Une main-d’œuvre féminine prisonnière de la précarité, une santé au travail dégradée et un impact environnemental alarmant : c’est le constat sévère dressé par une étude du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) sur le secteur textile à Monastir, dévoilée mardi à Tunis lors d’une table ronde multipartite réunissant institutions, société civile et entreprises.
Réalisée entre février et avril 2025 auprès de 304 travailleurs, l’étude intitulée « Les conditions de travail et l’impact environnemental des entreprises textiles à Monastir, Tunisie » révèle que 95 % des employés du secteur sont des femmes, mais que seuls 26,3 % d’entre elles bénéficient d’un contrat à durée indéterminée (CDI). Les conditions de travail sont marquées par des cadences élevées et des risques sanitaires majeurs : 89 % des personnes interrogées déclarent souffrir de problèmes de santé, principalement des troubles musculosquelettiques, tandis que plus de la moitié n’a reçu aucune formation à la sécurité.
Au-delà du volet social, l’enquête qui, s’inscrit dans la continuité des réflexions de 2023 sur la responsabilité des entreprises, met en lumière l’empreinte écologique désastreuse de cette industrie, qui représente pourtant plus de 70 % du tissu industriel de la région. La pollution hydrique due aux rejets non traités des activités de délavage affecte gravement la baie de Monastir, dans un contexte de contrôles étatiques notoirement insuffisants (un seul inspecteur pour l’ensemble de la zone).
Diffusée sur les canaux de communication du HCDH–Tunisie, l’étude pointe également une défaillance chronique des mécanismes de contrôle : 94 % du personnel ignore si son entreprise a déjà fait l’objet d’une inspection, tandis que l’accès à la justice reste entravé par la peur des représailles et la complexité des procédures.
Largement intégré aux chaînes de valeur européennes, le secteur repose sur un modèle de sous-traitance à faible valeur ajoutée qui le rend dépendant des donneurs d’ordre étrangers et des pressions sur les coûts, compromettant sa capacité à s’adapter aux nouvelles exigences internationales.
Face à ces constats, le HCDH plaide pour une transformation structurelle du secteur fondée sur un « nouveau contrat industriel ». Il a également proposé d’adopter un plan d’action national sur les entreprises et les droits humains, de renforcer les capacités de l’inspection du travail et de finaliser le Code de l’environnement. Les entreprises sont appelées à respecter activement les droits des travailleurs et à adopter des pratiques environnementales vertueuses.
Présente à cette table ronde, la représentante du HCDH en Tunisie, Roueida El Hage, a salué le processus inclusif ayant permis l’élaboration de l’étude. « Cette approche permet de formuler des recommandations à la fois techniquement solides et profondément ancrées dans les réalités du terrain », a-t-elle souligné.


