[07/11/2009 19:49:01] SAINT ANDREWS , Royaume-Uni (AFP)

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à Saint-Andrews, en Ecosse (Photo : Andrew Winning)

Londres a appelé samedi à la mise en place d’un “contrat social” entre les banques et les contribuables qui les ont aidées pendant la crise, envisageant explicitement parmi les moyens d’y parvenir l’instauration d’une taxe de type “Tobin”.

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a fait une visite surprise samedi à Saint Andrews, en Ecosse, où se déroulait une réunion des ministres des Finances et des responsables des banques centrales des pays du G20, la dernière sous présidence britannique cette année.

Il a donné à cette réunion des grands argentiers une tonalité morale, en demandant à ce que “les marchés financiers mondiaux soient mieux alignés avec les valeurs du plus grand nombre : travail, responsabilité, intégrité et justice”.

Désormais, il faut selon lui “voir s’il ne serait pas nécessaire de discuter d’un contrat social et économique qui reflète mieux la responsabilité mondiale des institutions financières envers la société”.

L’idée de voir les banques contribuer elles-mêmes désormais au “fardeau” de leur sauvetage a été énoncée au G20 des chefs d’Etat de Pittsburgh, aux Etats-Unis. Le Fonds monétaire international (FMI) a été chargé de “préparer un rapport”, pour le prochain sommet du mois de juin, au Canada, sur les manières dont le secteur financier pourrait apporter cette contribution. Il devrait le rendre en avril.

M. Brown les a évoquées samedi : elles vont d’une “prime d’assurance reflétant le risque systémique”, à la création d’un fonds, de dispositions nouvelles sur le capital des banques et, surtout, d’une “taxe sur les transactions financières internationales”.

Les ministres des Finances du G20 ne semblent toutefois pas avoir partagé son enthousiasme, à en croire le président de la banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet. Le sujet n’a pas été abordé à la réunion, a-t-il affirmé devant la presse.

Cette taxe est, il est vrai, la plus “révolutionnaire” des mesures envisagées. Elle s’apparente à la taxe proposée dans les années 1970 par l’économiste James Tobin pour ralentir la volatilité sur le marché des changes, et qui n’a jamais vu le jour en raison de difficultés techniques supposées.

L’idée a ensuite été reprise par le mouvement altermondialiste, notamment par Attac, avec l’idée de financer ainsi le développement des pays pauvres.

Mais les milieux financiers ont toujours jugé l’idée inapplicable, et les milieux politiques sont restés très prudents.

Le président français Jacques Chirac, pourtant, l’a défendue. Faute de volonté mondiale commune, il s’est rabattu sur une taxe sur les billets d’avion, pour financer l’achat de médicaments à destination des pays pauvres. Le programme est aujourd’hui en vigueur dans une trentaine de pays et a permis de lever un milliard de dollars en deux ans.

En août, le propre patron de l’Autorité britanniques des services financiers (FSA), Adair Turner, a stupéfié la City en suggérant “une taxe Tobin” pour “faire cesser les rémunérations excessives dans un secteur financier hypertrophié”, dont il avait qualifié une partie de l’activité de “socialement inutile”.

A l’époque, le gouvernement avait très fraîchement accueilli son idée.

Depuis, le G20 de Pittsburgh est passé par là.

M. Brown a noté samedi que, “quelles que soient les mesures envisagées”, elles devaient être “mondiales”.

“Je ne sous-estime en rien les problèmes pratiques et techniques énormes et difficiles qu’il faudra surmonter, mais je ne pense pas que ces difficultés devraient nous empêcher de réfléchir de façon urgente à ces questions”, a-t-il conclu.

L’ONG Oxfam a aussitôt applaudi cette initiative. “Les banques vont peut-être bientôt passer à la caisse” et “une taxe sur les banques serait une grande étape pour contribuer à réparer les dégâts causés par leur cupidité”, a déclaré Max Lawson, un responsable de l’association.