La 5ème édition de la Foire nationale du livre tunisien a rendu hommage au poète Sadok Charaf, originaire de Menzel Temime, dans le cadre de la désignation du gouvernorat de Nabeul comme invité d’honneur. Connu sous le pseudonyme d’« Abou Wejdan », l’auteur a été salué pour sa contribution à la scène culturelle et littéraire tunisienne ainsi que pour l’ensemble de son œuvre.
Une rencontre dédiée aux grandes étapes de sa carrière s’est tenue ce lundi matin à la salle Sophie Golli, au sein de la Cité de la culture à Tunis. L’événement s’est déroulé en présence de proches de l’écrivain, d’intellectuels et de professionnels du secteur littéraire, qui ont évoqué son parcours poétique, sa pensée et son rôle dans la vie culturelle.
Chafia Mohamed Sfar, professeure de langue arabe, a déclaré que cet hommage constituait une opportunité de valoriser la poésie, l’écriture et leurs auteurs. Selon elle, « Abou Wejdan » a combiné poésie et réflexion intellectuelle, utilisant le verbe comme un outil d’expression, de critique et de contestation des idées limitant la recherche et la créativité.
Elle a ajouté qu’une partie de sa production poétique se caractérisait par une approche critique et une conscience des réalités, soulignant la diversité de ses travaux.
Le poète et écrivain Jelloul Azzouna a de son côté retracé le parcours de son confrère et concitoyen. Il a rappelé son intérêt précoce pour la poésie, les nombreux recueils publiés au fil des décennies, ainsi que son action pour soutenir l’émergence de nouvelles voix poétiques.
Né à Menzel Temime, Sadok Charaf a suivi son enseignement primaire à l’école franco-arabe, avant de poursuivre ses études secondaires à la section zeitounienne. Installé ensuite à Tunis, il a fréquenté l’École industrielle et le lycée Khaznadar, puis a obtenu en 1964 son diplôme de fin d’études à l’École normale d’instituteurs.
Il a commencé sa carrière professionnelle comme enseignant puis directeur d’écoles primaires en Tunisie. Il s’est ensuite rendu en Algérie dans le cadre de la coopération technique, où il a enseigné la langue et la littérature arabes dans plusieurs lycées à Oran et à Alger, tout en y poursuivant son cursus universitaire.
De retour en Tunisie en 1977, Sadok Charaf a intégré les milieux culturels et médiatiques. Il a occupé le poste de secrétaire de rédaction de la revue Al-Fikr de 1978 jusqu’à sa fermeture en 1986. Il a également fondé en 1977 la revue Al-Akhillaa, dont il a assuré la direction de la rédaction, avant que cette structure ne devienne la maison d’impression, d’édition et de distribution « Abou Wejdane », spécialisée dans les œuvres littéraires et les livres pour enfants.
Sadok Charaf a par ailleurs participé à la création de plusieurs initiatives et instances culturelles. Il est notamment cofondateur du Festival de la poésie arabe moderne d’El Djerid à Tozeur, du Festival de musique Youssef Temimi à Menzel Temime, de la section de l’Union des écrivains tunisiens au Cap Bon, et de la Société tunisienne de production culturelle.
Son œuvre compte plus de cinquante titres, comprenant des recueils de poésie, des romans, des essais critiques et des articles. Parmi ses principaux recueils figurent Chawaate’ Elatach (Les rivages de la soif), Alhob Maa Taajil Ettanfidh (L’amour avec sursis), Hourouf Tajorrou Elfe’l Elmadhi (Des lettres qui régissent le verbe passé), Bihajme Elhobbe Akoun (À la mesure de l’amour je suis) et Loghatou Elaghsane Elmokhtalifa (La langue des branches différentes).
En 1959, Sadok Charaf a reçu son premier prix de poésie à Korba, décerné par le président Habib Bourguiba. Il a par la suite obtenu le Prix de l’État pour la poésie en 1979 pour “Chaouaate’ Elatach”, le prix de la municipalité de Tunis en 1981 pour “Bihajmi Elhobbe Akoun”, et le prix de la Maison de la culture d’El Mourouj en 2006.
Le poète a fait l’objet de plusieurs hommages nationaux, notamment à Monastir et Kélibia. Il a représenté la poésie tunisienne lors de rencontres internationales, notamment aux festivals de poésie de Sarajevo en 1980, du Caire en 1983 et de Bagdad en 1984.



