BCT Cash indicateursSelon la Banque centrale de Tunisie fin mai 2026, les réserves de change atteignent 25,5 milliards de dinars (105 jours d’importations) grâce à la hausse du tourisme, des transferts des TRE et à une baisse de 58,3 % du service de la dette. Cependant, la monnaie fiduciaire en circulation explose de 24 % pour atteindre 29,68 milliards de dinars, renforçant l’économie du cash.

Les indicateurs financiers publiés fin mai 2026 par la Banque centrale de Tunisie (BCT) révèlent une économie à deux vitesses, prise en étau entre des succès extérieurs manifestes et des failles structurelles internes persistantes.

D’un côté, le front macroéconomique affiche une solidité retrouvée : les réserves de change se consolident, portées par le tourisme, les transferts de la diaspora et un allégement spectaculaire du service de la dette.

De l’autre, l’explosion de la monnaie fiduciaire en circulation met en lumière un phénomène alarmant : une dépendance accrue au cash qui échappe en grande partie aux circuits bancaires formels.

Pour l’institut d’émission, ce paradoxe représente un défi systémique majeur qui menace directement l’efficacité même de sa politique monétaire.

Des fondamentaux externes en nette consolidation

La situation extérieure de la Tunisie affiche une résilience notable en ce milieu d’année 2026. Au 29 mai, les avoirs nets en devises de la BCT ont atteint le seuil critique de 25,5 milliards de dinars, contre 22,7 milliards un an plus tôt, matérialisant une progression de +12,1 % (+2,76 milliards de dinars). Ce matelas de sécurité permet de porter la couverture des importations à 105 jours, offrant au pays six jours d’autonomie supplémentaires par rapport à mai 2025.

« La véritable bataille monétaire de demain ne se jouera peut-être pas sur le marché des changes, mais dans la réduction progressive de la dépendance au cash. »

 

Cette performance repose sur la solidité des deux piliers traditionnels d’approvisionnement en devises. Les recettes touristiques cumulées s’établissent à 2,43 milliards de dinars (+4,1 %), tandis que les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) confirment leur rôle de filet de sécurité macroéconomique en atteignant 3,43 milliards de dinars (+4,9 %).

Parallèlement, la pression sur les réserves de change s’est considérablement desserrée grâce à une diminution spectaculaire de -58,3 % du service de la dette extérieure cumulée, qui s’établit à 2,95 milliards de dinars contre 7,09 milliards l’année précédente. Ces signaux réduisent le risque souverain à court terme et stabilisent le dinar tunisien.

Le paradoxe du cash : une économie informelle en pleine expansion

C’est derrière ce tableau clinique encourageant que se cache la véritable fragilité de la structure monétaire tunisienne. Les billets et monnaies en circulation (BMC) ont bondi pour atteindre 29,68 milliards de dinars, contre 23,96 milliards en mai 2025. Cette hausse vertigineuse de près de +24 % (soit 5,72 milliards de dinars injectés en dehors du système de dépôt) surpasse toutes les autres dynamiques économiques du pays.

Cette ruée vers l’argent liquide traduit une préférence croissante des agents économiques pour la désintermédiation financière. Les transactions de gré à gré et non traçables s’intensifient, alimentant les circuits de l’économie informelle.

« Les avoirs nets en devises atteignent 25,5 milliards de dinars au 29 mai 2026… à l’inverse, les billets et monnaies en circulation atteignent désormais 29,68 milliards de dinars, soit près de +24 %. »

 

Pour la BCT, cette situation est critique : plus la masse monétaire s’éloigne du secteur bancaire institutionnel, plus les canaux traditionnels de transmission des taux d’intérêt perdent leur emprise sur l’inflation et le crédit.

Le système bancaire maintient certes un solde courant ordinaire de 252,5 millions de dinars — confirmant l’absence de crise de liquidité immédiate —, mais ses marges de confort s’érodent (-23,4 % sur un ans).

Restructuration de la dette souveraine et enjeux de la transition numérique

Face à cette configuration, l’État a opéré un pivot stratégique dans la gestion de ses finances publiques. L’encours des Bons du Trésor à court terme a chuté de -74,6 % pour s’établir à 1,69 milliard de dinars, tandis que l’encours des Bons du Trésor Assimilables (BTA) à long terme a progressé de +58,9 %, grimpant à 33,82 milliards de dinars.

Cette stratégie d’allongement de la maturité réduit le risque de refinancement immédiat pour le Trésor public, bien qu’elle capte une part substantielle de l’épargne domestique disponible, au détriment potentiel du financement du secteur privé.

« Plus la monnaie circule hors des banques, plus les mécanismes traditionnels de transmission de la politique monétaire perdent en efficacité. »

 

En conclusion, la véritable bataille de la BCT ne se livre plus uniquement sur le marché des changes ou de la stabilisation des taux. L’enjeu vital réside désormais dans sa capacité à piloter une transition agressive vers la décashisation, la numérisation des paiements et l’intégration des flux informels.

Sans une bancarisation forcée et transparente de cette masse monétaire flottante, les succès macroéconomiques de 2026 risquent de rester un simple mirage comptable face à une économie souterraine devenue omniprésente.

EN BREF

  • Avoirs en devises : Hausse de +12,1 % des réserves de change, atteignant 25,5 milliards de dinars au 29 mai 2026 (105 jours d’importations).
  • Allégement de la dette : Diminution spectaculaire de -58,3 % du service de la dette extérieure cumulée, retombé à 2,95 milliards de dinars.
  • Explosion du cash : Hausse critique de +24 % de la monnaie fiduciaire en circulation, qui s’établit à 29,68 milliards de dinars.
  • Dette publique : Stratégie d’allongement de la maturité avec une hausse de +58,9 % de l’encours des BTA et un effondrement des bons à court terme.
  • Défi monétaire : La perte d’efficacité de la politique monétaire de la BCT face à l’ancrage profond de l’économie du cash et de l’informel.