Vue aérienne au lever du soleil sur le tarmac de l'aéroport Tunis-Carthage. On y distingue clairement une rangée d'avions de la compagnie privée Nouvelair (livrée blanche et bleue, incluant le nouvel A320neo) alignés parallèlement à une rangée d'appareils Tunisair (livrée blanche avec la gazelle rouge).En Tunisie, la compagnie privée Nouvelair a dépassé le transporteur national Tunisair en capacité opérationnelle, alignant 17 avions contre 12 actuellement. Ce basculement stratégique, accentué par l’acquisition d’un Airbus A320neo par Nouvelair, redéfinit la concurrence, notamment sur le marché rentable de l’Afrique subsaharienne que Tunisair tente de conserver.

Le basculement stratégique

C’est une confirmation qui résonne comme un séisme dans le secteur du transport aérien en Tunisie. Intervenant récemment devant l’Assemblée des représentants du peuple, le ministre des Transports a entériné une nouvelle hiérarchie : la compagnie privée Nouvelair dispose à ce jour de 17 avions en exploitation. Parallèlement, le transporteur historique, Tunisair, n’aligne actuellement que 12 appareils opérationnels.

Ce dépassement symbolique est le fruit de stratégies de développement divergentes. Alors que Tunisair lutte contre des contraintes logistiques et de maintenance limitant la disponibilité de ses avions, Nouvelair adopte une posture offensive. L’intégration récente d’un nouvel Airbus A320neo à la flotte de la compagnie privée a agi comme le catalyseur de cette prise de pouvoir, portant sa capacité opérationnelle à son niveau actuel de 17 appareils.

La riposte de Tunisair programmée pour 2026

Face à cette perte de leadership en volume, le pavillon national ne reste pas inerte, mais sa réaction s’inscrit dans le temps long. Un plan de redéploiement de la flotte opérationnelle a été communiqué. Selon les projections ministérielles, Tunisair devrait voir le nombre de ses appareils en exploitation croître progressivement.

Le calendrier prévoit un passage à 14 avions d’ici la fin du mois d’avril. La dynamique devrait se poursuivre pour atteindre 16 appareils opérationnels à la fin du mois de juin 2026. L’objectif final affiché par les autorités est de rétablir une capacité de 18 aéronefs opérationnels d’ici la fin de l’année 2026, ce qui permettrait théoriquement à Tunisair de repasser devant Nouvelair, si cette dernière fige sa flotte actuelle.

Le ciel africain : prochain champ de bataille

Au-delà de la guerre des chiffres sur le tarmac, l’enjeu majeur réside dans l’exploitation des lignes rentables. Actuellement, la concurrence accrue se concentre sur la disponibilité immédiate, facteur déterminant pour l’offre de transport et la couverture des destinations, notamment à l’approche de la haute saison.

Pourtant, un paradoxe persiste : malgré sa suprématie en flotte, Nouvelair ne dessert aucune ligne vers l’Afrique subsaharienne. Ce positionnement tranche radicalement avec les stratégies de géants continentaux comme Royal Air Maroc, Turkish Airlines ou Ethiopian Airlines, qui captent une large part de ce marché jugé hautement rentable vers des hubs comme Abidjan ou Addis-Abeba.

Pour Tunisair, ces lignes constituent une bouffée d’oxygène financière. La liaison Tunis–Nouakchott figure parmi les plus rentables du réseau national, juste après l’historique Tunis–Paris. L’Afrique apparaît donc comme le levier de croissance indispensable pour les deux compagnies tunisiennes. Le développement de nouvelles fréquences vers le Sud représente l’opportunité stratégique de renforcer la présence régionale de la Tunisie et de capter une part du trafic aérien en pleine expansion sur le continent.

T.B

EN BREF

  • Dépassement Historique : Nouvelair (privée) opère désormais 17 avions contre 12 pour Tunisair (publique).
  • Renforcement de Nouvelair : L’intégration d’un Airbus A320neo a consolidé cette avance opérationnelle.
  • Plan de Riposte de Tunisair : Le pavillon national prévoit 14 avions fin avril et vise 18 appareils opérationnels fin 2026.
  • Rentabilité Africaine : La ligne Tunis-Nouakchott est l’une des plus rentables pour Tunisair, après Paris.
  • Enjeu Stratégique Subsaharien : Nouvelair est absente d’Afrique subsaharienne, un marché de croissance clé déjà exploité par des concurrents internationaux et Tunisair.