Débutée dans l’antiquité comme dans d’autres pays du Bassin méditerranéen, grâce aux Phéniciens et Carthaginois, la viticulture en Tunisie a une longue tradition derrière elle. Les vins tunisiens étaient exportés dans quasiment tous les territoires bordant la Méditerranée. Cinq siècles avant l’ère chrétienne, dit-on, les vins de la colline de Byrsa, à Carthage, étaient déjà célèbres.

Des mosaïques antiques représentent le déchaussage et le sarclage de la vigne, le foulage du raisin et le culte voué à la vigne et au vin est encore visible dans les principaux musées du pays. À ne citer ici que la magnifique mosaïque de Bacchus, dieu du vin, qui trône au musée de Sousse. Erudit Carthaginois et célèbre enfant du pays, Magon entre dans la postérité en rédigeant son célébrissime traité d’agronomie. Son nom est encore évoqué, fêté par un vin rouge qui porte son nom.

Avec l’arrivée des Français, les résultats de la viticulture renaissante sont encourageants et la production du raisin s’organise. Les découvertes de Pasteur sur les fermentations alcooliques proposent des solutions au problème de vinification en pays chaud. Le Maghreb devient alors l’un des plus gros producteurs du vin au monde.

Sous le contrôle de l’État tunisien, au travers de l’Office du Vin puis de la Vigne, le vin tunisien connaît une longue traversée de désert. Vendu en vrac, il se noie dans l’anonymat et sa médiocrité le dédie à une utilisation industrielle ou au coupage à d’autres vins le réduisant à un «vin médecin», entendez, vin correcteur.

La disparition de l’Office de la Vigne, la naissance de Sociétés de Mise en Valeur de Développement Agricole ‘’SMVDA’’, sociétés privées mixtes ouvertes à l’export, la restructuration de celui qui fait office de porte-drapeau de la vitiviniculture en Tunisie, à savoir l’Union Centrale des Coopératives Viticoles (www.uccv.com) et à coup d’investissements conséquents, d’une politique de mise à niveau et en valeur, les vins tunisiens reprennent leurs lettres de noblesse. Désormais ils se hissent vers une reconnaissance internationale.

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Après une longue éclipse, l’industrie vinicole semble en pleine expansion dans le monde arabe, notamment au Maroc, en Algérie, en Egypte, au Liban, en Jordanie et bientôt en Syrie. 80.000 hectares sont dédiés à la vigne de cuve (Tunisie incluse) produisant 1,3 million d’hectolitres de vin, soit 146 millions de bouteilles, selon un calcul de l’AFP. Le chiffre d’affaires serait de 340 millions de dollars, soit 230 millions d’euros.

En sept ans, l’Egypte a doublé sa production pour atteindre aujourd’hui 8,5 millions de bouteilles, dont les trois-quarts sont consommés par les touristes. Aujourd’hui, l’Oranais en Algérie, le cap bon en Tunisie et Meknès au Maroc produisent la majeure partie des vins arabes avec 1,3 million d’hectolitres et une quinzaine d’appellations contrôlées, dont 20% sont exportés vers l’Europe.

Sujet tabou, me diriez-vous? Assurément. Mieux que toutes les équipes de sport, toutes disciplines confondues, le vin tunisien fait des vagues. Il récolte, en 2007, 24 médailles (entre or, argent et bronze, et distinctions à des salons spécialisés tels que : le «Challenge
International du Vin
» le «Concours Mondial de Bruxelles», «les Citadelles du Vin», «le Mondial du Rosé», qui sont les grands rendez-vous mondiaux du secteur.

Remportant succès après succès depuis deux-trois ans, cela fait largement plaisir et on ne va pas se priver de le mentionner. Cette carence en communication vient-elle des médias ou des producteurs qui ont finalement appris à se faire discrets ?

Les retombées médiatiques de ses succès sont en conséquence de cette «success story». Le lectorat d’une presse spécialisée importante est admirateur des résultats et un énorme «regain d’intérêt vers un pays qui a une longue tradition de tolérance» semble susciter l’intérêt d’investisseurs étrangers.

Cependant, même dans le milieu, le sujet reste délicat. Des employeurs satisfaits d’avoir trouvé le profil adéquat à quelques postes à pourvoir voient leur futur cadre décliner un recrutement confirmé pour cause de «pressions familiales» ou de «contradiction morales». Mlle L., jeune technicienne dans un laboratoire, avouait taire régulièrement dans quel secteur de l’agroalimentaire elle travaillait. «J’aime ce métier, je gagne bien ma vie. J’achète bientôt une voiture pour faciliter le trajet de plus de 70 Km que je fais tous les jours depuis 5 ans pour arriver à mon travail».

La consommation annuelle par habitant dans notre pays est aussi un sujet délicat. Elle serait de l’ordre de 2,2 l/habitant/an. Tout laisse à supposer que ce chiffre aurait observé un recul de 20 à 30% mais impossible à confirmer.

D’autre part, la superficie viticole se réduit de plus en plus, pour ne plus représenter que 12.500 ha produisant 420.000 hectolitres de vin annuellement. Le secteur viticole représente plus de 30 mille emplois directs et indirects. Ses exportations annuelles dépassent difficilement les 100 mille hectolitres vers l’Allemagne et la France, mais aussi vers la Suisse, la Belgique, l’Italie, le Canada, la Russie, la Malaisie…

A qualité confirmée, reconnaissance acquise et visibilité en hausse ne reviendraient-ils pas des parts de marché dans un secteur en progression ? La consommation mondiale de vin accuse une hausse de 1,4% en 2006. Il se démocratise, et dans le monde, une bouteille sur trois est bue, dans un pays autre que celui où elle a été produite.

La partie n’est pas gagnée pour autant. La qualité paye et plus que jamais cette règle se confirme. La conquête des marchés est en cours, tant bien que mal, hélas limitée par le manque de moyens mis à la promotion, communication et publicité face à de multinationales aux méga budgets, avec une force de frappe incroyable et un pouvoir extrêmement puissant

Par ailleurs, tout le Bassin méditerranéen subit de plein fouet une concurrence impitoyable des vins de ce qu’on appelle souvent le Nouveau Monde : États-Unis, Australie et surtout le Chili qui fait fureur. L’arrivée des «outsiders» dérange, dérange même beaucoup, mais ces producteurs, en même temps qu’ils cultivent du vin, imposent et en diffusent aussi la culture, ouvrant par là même de nouveaux marchés.

Marchés lointains, clients potentiels du Canada, d’Asie du sud-est, de Russie, les professionnels tunisiens du secteur tissent des liens, participent en chœur à plusieurs salons spécialisés travaillant à construire une image plus valorisée de leurs produits.

Le marché chinois fait aiguiser toutes les dents et toute l’industrie du vin regarde dans sa direction. La spirale négative semble endiguée et la chance des vins tunisiens est de pouvoir proposer une offre très diversifiée dans le cœur de gamme, des vins entre 3 et 10 euros. Ces vins représentent 70 à 80% des volumes, selon les marchés, voire 90% comme c’est le cas pour le marché chinois (+112% en 2007). C’est sur ce terrain-là que la Tunisie veut et peut se battre et progresser sérieusement à l’export.

Loin de me douter que cette enquête me mènerait au devant d’une belle aventure, c’est surtout la rencontre avec des personnes dont le métier est la passion qui est frappante. Le monde du vin est un monde extrêmement organisé, codifié et malgré toute la poétique développée autour du breuvage et l’image glamour qu’il évoque, il demeure extrêmement technique.

Par Amel Djait Belkaid

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