ENDETTEMENT Dette Tunisie
Image IA

La Tunisie affiche des progrès en matière de désendettement extérieur et de stabilisation monétaire. Mais selon l’économiste statisticien Hachemi Alaya, auteur du bulletin Ecoweek, ces avancées sont fragilisées par un recul institutionnel et une gouvernance économique sous tension.

Le stock de dette extérieure tunisienne a reculé à 125 milliards de dinars en 2025, soit 73,8% du PIB contre près de 84% en 2024. Cette évolution traduit une amélioration de la soutenabilité globale.

Cependant, la structure de la dette reste préoccupante : la part du court terme atteint un niveau record de 41,9%, tandis que les crédits commerciaux représentent 27,7% du total. Pour Alaya, cette configuration accroît la vulnérabilité aux chocs de liquidité et de refinancement.

Une liquidité abondante mais peu productive

La masse monétaire continue de croître rapidement (+10,4% en 2026), avec une forte progression du cash en circulation (+18,9%). Les crédits à l’économie demeurent faibles (+3,3%), alors que la part de l’État dans le total des crédits atteint 34,9%, confirmant un effet d’éviction du secteur privé.

Cette tendance reflète une économie de plus en plus « monétisée », mais où le financement productif reste limité.

« La faiblesse de la gouvernance économique nuit à l’efficacité et la fragilité de l’État empêche d’endiguer un fléau qui continue de prospérer : la corruption. »

Libertés et gouvernance en recul

Sur le plan institutionnel, la Tunisie connaît un recul démocratique et une fragilisation de sa gouvernance. Les indices internationaux (V-Dem, Freedom House, Heritage Foundation) montrent une baisse significative de la liberté politique, économique et médiatique. Transparency International classe la Tunisie 91ᵉ sur 182 pays en 2025, avec un score de 39/100, son plus mauvais résultat depuis 2011.

« La faiblesse de la gouvernance économique nuit à l’efficacité et la fragilité de l’État empêche d’endiguer un fléau qui continue de prospérer : la corruption », souligne Alaya.

«Si le stock de la dette recule à 73,8% du PIB, sa structure reste une poudrière : avec 41,9% de créances à court terme, la Tunisie reste à la merci du moindre choc de liquidité.»

Secteurs économiques : signaux contrastés

La conjoncture sectorielle tunisienne en ce début 2026 présente des évolutions contrastées, révélant à la fois des opportunités et des fragilités :

  • huile d’olive : après une année 2025 marquée par une forte baisse des cours, les prix mondiaux se redressent légèrement début 2026. Cette reprise est attribuée à de meilleures conditions climatiques en Méditerranée, qui ont permis une offre plus abondante ;
  • tourisme : les recettes entrent dans une phase de croissance plus lente mais stabilisée, traduisant une normalisation après les rebonds post-crise ;
  • transfert de la diaspora : malgré un ralentissement, ces flux financiers demeurent dynamiques et continuent de soutenir la balance des paiements ;
  • bourse de Tunis : après une hausse inédite au premier trimestre, la progression s’est interrompue fin mars, signalant un retour à plus de prudence sur les marchés ;
  • réserves en devises : les avoirs nets de la Banque centrale reculent à 103 jours de couverture des importations, un niveau jugé fragile et révélateur de tensions persistantes sur les équilibres extérieurs.
« La sortie de crise ne passera pas par des ajustements comptables, mais par une rupture technologique et institutionnelle : l’alignement de l’enseignement sur l’IA et la fin des monopoles publics. »

Vers un nouveau modèle économique

Pour Hachemi Alaya, la sortie de crise passe par un nouveau modèle économique attractif et résilient. Il recommande :

  • une simplification des procédures pour les investisseurs,
  • une transparence accrue via des plateformes électroniques,
  • une réduction des monopoles publics,
  • un renforcement de l’écosystème startup,
  • et un alignement de l’enseignement supérieur sur les besoins d’une économie numérique et fondée sur l’IA.

La Tunisie affiche des progrès financiers notables, mais reste confrontée à des défis institutionnels et de gouvernance qui limitent son attractivité. L’analyse de Hachemi Alaya invite à dépasser les politiques de court terme pour bâtir un modèle économique durable, capable de rassurer les investisseurs et de soutenir une croissance équilibrée.

A.B.A

EN BREF

  • Désendettement réel : Passage de la dette extérieure de 84% à 73,8% du PIB en un an.
  • Alerte liquidité : 41,9% de la dette est à court terme, augmentant les risques de refinancement.
  • Éviction du privé : L’État accapare près de 35% des crédits, freinant l’investissement productif.
  • Crise de gouvernance : Pire score historique (39/100) sur l’indice de perception de la corruption.
  • Urgence structurelle : Nécessité de pivoter vers un modèle numérique pour restaurer l’attractivité.