C’était prévisible. Le budget consacré au service de la dette devait baisser à partir de 2026. Et pour cause, on savait depuis longtemps, que les années 2020-2025 allaient être des années de fortes tensions sur les finances externes de la Tunisie. Au taux de change actuel du dinar vis-à-vis des principales monnaies internationales, un montant annuel moyen de 10 milliards de dinars devra être remboursé aux créanciers. Soit le triple de la moyenne 2011-2015. La Tunisie était confrontée au remboursement, durant les exercices 2023,2024, 2025, de gros montants.
Pis, cette période difficile a coïncidé avec le refus, fin décembre 2022, du FMI d’accorder à la Tunisie des facilités de paiement. Cette situation, qui a généré un embargo international financier de fait contre la Tunisie, a été aggravée par les effets catastrophiques de la pandémie du Corona virus Covid 19 et de la guerre russo-ukrainnienne et son corollaire, flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires (céréales) que la Tunisie importe en devises.
Les perches de salut : les transferts des TRE, banques locales et tourisme
En dépit de la gravité de la situation, la Tunisie est parvenue à se débrouiller pour rembourser ses dettes à la faveur entre autres de l’endettement intérieur (auprès des banques…) aux transferts des tunisiens résident à l’étranger (TRE), aux recettes des exportations des produits agricoles (huile d’olive …).
Ainsi, contrairement à ce que pensent certains observateurs de la chose tunisienne, c’est sans grande surprise que la Banque centrale de Tunisie (BCT) vient d’annoncer, en ce mois de février 2026, une forte chute du budget du service de la dette. Ce poste budgétaire est connu en Tunisie pour être un lourd fardeau budgétaire en ce sens où il vampirisait les fonds dédiés en principe au développement et à l’investissement public.
Concrètement, selon la BCT, le service de la dette a baissé, cette année, de manière significative pour s’établir à 1 Milliard de dinars. Entendre par là, que l’Etat tunisien va rembourser cette année, juste 1 milliard de dinars, contre près de 5 milliards à la même période en 2025, soit une forte chute de 78% sur laquelle, le gouvernement n’a pas beaucoup communiqué lors du dernier marathon budgétaire.
Que va faire le gouvernement de cette bouffée d’oxygène ?
Abstraction faite de des éléments d’histoire financière locale, la question qui se pose dès lors est de savoir comment le gouvernement va mettre à profit l’économie de devises que va favoriser cette baisse du service de la dette.
Logiquement, deux créneaux vont bénéficier de cette réduction spectaculaire du service de la dette. Il y a, en premier lieu, les finances publiques qui vont respirer par l’effet de cette bouffée d’oxygène qui va leur accorder plus de flexibilité, plus de marge de manœuvre et surtout plus de devises pour faire face à ses engagements extérieurs et absorber d’éventuels chocs financiers.
Il y a ensuite les réserves de devises dont le montant devrait en principe augmenter.
D’après la BCT, actuellement, les avoirs nets en devises ont augmenté pour atteindre 25,3 milliards de dinars, représentant l’équivalent de 107 jours d’importation, contre 23 milliards de dinars (101 jours d’importation) à la même période en 2025.
Par ailleurs, cette chute du service de la dette tombe bien. Elle intervient dans un contexte de relance et de persistance de la performance de trois piliers: transferts des TRE (+ 6,8 %), atteignant 1,2 milliard de dinars au 20 février 2026, recettes touristiques (+4,6%), pour s’établir à 865 millions de dinars, et amélioration de la liquidité de l’économie du pays.
Toujours selon la même source, la liquidité en circulation (billets et monnaies) en circulation a connu une hausse significative de 19,6%, atteignant 27,5 milliards de dinars au 23 février 2026, contre 23 milliards un an auparavant.
Si on ajoute tout le bienfait qu’on peut attendre de la pluviométrie abondante de cette saison, il y a lieu d’avancer que les conditions sont réunies en grande partie pour relancer l’économie du pays. Le contexte est favorable.
Abou SARRA
EN BREF
- Chute massive : Le service de la dette baisse de 78% en février 2026 (1 milliard DT contre 5 milliards en 2025).
- Réserves de devises : Hausse à 25,3 milliards DT, couvrant 107 jours d’importation.
- Piliers de résilience : Performance continue des transferts des TRE (+6,8%) et du tourisme (+4,6%).
- Liquidité : Augmentation de 19,6% de la monnaie en circulation (27,5 milliards DT).
- Opportunité : Une marge de manœuvre budgétaire retrouvée pour financer l’investissement public.


