Les violentes perturbations météorologiques ayant récemment frappé le gouvernorat de Nabeul ont entraîné la mise au jour de vestiges archéologiques jusque-là enfouis sous le sable, notamment aux abords des sites antiques de Néapolis et de Kerkouane, ont indiqué vendredi des sources patrimoniales.

Les intempéries, survenues en début de semaine, dans la nuit de lundi à mardi, ont été marquées par de fortes précipitations ayant provoqué la montée du niveau des oueds et le débordement de certains d’entre eux, ainsi qu’une forte agitation de la mer, avec des vagues atteignant jusqu’à 12 mètres, selon l’Institut national de la météorologie.

Cette houle exceptionnelle a entraîné l’érosion de plusieurs plages, révélant des structures archéologiques sur le littoral de Nabeul, en particulier à proximité du site antique de Néapolis, sur la plage de Sidi Mahrsi, ainsi que dans les zones voisines du site punique de Kerkouane, à Hammam Ghezèze, notamment dans les régions de Demna et de Oued El Ksab.

Les découvertes ont suscité un vif intérêt, attirant aussi bien des chercheurs et des passionnés que des individus ayant tenté de s’emparer de pièces archéologiques mises au jour par la mer. Les unités de la Garde nationale sont intervenues pour empêcher ces tentatives et ont procédé à l’arrestation de trois personnes, selon des sources sécuritaires.

Les opérations de recensement et de documentation des vestiges sur les plages de Néapolis et de Sidi Mahrsi ont nécessité l’appui de la Garde nationale maritime et de la Police de l’environnement, afin de permettre aux agents de l’Institut national du patrimoine (INP) de mener leurs travaux, dans un contexte marqué par l’afflux de nombreux curieux.

Des responsables de l’Inspection régionale du patrimoine du Nord-Est ont par ailleurs démenti, dans une déclaration à l’agence TAP, les informations faisant état du vol de pièces archéologiques au musée du site punique de Kerkouane. Ils ont précisé que les personnes interpellées tentaient de dérober des vestiges dans les zones de Demna et de Oued Ksab, situées à environ un kilomètre du site archéologique.

Selon Ahmed Gaddoum, représentant de l’INP et spécialiste de l’archéologie subaquatique et côtière, les vagues ont révélé sur la plage de Sidi Mahrsi un ensemble de murs susceptibles d’être liés à des habitations ou à des thermes datant de l’Antiquité, précisant que leur datation exacte ne pourra être déterminée qu’après des études et une documentation approfondies.

S’agissant des vestiges découverts sur la plage de Néapolis, l’expert estime qu’il pourrait s’agir de citernes d’eau, probablement utilisées pour alimenter des ateliers de salaison du poisson ou pour approvisionner les habitants de l’ancien tissu urbain de Néapolis. Il n’exclut pas non plus qu’il s’agisse de bassins de salaison similaires à ceux identifiés sur le site archéologique de Néapolis, connu pour sa production de « garum », un condiment prisé dans l’Antiquité.

L’INP a engagé ces derniers jours des opérations d’inventaire des sites côtiers apparus à la suite de la récente agitation marine, notamment dans les gouvernorats de Nabeul et de Mahdi, a fait Gaddoum.

Si plusieurs de ces sites sont déjà connus et répertoriés, d’autres vestiges, jusqu’alors inconnus, ont émergé et feront l’objet d’opérations d’identification et de documentation, a conclu le chercheur.