Malgré les nouvelles capacités de production annoncées pour l’été 2027, la Tunisie pourrait rester exposée aux coupures d’électricité. Selon Ahmed Dous, vice-président de l’Organisation tunisienne des énergies propres, le déficit entre l’offre et la demande atteindrait au moins 2 000 mégawatts. Une situation qui impose d’agir autant sur la consommation que sur la production.
Un déficit électrique estimé à plus de 2 000 MW
Les projets énergétiques programmés pour l’été 2027 pourraient atténuer les tensions sur le réseau électrique tunisien, sans pour autant éliminer les risques de coupures.
Intervenant sur Express FM, Ahmed Dous estime que l’écart entre l’offre et la demande d’électricité atteint 2 000 MW, voire davantage. Face à cette situation, les capacités supplémentaires annoncées lui paraissent insuffisantes.
Parmi les mesures prévues figurent 150 MW obtenus grâce au refroidissement de l’air entrant dans les turbines, de nouveaux moteurs fonctionnant au gaz et 300 MW issus des énergies renouvelables.
L’expert souligne toutefois que la production solaire dépend de l’ensoleillement. Sa contribution à la couverture des besoins reste donc limitée durant la nuit.
Réduire la consommation aux heures de pointe
Pour Ahmed Dous, la réponse ne peut reposer uniquement sur la construction de nouvelles capacités.
Une réduction de la demande de 300 MW est notamment envisagée à travers des incitations encourageant les industriels à modifier leurs horaires d’activité.
L’intervenant évoque également les tarifs différenciés entre le jour et la nuit, susceptibles de déplacer une partie de la consommation vers les périodes moins sollicitées.
Les ménages doivent aussi participer à cet effort. Selon les chiffres qu’il avance, ils représenteraient environ 70 % de la demande électrique. L’utilisation intensive des climatiseurs pendant les fortes chaleurs accentue les pointes de consommation.
Le déploiement accéléré des compteurs intelligents pourrait, selon lui, améliorer la gestion de cette demande.
Des investissements renouvelables encore insuffisamment concrétisés
Ahmed Dous s’interroge également sur le rythme de réalisation des projets autorisés.
Entre décembre 2024 et août 2025, des autorisations portant sur 287 MW auraient été accordées. Pourtant, seuls 23 projets totalisant 34 MW auraient été réalisés à la date couverte par les données évoquées, dont 12 MW encore en phase d’essais.
Il appelle à revoir le régime d’autorisation afin d’accélérer les investissements et de favoriser l’émergence d’entreprises tunisiennes spécialisées.
Concernant les installations photovoltaïques destinées aux bâtiments publics, il rappelle que leur contribution doit être évaluée en fonction de leur puissance réelle, et non du seul nombre de centrales.
Une pression supplémentaire sur le budget énergétique
La question électrique s’inscrit également dans un contexte budgétaire contraint.
Selon Ahmed Dous, le budget 2027 de la mission Industrie, Mines et Énergie atteindrait 7 892 millions de dinars, en hausse de 48,2 %.
Il attribue principalement cette augmentation aux conséquences des prix pétroliers internationaux sur les subventions énergétiques.
Pour l’intervenant, la sécurité électrique de l’été 2027 dépendra ainsi de deux leviers complémentaires : accélérer les capacités effectivement disponibles et mieux maîtriser les pointes de consommation.
CHIFFRES CLÉS
- 2 000 MW ou davantage : déficit entre offre et demande estimé par Ahmed Dous.
- 150 MW : capacité supplémentaire envisagée grâce au refroidissement des turbines.
- 300 MW : production renouvelable supplémentaire annoncée pour l’été 2027.
- 300 MW : objectif évoqué de réduction de la demande électrique.
- 34 MW : puissance des 23 projets réalisés selon les données rapportées.
- 7 892 millions de dinars : budget 2027 de la mission Industrie, Mines et Énergie, selon l’intervenant.
Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie — Publications et conjoncture énergétique.


