La Tunisie entre en 2026 avec un paradoxe assumé : une Bourse en ordre de marche, des banques solides et des lignes de financement européennes actives, mais une économie réelle sous contrainte de dette, de carbone et d’exécution. Au même moment, le Fonds monétaire international redéfinit sa doctrine vis-à-vis des pays à revenu intermédiaire. Entre discipline budgétaire et respiration économique, l’heure des arbitrages a sonné.

Le Pouls de la Tunisie : fondamentaux solides, économie sous pression

La Bourse de Tunis avance sans bruit. Le TUNINDEX franchit les 14 525 points, porté par le retour de la smart money, une liquidité en hausse de +77 % et une sélectivité assumée. Banques et financières jouent le rôle d’ancre, tandis que la distribution et l’automobile traduisent un pari mesuré sur la consommation domestique.

Mais derrière l’écran boursier, l’économie réelle reste sous tension. La croissance de 2,5 % est une croissance de survie. L’État, pour préserver ses équilibres, mobilise l’épargne bancaire — au risque d’un effet d’éviction qui pèse sur l’investissement productif. La divergence entre marchés financiers et tissu industriel n’a jamais été aussi visible.

Tableau de Synthèse : Les Leviers de 2026

Pilier Indicateur / Action Enjeu Statégique
Marché Tunindex 14 525 pts Signal de maturité et retour de la “Smart Money”.
Finance Ligne BEI 170 M€ Oxygène pour les PME via le mécanisme Rawafed+.
Risque Notation Fitch (B-) / Moody’s (Caa) Sursis technique dépendant de la vitesse d’exécution.
Pivot Décarbonation / Solaire Seule parade face au protectionnisme carbone européen (MACF).

L’Onde de Choc Internationale : la nouvelle doctrine du FMI

En 2026, le FMI acte un tournant : pour les pays à revenu intermédiaire, la priorité n’est plus l’austérité aveugle mais la soutenabilité dynamique de la dette. Traduction : éviter le défaut à court terme, préserver la stabilité sociale, mais exiger une capacité d’exécution crédible.

Cette lecture éclaire la Tunisie. Fitch Ratings confirme le B-, saluant la discipline technique de la Loi de Finances. Moody’s, plus sévère, maintient un Caa, pointant les failles structurelles et la gouvernance. Le message est clair : le sursis existe, pas le blanc-seing.

Désormais, la dette n’est tolérable que si elle finance des actifs productifs, compatibles avec les critères ESG. Le temps des ajustements comptables est révolu ; place aux preuves.

Résilience et Prospective : banques, énergie, PME — les leviers

Trois moteurs tiennent encore la barre :

  1. Les banques, qui financent l’IA et l’énergie verte (centrales solaires, projets hors réseau), anticipant le choc du MACF européen.

  2. L’énergie, devenue variable stratégique : chaque mégawatt solaire est un hedge contre la dette extérieure.

  3. Les PME, enfin, avec l’activation d’une ligne BEI de 170 M€, opérée par la Banque Centrale de Tunisie via le système financier, et renforcée par la prime Rawafed+.

Cette architecture répond exactement à la nouvelle grammaire du FMI : inclusion sociale, emploi, impact régional. Reste la question clé : la vitesse d’exécution.

Choisir la dette utile

La Tunisie de 2026 n’est ni en faillite, ni en renaissance. Elle est en probation. Le FMI n’impose plus seulement des chiffres, il exige une trajectoire. La Bourse envoie des signaux de maturité, les banques financent l’avenir, l’Europe ouvre des lignes. Mais sans réforme effective, sans décarbonation accélérée, sans libération de l’investissement privé, le sursis se refermera.

La dette n’est plus un problème comptable. C’est un choix politique et économique : soit elle finance la transition, soit elle finance l’attente. En 2026, l’histoire jugera la différence.