDC.

D’autres ont enrichi activement, à des degrés divers les plans nationaux de transition durable. Et Sihem Sahli, Directrice au bureau de Tunis de la BERD a rappelé les multiples interventions de la banque en ce sens. La durabilité mais également les parades à la sous bancarisation figurent parmi leurs priorités.

A côte de ces soucis économiques et sociaux qui ont investi le champ professionnel des banques figurent aussi les impératifs de digitalisation. Et dans son sillage la cybersécurité est d’un intérêt existentiel.

Un exposé sur la Question a eu lieu, par le DG de la société Vitalis, avec la présentation de la solution Board Portal. L’on en retient que la digitalisation et naturellement la cybersécurité peuvent être assurées ‘’As a service’’ c’est-à-dire avec l’assistance de tiers technologiques.

« Il est évident que la pérennité des banques ne se décrète pas : elle dépend strictement de leur capacité à maintenir une performance rigoureuse, condition sine qua non pour naviguer dans un monde où la crise est devenue le nouveau régime de croissance. »

Appel à performance

Les schémas organisationnels édictés par les divers comités de Bâle ou du G20 sont laborieux et contraignants. Les diverses places magrébines ont bien ingéré la culture prudentielle. Mais il reste que les contraintes Core Tier, qui touchent à l’implémentation des Fonds propres des banques. Et leur corollaire de schémas d’évaluation des risques constituent une obligation éprouvante. Mais vitale pour les banques et les économies de la région.

En 1977, la Herstatt Bank, une banque allemande de second ordre a fait faillitte. Eh bien la toute puissante économie allemande s’en est ressentie. Cela tient au rôle essentiel joué par les banques pour le financement de l’économie.

Dans l’ensemble les banques maghrébines sont en dynamique d’ajustement. Et toutes, en dépit d’un contexte économique tourmenté, témoignent de la résilience. Elles ont la santé. Et cela même quand elles sont sollicitées pour le financement des besoins budgétaires. Ou qu’elles subissent des contreperformances de croissance.

Les systèmes bancaires n’ont pas failli à leur devoir vital de financement de l’économie quand bien même de-ci et  de-là elles sont au chevet du budget à un niveau qui fait planer un risque d’éviction pour le secteur privé. Il est vrai, que l’accès au crédit pour les PME appelle certains efforts, il faut bien le reconnaitre. La concurrence, également mérite un certain encadrement. Elle n’est pas à son meilleur palier et en la matière tous les efforts à réaliser profiteront à tous. Il est évident que la pérennité des banques dépend de leur performance. Et le mérite du séminaire était de le rappeler avec pertinence.

Ali DRISS

EN BREF

  • Cap sur la résilience : Le secteur bancaire maghrébin confirme sa solidité face aux chocs géopolitiques imprévisibles.
  • Standardisation : La conformité aux normes de Bâle et du G20 est désormais un impératif de survie commerciale.
  • Virage durable : L’intégration des critères ESG et le financement des projets verts deviennent des standards réglementaires.
  • Transformation numérique : La cybersécurité et la digitalisation sont traitées comme des priorités existentielles.
  • Défi de l’éviction : Le financement massif des budgets publics interroge la disponibilité du crédit pour le secteur privé.