La réforme du secteur de l’éducation est un choix sociétal et civilisationnel qui exige une volonté politique, une gouvernance efficace et un partenariat réel entre l’État, le secteur privé et la société civile afin de garantir le droit à une éducation de qualité et à un travail décent, c’est ce qui ressort de la troisième édition du dialogue sociétal sur le thème « L’éducation en Tunisie aujourd’hui : enjeux sociaux, défis économiques et perspectives de développement durable », tenue récemment à Tunis.

Organisée le 17 janvier en cours par l’Institut arabe des droits de l’Homme, en partenariat avec l’Institut arabe des chefs d’entreprise et avec le soutien de l’Agence Expertise France, la rencontre a plaidé pour une transition d’un enseignement orienté, uniquement, vers l’employabilité à un modèle éducatif créateur de valeur et de richesse, faisant de l’éducation un levier d’émancipation individuelle, de développement économique équitable et de cohésion sociale.

Contrat social pour l’éducation et la formation

Les participants, dont des étudiants, des experts, des représentants des institutions publiques et des acteurs de la société civile, ont aussi recommandé l’instauration d’un nouveau contrat social multisectoriel pour l’éducation et la formation, fondé sur des principes consensuels et en adéquation avec l’Objectif de développement durable n°4.

Ils ont aussi appelé à une seule tutelle pour les institutions de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’emploi, afin d’assurer une meilleure gouvernance avec des responsabilités claires et des actions cohérentes et complémentaires.

Les participants ont, en outre, souligné l’importance de protéger l’institution scolaire des clivages politiques et populistes et de promouvoir une éthique éducative basée sur le vivre-ensemble et le respect mutuel.

La conférence a, par ailleurs, appelé l’État à instaurer un équilibre effectif entre les secteurs public et privé de l’éducation, et entre les exigences du marché du travail recommandant le renforcement du contrôle sur les établissements privés pour garantir la qualité, l’équité et la non-discrimination.

Les participants ont, toutefois, souligné la nécessité d’alléger les contraintes bureaucratiques entravant l’initiative dans ce secteur.

Les recommandations ont mis en avant l’intérêt de s’inspirer des expériences internationales réussies, notamment le modèle allemand de coordination entre l’éducation et le secteur privé, compte tenu de l’intégration de l’économie tunisienne à l’espace européen. Elles ont également insisté sur le soutien à la recherche scientifique, à l’innovation et à l’esprit d’initiative, en lien avec la création de richesse.

Promouvoir la culture de l’inclusion

Une attention particulière a été accordée à l’inclusion des personnes en situation de handicap, à travers la création de parcours éducatifs adaptés, la garantie de leur insertion professionnelle et l’amélioration de l’accès à l’information et à l’éducation, notamment pour les personnes sourdes, tout en appelant à un changement des mentalités et au renforcement de la culture de l’inclusion.

Les participants ont également souligné la nécessité de créer un environnement scolaire stimulant, de rompre avec les pédagogies de l’échec au profit de celles de la réussite, de réviser les politiques de recrutement des enseignants sur la base de la compétence et du mérite, et de traiter le phénomène des cours particuliers à travers une approche globale axée sur la qualité des apprentissages et le soutien des élèves les plus vulnérables.

Les mathématiques, socle de l’innovation technologique

Les recommandations ont, en outre, insisté sur l’intégration stratégique de l’intelligence artificielle, en passant de son simple usage à sa conception et à son développement, et sur l’urgence de soutenir l’enseignement des mathématiques, considéré comme socle de l’innovation technologique.

Elles ont également appelé à repenser l’éducation à la citoyenneté, à évaluer les réformes précédentes et à adopter des projets pilotes avant toute généralisation.

La conférence a souligné l’importance d’inscrire les politiques éducatives dans une approche d’apprentissage tout au long de la vie, tenant compte des mutations démographiques et du vieillissement de la population.

Dans ce contexte, les participants ont rappelé que la responsabilité de la mise en œuvre des politiques publiques incombe à l’État, la société civile joue, quant à elle, un rôle de soutien et de plaidoyer.

Selon le président de l’Institut arabe des droits de l’Homme, Abdelbasset Ben Hassan, cette rencontre a permis d’aborder plusieurs axes, dont la numérisation, la qualité de l’enseignement, le développement et l’emploi, ainsi que les partenariats, dans un contexte marqué par la baisse des taux de scolarisation, la diminution des dépenses publiques et les défis liés aux transformations démographiques, climatiques et économiques.