La qualité des Eaux Usées Traitées (EUT) constitue un obstacle majeur face à la valorisation économique de cette ressource en Tunisie, bien que le plan “Eau 2050” ambitionne de porter le taux de sa réutilisation à 80%.
Doté d’un potentiel hydrique modeste et dépendant en grande partie d’un climat capricieux, la Tunisie projette de valoriser les ressources non conventionnelles en tant qu’alternative susceptible de combler l’écart offre/demande au futur. Toutefois, l’usage des EUT est encore modeste vu leur qualité médiocre.
L’usage directe des EUT ne dépasse les 21 Mm3/an sur un volume total de 288 Mm3, soit 7% des EUT, la réticence à utiliser cette ressource persiste, particulièrement si une ressource conventionnelle proche est disponible, selon une note de cadrage mise à la disposition des journalistes à l’occasion d’une visite à la Station d’épuration d’Ouerdanine (Gouvernorat de Monastir), dans le cadre du Projet d’Appui à la Gouvernance Environnementale et Climatique pour une Transition Ecologique en Tunisie (PAGECTE), de la GIZ.
L’ONAS intervient dans 193 communes et exploite 123 stations d’épuration. Dans la situation actuelle (chiffres 2020), les EUT constituent un potentiel de 300 Mm3 par an à l’échelle de la Tunisie. Ces 300 Mm3 d’EUT produits représentent 6 % des ressources globales du pays en année moyenne.
A l’horizon 2050, la production d’EUT pourrait atteindre 640 Mm3 par an, soit une augmentation de 106 % par rapport à la situation actuelle. La situation est en pratique contrastée selon les régions du pays, et ce à plusieurs égards.
Toutefois, la qualité des EUT est très fréquemment mise en cause par les utilisateurs. Presque la moitié des stations d’épuration et du volume traité ne répondent pas aux exigences de la norme 4 pour le paramètre Demande Chimique en Oxygène (DCO (125 mg/l), indique la même note qui se réfère à des études du ministère de l’Agriculture, de l’ONAGRI et de la Banque mondiale.
Pour les deux autres paramètres (Ntot (Azote Total) et Coliformes fécaux) le dépassement est de 80% par rapport au volume traité, empêchant de garantir une utilisation sans risque des EUT.
Les problèmes sont d’origines multiples. Il s’agit notamment d’une performance insuffisante de l’épuration liée aux conditions de fonctionnement des stations d’épuration, d’une surcharge hydraulique et biologique pour certaines STEP qui intéresse actuellement environ 30 % des STEP et d’une mauvaise qualité des eaux brutes surtout au cas où certaines eaux proviennent d’industries polluantes.
Des problèmes liés à la salinité des eaux usées traitées et au déversement par des industriels de leurs rejets qui contiennent souvent des métaux lourds et des ingrédients dangereux dans des stations d’épurations classiques qui ne peuvent pas les éliminer, ont également été soulevés.
Pistes pour améliorer la qualité des EUT
La conformité des EUT étant un impératif préalable à une réutilisation économique de cette ressource, la note recommande une gestion planifiée et rigoureuse des infrastructures d’assainissement (réalisation à temps de programmes de réhabilitation et d’extension des infrastructures / maintenance et entretien régulier avec couverture suffisante, optimisation des conditions d’exploitation des STEP…).
Les experts et spécialistes de la gestion des ressources en eau l’assainissement appellent à adapter les normes de rejet à la sensibilité du milieu récepteur et l’usage et à pousser le traitement au niveau tertiaire visant la désinfection des effluents traités avec l’emploi de procédés d’épuration adaptés à la qualité des eaux usées, à la taille de la station et à l’usage dédié.
Ils plaident également pour une séparation des eaux usées industrielles des eaux usées domestiques lorsque la fraction du volume ou la charge de pollution industrielle dépasse le taux de 20% et/ou lorsqu’il s’agit d’industries générant une pollution spécifique (métaux lourds, cyanures, margines, etc.) ainsi que pour une mise en place du prétraitement au niveau des industriels pour que leur rejet ne présente pas une nuisance au niveau des étapes de traitement au sein des STEP communales.
Il y’a lieu de rappeler que la visite vient couronner un parcours de formation de six mois en journalisme environnemental, financé par l’UE, dans le cadre du Projet d’appui aux médias en Tunisie (PAMT2) (2021-2026).


