La Monnaie de Paris gagne ses galons d’entreprise rentable 100% française

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és de la Monnaie de Paris, le 26 mars 2012 à Paris (Photo : Eric Piermont)

[28/03/2012 14:52:47] PARIS (AFP) En quelques années, la Monnaie de Paris a gagné le pari de devenir une entreprise bénéficiaire avec une activité industrielle 100% française, s’appuyant sur une stratégie à deux volets: l’historique frappe de monnaie et son essor dans le domaine culturel.

Il y a seulement cinq ans, “l’entreprise vivotait sur son passé et s’enfonçait dans un côté poussiéreux et archaïque”, explique à l’AFP Christophe Beaux, PDG de La Monnaie de Paris, dans son bureau du site historique, en face du Louvre.

Quand il est nommé en 2007 à la tête de la plus ancienne institution de France, l’entreprise publique créée au IXe siècle est en déficit chronique, rongée par le manque d’activité après l’effervescence du passage à l’euro.

Des investissements dans de nouvelles machines, une création accrue de pièces, un plan social (qui a réduit les effectifs de 700 à 500 personnes) et une transformation en Etablissement public à caractère industriel et commercial (Epic) plus tard, le profil est plus flatteur. En 2011, la Monnaie de Paris a engrangé 18 millions d’euros de bénéfices, avec 159 millions de chiffre d’affaires.

“En quatre ans, nous avons augmenté le chiffre d’affaires de 50%”, se réjouit M. Beaux. Cet essor est essentiellement dû aux pièces de collection, qui, avec les médailles, sont désormais la source de 70% des revenus.

Au-delà des quelque 100.000 numismates français, les pièces en or ou en argent à valeur faciale attirent de plus en plus les personnes soucieuses de varier le placement de leurs économies.

Réalisée sur le site girondin de Pessac, l’activité historique de la Monnaie de Paris -la frappe exclusive pour l’Etat français des pièces en euros- pèse aujourd’hui moins de 30% du chiffre d’affaires.

“Frapper la monnaie… et les esprits”

Les commandes de l’Etat assurent à la Monnaie de Paris non seulement la frappe d’environ un milliard de pièces par an, mais aussi une protection face aux variations du cours des métaux, totalement pris en charge par l’Etat. L’avantage n’est pas négligeable en ces temps d’agitation erratique des marchés.

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ôtel de la Monnaie, le 26 mars 2012 à Paris (Photo : Eric Piermont)

Mais pour assurer un niveau d’activité suffisant à l’usine de Pessac, la Monnaie de Paris part aussi à la conquête des pièces d’autres pays. Dans ce secteur, elle est en concurrence avec la Finlande, mais surtout le Royaume-Uni et le Canada. En 2011, la frappe de pièces étrangères lui a rapporté 20 millions d’euros, selon M. Beaux.

Si la délocalisation au Sénégal de la frappe de monnaies étrangères a un temps été envisagée, l’idée a été abandonnée pour cause de coûts logistiques trop importants.

L’activité industrielle de la Monnaie de Paris reste donc entièrement en France et M. Beaux, qui défend la création de pièces de 5 euros, voudrait l’étendre, soit par partenariat, soit par acquisition, à la fabrication en amont des ronds de métal qui sont ensuite frappés en pièces.

Mais la Monnaie de Paris ne veut plus être assimilée à une seule activité industrielle. Au-delà de la monnaie, elle entend “frappe(r) les esprits”, en associant, d’ici à 2013-2014 sur son site parisien, une usine, des expositions, un musée, des boutiques et un restaurant étoilé.

Cet ensemble devrait rapporter au moins 5 millions d’euros par an à partir de 2014.

Avant que les travaux ne commencent, la Monnaie de Paris avait déjà organisé plusieurs expositions. “En poids économique, c’était peu de chose -quelques centaines de milliers d’euros-, mais en termes d’image, c’est très important”, souligne M. Beaux.

L’Etat n’a guère à se plaindre de cette métamorphose peu orthodoxe: au titre de 2011, la Monnaie de Paris va lui verser 9 millions d’euros de dividende, accompagné de 37 millions d’euros de dividende exceptionnel.