Tunisie – Déficit commercial : «Au lieu de faire la guéguerre aux importations, relançons les exportations»


bct_tunisie-21012013-l.jpgL’un
des plus grands maux du gouvernement
Ennahdha est sans doute le manque de
compétences ou plutôt l’absence de confiance dans les compétences existantes au
sein des administrations publiques héritées de l’ancien régime. Compétences qui
ne doivent, pour la plupart, rien aux anciens dirigeants. Compétences issues du
peuple et produites par un long processus d’éducation et d’enseignement mis en
place à la veille de l’indépendance. Ceci en rappel à ceux qui feignent toujours
de l’ignorer s’acharnant sur elles et les prenant pour les dindons d’une farce
incolore et inodore, empoisonnant le climat social, alors que le grand chef
cuisinier et ses aides ont, eux, déployé leurs ailes ailleurs…

«Les ministres des Finances et les macro-économistes sont la conscience des
gouvernements… entendez conscience économique et

Financière
», témoigne un expert
économique réputé à l’échelle tant nationale qu’internationale. Lequel expert
déplore les conséquences de l’absence de véritables économistes au sein du
gouvernement, et dont les retombées ne se sont pas fait attendre sur l’économie.

Les échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur aux prix courants ont
atteint, jusqu’à fin novembre, 24.205,3 MDT en exportations et 34.909,1 MDT en
importations; avec un rythme croissant des importations dont les taux doublent
d’une année à l’autre, soit 14,1% cette année alors que l’année dernière elles
avaient avancé de 6,3% durant les 11 premiers mois de l’année.

Au vu des données récentes dont fait état l’INS (Institut national des
statistiques), le déficit commercial du pays s’élève pour les 11 premiers mois
de l’année à 10.703,8 MDT, soit un montant jamais atteint de toute l’histoire de
la Tunisie. Le taux de couverture a perdu 5,1 points par rapport à son niveau de
l’année dernière pour atteindre 69,3%.

Au rythme mensuel de 1 MDT de déficit supplémentaire, la Tunisie terminerait
l’année avec un déficit proche de 12 MDT… «Un record de tous les temps»…

Et si seulement cette situation pouvait s’autoréguler d’elle-même sans avoir des
conséquences sur le reste! Car le déficit commercial se traduit négativement sur
la situation de la dette tunisienne comme l’expliquent à juste titre les experts
économiques: «Sur la base d’une évolution normale des exportations de services
et particulièrement du tourisme, le déficit des paiements courants atteindrait 8
à 9% du PNB, et même si les IDE atteignaient les 3% du PIB, la dette du pays
augmenterait de 5 à 6% points de PNB auxquels il faut ajouter 2 points dus à
l’augmentation du volume de la dette en raison de la dépréciation du dinar.
C’est donc une augmentation de la dette extérieure du pays de 7 à 8% du PNB que
la Tunisie connaîtra en 2012. La dette passant de 37% en 2010 à 40% en 2011 et à
près de 49% en 2012. Pour un gouvernement qui s’est prononcé contre la dette,
c’est un résultat inédit!».

Les performances relatives réalisées par certains secteurs comme celui des
mines, phosphates et dérivés ou les industries mécaniques et manufacturières de
18,3%, ne rétablissent en rien la situation de déficit avec des importations
constamment en hausse. Mais il ne s’agit pas de focaliser sur les importations,
estiment les experts. «C’est un phénomène réducteur. Car ce qui n’a pas marché,
c’est surtout les exportations quoiqu’on en dise».

Même si certains secteurs affichent des indicateurs positifs comme l’agriculture
et la pêche avec une croissance de 4,1%, les services à l’export qui ont
progressé de 5,8%, le transport de 8,4% et les services domestiques qui ont
avancé de 6,9%. «Les exportations baissent régulièrement de plus de 2% à prix
constants. Le secteur totalement exportateur, fer de lance de la politique de
développement des exportations, a considérablement régressé».

La lecture par pays est encore plus étonnante. Ainsi, les exportations vers la
France baissent de 10% à prix courant (c’est-à-dire 15 à 16% à prix constants)
et celles de l’Italie de 11% (une baisse de 16 à 17% à prix constants).
Il est par ailleurs tout autant vrai que la France traverse une période de
vaches maigres mais le Maroc a quand même réussi à préserver ses parts de
marché, ce qui n’a pas été le cas de la Tunisie. D’aucuns prétendraient que
l’Europe lâche la Tunisie dans les faits. Dans les faits, il faut apprendre à
tirer les ficelles et savoir négocier les accords qui servent réellement les
intérêts nationaux et non se complaire dans des annonces tonitruantes sans
maîtriser la négociation d’accords économiques égalitaires et profitables.

Une BCT au travers de la politique de développement

Au lieu de livrer une guéguerre aux importations, relançons les exportations et
boostons-les. «Le gouvernement s’entête à agir sur les importations. Aucune
mesure n’a ciblé les exportations. Pire encore, le secteur du
textile/habillement, dont les exportations ont baissé de 9%, connaît un
véritable démantèlement alors que personne ne lève le petit doigt pour y
remédier. Des opérateurs seraient interdits de voyage en guise de représailles.
Quelle image donnons-nous de nos hommes d’affaires et d’une Tunisie en voie de
réconciliation nationale et de transition démocratique».

Alors que le déficit commercial se creuse de plus en plus, la
BCT décide de
s’attaquer aux importations, décourageant ainsi les exportations au nom d’une
orthodoxie explicable mais inopportune dans le contexte actuel du pays et au vu
de sa structure économique. «En limitant les crédits à la consommation, mesure
compréhensible si l’économie fonctionnait normalement, la BCT vient d’enterrer
le dernier levier de la croissance, celui de l’encouragement de la demande
intérieure. En prônant une politique de change dont la tendance est d’apprécier
le dinar et en décidant de changer les modalités de fonctionnement des comptes
professionnels en devises, en ne laissant dans ces comptes que les justes
besoins des titulaires des comptes, c’est-à-dire les exportateurs, la Banque
centrale de Tunisie décourage carrément les exportateurs à un moment où cette
variable bat de l’aile».

Alarmée par le niveau des réserves en devises, la
BCT utilise tous les artifices
même ceux contraires aux objectifs d’exportation. Dans une récente déclaration,
le gouverneur de la
BCT a affirmé que les réserves en devises reviendront à 120
jours grâce à la mobilisation des 3,5 milliards de dinars en provenance, en
grande partie, de prêts et non des revenus du tourisme, de capitaux étrangers ou
des transferts de Tunisiens résidents à l’étranger. Ce qui n’est pas rassurant
car la Tunisie ne peut plus prétendre aujourd’hui disposer d’un matelas aussi
confortable en matière de réserves de change.

En économie, les prêts contractés par les Etats ne servent généralement pas à
renflouer les réserves en devises mais plutôt à réaliser des projets créateurs
des richesses pour rembourser les prêts.

Aujourd’hui, ces prêts, au lieu de redresser l’économie, couvrent les
augmentations des salaires, les grèves et les sit-in et servent à répondre aux
exigences en devises des besoins du pays en importations de produits de
consommation courante.

A quand le lancement de véritables projets créateurs de richesses et d’emplois?