Faire de la transition énergétique des leviers de souveraineté, de compétitivité et de positionnement requiert pour la Tunisie, de hiérarchiser les priorités nationales, de construire des partenariats équilibrés et de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, c’est ce qui ressort d’un policy brief publié, vendredi, par l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE)

Le document intitulé “Sécurité énergétique de la Tunisie : construire des marges de manœuvre dans l’interdépendance” formule une série de propositions stratégiques pour refonder la politique énergétique de la Tunisie. L’enjeu, pour la Tunisie est, selon le rapport, de ne pas rester à la périphérie des nouvelles chaînes de valeur énergétiques, en se limitant à l’importation d’énergie ou à l’exportation de ressources. Il est de construire une position dans laquelle l’énergie soutient la compétitivité des entreprises, attire les investissements, favorise l’innovation et élargit les marges de décision du pays.

La première recommandation consiste à accélérer la transition énergétique et à engager une stratégie de rupture à long terme.

Pour ce faire, la Stratégie énergétique à l’horizon 2035 doit se traduire par des projets concrets, des investissements mobilisés, un calendrier d’exécution crédible et des responsabilités clairement définies. Mais au-delà de cet horizon, la Tunisie doit engager une réflexion stratégique de plus long terme, capable de dépasser les trajectoires actuelles et de repenser en profondeur son modèle énergétique.

Cela implique d’intensifier le déploiement des énergies renouvelables, de moderniser le réseau électrique, d’accroître les capacités de stockage et d’imposer des mesures d’efficacité énergétique. Cette transformation implique également d’évaluer, sur des bases économiques, techniques et réglementaires rigoureuses, la contribution potentielle de nouvelles options technologiques, notamment le nucléaire, dans une perspective de diversification du mix énergétique à long terme.

La transition doit ainsi être menée, selon l’institut, comme un levier central de compétitivité industrielle et de transformation productive, et non comme un simple objectif environnemental.

La deuxième recommandation concerne la diversification des partenariats pour réduire les vulnérabilités et préserver la souveraineté de décision.

Avec un taux de dépendance énergétique de 66 % et un déficit commercial énergétique atteignant 8,27 milliards de dinars, la Tunisie doit impérativement prévenir la transformation de ses contraintes d’approvisionnement en partenariats stratégiques durables. L’IACE recommande ainsi de préserver les coopérations gazières historiques avec l’Algérie tout en élargissant les alliances avec l’Italie, la Libye et l’Union européenne.

L’objectif est de passer d’une dépendance subie à une interdépendance maîtrisée, en veillant à ce que les grandes infrastructures régionales (telles que le câble électrique sous-marin ELMED ou le corridor d’hydrogène SoutH2) bénéficient en priorité aux besoins du marché national.

La troisième recommandation de l’IACE consiste à transformer l’avantage géographique en valeur économique et industrielle, en captant la valeur ajoutée localement. Cela exige de favoriser l’implantation d’activités industrielles compétitives, de développer les chaînes de valeur locales, de renforcer les capacités technologiques nationales et de créer des emplois qualifiés.

Dans ce sens, les projets énergétiques doivent être appréciés non seulement en fonction des volumes d’énergie produits ou exportés, mais également selon leur contribution à la valeur ajoutée nationale, à la productivité et au développement du tissu économique.

Enfin, l’IACE recommande de renforcer la gouvernance énergétique et de faire de la diplomatie un instrument de souveraineté économique.

Il appelle, à ce titre, à garantir la stabilité réglementaire et la continuité des politiques publiques au-delà des échéances politiques pour rassurer les investisseurs et mobiliser des financements à long terme.

Parallèlement, la diplomatie énergétique doit s’affirmer comme un instrument stratégique de la politique économique extérieure et doit s’appuyer sur une expertise prospective poussée afin de négocier fermement les accords d’approvisionnement, d’interconnexion et de partenariat au mieux des intérêts nationaux.