Le programme Tasdir+, programme public tunisien offrant des subventions de contrepartie pour couvrir les coûts fixes d’accès aux marchés d’exportation, a permis d’augmenter les exportations des entreprises bénéficiaires. En revanche, les retombées sur l’ouverture de nouveaux marchés ou le lancement de nouveaux produits restent limitées, c’est ce qui ressort d’une évaluation du programme qui vient d’être publiée par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU).

Ce programme offre, en effet, un remboursement de 50 % des dépenses éligibles engagées dans un délai d’un an dans le cadre d’un Business Plan approuvé, avec un plafond de 50.000 USD par entreprise. Le programme a pour objectif d’accroître les exportations et de diversifier celles-ci vers des produits à plus forte valeur ajoutée et vers de nouveaux marchés.

Le rapport d’évaluation élaboré par l’économiste Nadia Ali et intitulé “Quel est l’impact des subventions d’accès au marché ? Preuves expérimentales en Tunisie” montre que le programme a eu un impact positif, statistiquement et économiquement significatif, avec une augmentation de l’ordre de 27 % du niveau des exportations. Des effets positifs du programme sur la marge extensive (devenir exportateur) sont aussi constatés mais ceux-ci ne sont pas statistiquement significatifs.

Toutefois, “les données douanières révèlent l’absence de signes indiquant que le nombre de destinations ou de produits a évolué différemment entre les groupes de traitement et de contrôle.

Par ailleurs, une comparaison importante a été faite entre les “entreprises totalement exportatrices”, administrativement classées en zone franche, hors du territoire douanier tunisien, et les “entreprises non totalement exportatrices”. La hausse des exportations concerne uniquement les entreprises non totalement exportatrices. Des augmentations plus élevées ont été observées parmi les entreprises disposant d’au moins une certification de qualité avant participation au programme. Ce résultat suggère que la capacité des entreprises à améliorer la qualité de leurs produits constitue un déterminant clé du succès à l’exportation”, souligne encore l’économiste.

“L’augmentation des exportations se concentre ainsi principalement, sur les marchés déjà servis.

Les subventions couvrant les coûts fixes d’accès aux marchés étrangers ont incité les entreprises à intensifier leurs efforts de marketing et de prospection de clientèle, principalement vers les marchés existants. Le programme Tasdir+ a ainsi réussi à augmenter le volume des exportations, même s’il n’a eu qu’un succès limité dans la réalisation de l’objectif déclaré, à savoir la diversification des destinations et des gammes de produits”.

L’économiste considère, néanmoins, que “des programmes comme Tasdir+ sont importants. Dans un environnement macroéconomique volatil, où des chocs soudains tels que les pandémies peuvent compliquer l’exploration de nouveaux marchés, les subventions aux coûts fixes d’accès aux marchés pourraient permettre aux entreprises de se concentrer sur les chaînes de vente déjà établies.

De plus, dans les pays en cours de développement où des lourdeurs administratives dans les programmes publics persistent (comme les difficultés d’approbation des modifications de Business Plans), les entreprises peuvent toujours bénéficier de ce type de soutien financier en élaborant des plans pour les destinations et produits qui leur sont familiers”.

Pour un impact plus important en matière de diversification des destinations, l’économiste souligne que le gouvernement pourrait mettre en œuvre des projets pilotes en modifiant certains paramètres (par exemple, des montants de subventions plus élevés, des procédures de remboursement simplifiées) afin de tester si ceux-ci influencent les destinations et la gamme des produits. Ces projets pilotes pourraient également cibler le type d’entreprises qui enregistrent les effets les plus importants (entreprises non totalement exportatrices/disposant d’une certification qualité).