L’an dernier, les perspectives économiques mondiales ont été marquées par une forte montée de l’incertitude géopolitique et par d’importants chocs de politique économique. En avril, l’administration américaine dirigée par le président Trump a annoncé brutalement une série de droits de douane généralisés, articulés autour d’un tarif de base de 10 % sur les importations, avec des taux encore plus élevés pour certains pays.
Cette décision a constitué un choc négatif majeur pour le commerce mondial. Les États-Unis représentent 26 % de l’économie mondiale et affichaient auparavant un taux moyen de droits de douane inférieur à 2 %. Les perspectives du commerce international et de la croissance mondiale se sont alors nettement détériorées, sur fond de craintes de perturbations massives des chaînes d’approvisionnement et d’escalade des guerres commerciales. Ces inquiétudes ont resurgi cette année, les États-Unis continuant de présenter les droits de douane comme une « arme économique » au service d’objectifs de politique étrangère plus larges.
Toutefois, la montée du protectionnisme américain n’a pas déclenché les guerres tarifaires généralisées initialement redoutées. Alors même que les États-Unis renforçaient la pression sur leurs partenaires commerciaux, et dans un contexte de fragmentation des échanges, le reste du monde a poursuivi sa trajectoire d’intégration. La plupart des grandes économies continuent de considérer le commerce comme un pilier de leur modèle de croissance et cherchent activement à approfondir leur intégration via de nouveaux accords ou le renforcement d’accords existants.
Des négociations commerciales auparavant bloquées ont ainsi retrouvé un nouvel élan, les pays cherchant à diversifier davantage leurs partenaires pour atténuer l’impact du protectionnisme américain. Parmi ces initiatives, l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur est revenu au premier plan après 25 années de négociations ardues. Malgré des gains potentiels importants, l’accord avait été retardé en raison des résistances liées à l’accès des produits agricoles du Mercosur au marché européen et aux questions de gouvernance environnementale au sein du bloc sud-américain.
L’équilibre des priorités stratégiques a toutefois évolué. La fragmentation géopolitique croissante et les risques pesant sur le commerce ont accru la pression sur l’Union européenne pour accélérer son intégration commerciale.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a finalement signé l’accord le mois dernier avec le bloc sud-américain du Mercosur, qui regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Le traité pourrait créer l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde, couvrant 31 pays, 721 millions d’habitants et près de 21 % du PIB mondial.
L’accord doit toutefois encore franchir plusieurs obstacles. Une courte majorité au Parlement a saisi la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) afin d’examiner sa compatibilité avec le droit européen. La CJUE pourrait prendre jusqu’à deux ans pour rendre sa décision. D’ici là, la Commission européenne peut appliquer provisoirement le traité en attendant sa mise en œuvre complète.
Malgré les résistances attendues, les gains économiques potentiels sont considérables. L’accord prévoit l’élimination progressive des droits de douane sur environ 92 % des échanges bilatéraux. Des périodes de transition pouvant aller jusqu’à 15 ans sont prévues pour les produits les plus sensibles.
Une avancée sur cet accord structurant constituerait un signal encourageant. Alors que le monde s’adapte à un environnement américain plus protectionniste, les initiatives hors États-Unis contribuent à atténuer les risques pesant sur la politique commerciale mondiale.


Pour l’Union européenne, l’accord élargira l’accès à un marché sud-américain de plus de 271 millions de consommateurs. Il réduira les coûts commerciaux pour les biens industriels, les machines, les produits chimiques et les services, tout en facilitant l’accès à des ressources naturelles stratégiques. Dans un contexte de forte concurrence géopolitique avec la Chine et les États-Unis, il est également perçu comme un succès stratégique.
L’accord devrait également stimuler les flux d’investissement, en particulier vers le Mercosur. Les entreprises européennes représentent déjà environ 35 % à 45 % du stock total d’investissements directs étrangers (IDE) dans le bloc sud-américain, soit plus de 390 milliards d’euros, principalement dans l’industrie manufacturière, l’énergie et les services financiers.
Le nouvel accord offrira un meilleur accès au marché et une sécurité juridique accrue, favorisant de nouveaux investissements directs. Dans un scénario raisonnable, le stock d’IDE européen pourrait croître de 10 % à 20 % sur les dix prochaines années, ce qui pourrait générer un gain de PIB supérieur à 0,6 %.
Dans l’ensemble, l’accord commercial UE-Mercosur présente un potentiel économique important et contribue à nuancer le récit d’un monde basculant vers un protectionnisme généralisé. Les gains de PIB, soutenus par les échanges et l’investissement, devraient être plus marqués pour le Mercosur. L’Union européenne bénéficierait, pour sa part, d’un meilleur accès aux marchés, d’opportunités d’investissement dans des secteurs à forte croissance et d’une diversification accrue de ses chaînes d’approvisionnement, notamment dans les domaines liés à la transition énergétique et aux matières premières critiques.
(source: QNB Economics)
Chiffres clés
26 % — Part des États-Unis dans l’économie mondiale.
10 % — Tarif de base annoncé par l’administration américaine sur les importations.
153 milliards € — Volume annuel des échanges bilatéraux UE-Mercosur.
92 % — Part des échanges concernés par l’élimination progressive des droits de douane.
390 milliards € — Stock d’IDE européen dans le Mercosur.


