Des membres d’une même famille réunis devant la télévision, mais les interruptions répétées du signal et les allées et venues nécessaires pour régler la parabole deviennent le point de départ d’une succession de situations et de conflits, telle est la scène de départ de la pièce « Tête-à-tête » (Al-Insawan), produite par Be Actor Studio écrite, mise en scène et scénographiée par Mohamed Kouas.

Cette pièce, présentée dimanche 1er novembre 2026, dans le cadre de la quatrième édition du Festival national du théâtre tunisien «les Saisons de la Création », interroge la nature humaine et les rapports de l’individu au pouvoir et à l’autre, à travers un jeu théâtral mêlant satire, symbolisme et références à l’univers animal, d’après le comité d’organisation du festival..

Loin d’une construction dramatique classique fondée sur l’enchaînement linéaire des événements, le spectacle repose sur une succession d’exercices et de situations physiques et sonores, nourris par le jeu théâtral, la répétition, l’écho et les changements de rôles. La recherche du signal dépasse ainsi sa dimension technique pour devenir une métaphore des tentatives de communication et d’écoute entre les membres de la famille, confrontés à l’incompréhension et aux conflits.

Le titre « Al-Insawan », qui associe les mots « être humain » et « animal », renvoie à la frontière entre ces deux dimensions de la nature humaine, d’après la même source. Ces dimensions se résument dans l’une des répliques de la pièce : « Ce qui distingue l’insawane de l’être humain et de l’animal, c’est qu’il utilise son intelligence uniquement pour faire le mal ». À partir de ce paradoxe, le spectacle questionne la capacité de l’homme à dépasser ses instincts, en convoquant notamment l’imaginaire de l’évolution darwinienne ainsi que des gestes et des sonorités inspirés du monde animal.

La réflexion philosophique s’appuie également sur la conception de Thomas Hobbes, selon laquelle les rapports humains sont marqués par la rivalité et la lutte pour la satisfaction des intérêts individuels et la domination de l’autre. Cette vision se traduit dans les relations entre les membres de la famille, à travers les disputes entre frères et sœurs, les rivalités autour des positions et des rôles, ainsi que des situations qui mettent en évidence les contradictions des rapports sociaux et l’écart entre les discours de façade et les comportements réels, lit-on dans le communiqué. La figure paternelle occupe une place centrale dans cette configuration. Le père demeure le détenteur de l’autorité familiale, dont la présence symbolique est matérialisée par un fauteuil rouge.

Cette dimension atteint son paroxysme dans la scène finale, lorsque le fauteuil reste vide après la disparition du père et que les membres de la famille tentent, tour à tour, de s’y installer. Une image qui suggère la permanence de la lutte pour le pouvoir et la possibilité de reproduire les mêmes mécanismes de domination, indépendamment de ceux qui les incarnent.

La scénographie prolonge ces significations à travers quelques éléments symboliques, notamment la parabole, qui représente le lien avec le monde extérieur, et le fauteuil rouge, associé à l’autorité. Les costumes noirs et blancs évoquent, quant à eux, le jeu d’échecs, ses oppositions, ses rivalités et ses changements de positions.

« Tête-à-tête » (Al-Insawan) réunit huit comédiens : Lazhar Farhani, Zeineb Ferchichi, Yahya Faïdi, Assala Kouas, Hamouda Ben Hassine, Faten Chroudi, Mohamed Hédi Ben Mansour et Alya Smiai. Leur jeu collectif, fondé sur les interactions physiques et vocales, contribue à la construction des scènes et à leur dynamique.

Lors de la rencontre organisée à l’issue de la représentation, Mohamed Kouas a expliqué que le travail sur la pièce avait débuté par des exercices fondés sur l’écoute, le jeu autour de la parabole constituant l’un des points de départ de la création, avant de donner progressivement naissance à des situations et des scènes explorant les relations et les contradictions familiales, rapporte le comité.