
Le film doit sortir dans les salles tunisiennes le 21 octobre, selon les informations communiquées à l’occasion de cette projection, qui a réuni des artistes, des professionnels du cinéma et des acteurs.
Cette fiction avait été présentée en première mondiale à la 79e édition du Festival international du film de Locarno, en Suisse, tenue du 5 au 15 août 2026, dans la section non compétitive « Fuori Concorso ».
D’une durée de 117 minutes, ce long-métrage d’horreur, qui mêle enquête criminelle et tension psychologique, est écrit, réalisé et monté par Abdelhamid Bouchnak
Dès les premières scènes, « Bakma » plonge le spectateur dans un univers sombre, marqué par des scènes de violence extrême, des meurtres et des mutilations. Ces choix visuels s’inscrivent dans la démarche du réalisateur, qui entend confronter le public à la brutalité de la violence plutôt que de se limiter aux discours de sensibilisation.
Dans une déclaration à l’Agence TAP, Bouchnak a expliqué avoir délibérément privilégié des scènes choquantes, estimant que la lutte contre la violence ne passe pas toujours par des messages de sensibilisation, mais peut aussi nécessiter de montrer directement son caractère brutal.
De la maltraitance animale à la violence humaine
L’idée du film est née, selon le réalisateur, des opérations de capture et d’abattage des chiens errants. À travers cette pratique, il invite à considérer l’animal comme une victime de la violence humaine et interroge la banalisation de la mise à mort.
Le titre « Bakma », qui renvoie au chien dans le récit, prend ainsi une dimension symbolique et fait écho au parcours du personnage principal, Yassine, un homme sourd, mais non muet. Le réalisateur établit un parallèle entre cet homme privé d’une partie de ses moyens de communication avec son entourage et l’animal exposé à la violence humaine.
Le personnage a grandi dans un environnement familial et social marqué par les mauvais traitements. Sa mère figure parmi les premières personnes à l’avoir humilié, l’insultant et le rabaissant, allant jusqu’à le placer dans un coin et à lui donner à manger comme à un animal.
À ces violences familiales s’ajoutent les humiliations et le harcèlement dont il est victime de la part des autres enfants, qui accentuent son isolement et son sentiment de rejet. Au fil des années, ces expériences nourrissent une profonde blessure psychologique, puis une colère qui se retourne contre son entourage.
Sans chercher à justifier les actes de Yassine, le film interroge la responsabilité de l’environnement dans la construction de la violence et les conséquences de souffrances accumulées. Il questionne également la frontière entre victime et bourreau lorsque la douleur se transforme en désir de vengeance.
Une enquête criminelle au cœur du récit
L’intrigue se déroule dans une petite ville tunisienne, dont le calme apparent est bouleversé, au cours d’une nuit pluvieuse d’hiver, par une série de meurtres particulièrement violents.
Les enquêteurs Ali Mansour et Khaled découvrent une scène de crime marquée par des mutilations. Un détail singulier complique leurs investigations, car le meurtrier utilise une tête de chien pour signer ses crimes, établissant d’emblée un lien entre les crimes et la violence exercée contre les animaux.
L’enquête révèle ensuite que le corps examiné est composé de parties humaines appartenant à plusieurs femmes. Cette découverte transforme l’affaire en une énigme criminelle, au fil de laquelle les enquêteurs tentent d’identifier l’auteur des faits et d’en comprendre les motivations.
À mesure que les éléments de l’enquête se précisent, le récit s’intéresse davantage au passé et à la psychologie du personnage à l’origine des crimes. L’investigation devient ainsi un moyen d’explorer les liens entre les violences subies et les actes commis par la suite, sans réduire l’histoire à la seule résolution d’une affaire criminelle.
L’horreur comme langage cinématographique
Le recours à l’horreur s’inscrit dans la continuité du parcours de Bouchnak, qui avait réalisé « Dachra », son premier long métrage de fiction, présenté à la Mostra de Venise en septembre 2014 avant sa sortie dans les salles tunisiennes en janvier 2015.
Le cinéaste a également marqué le paysage audiovisuel tunisien avec plusieurs séries télévisées, notamment « Nouba », « Rgouj » et « Ken Ya Makanech ». Il a par ailleurs exploré la comédie satirique avec « Hedhoukom », poursuivant à travers ces différentes expériences une recherche narrative attentive aux questions sociales.
Dans « Bakma », l’horreur ne sert pas uniquement à provoquer la peur. Elle devient un moyen d’interroger les origines de la violence, ses prolongements et les responsabilités individuelles et collectives qui contribuent à sa persistance.
L’image et le silence au service de la tension
Le film se distingue par le travail consacré à l’image et à l’éclairage, avec une direction de la photographie signée Chams Ghorab et une musique composée par Hamza Bouchnak, qui contribuent à installer une atmosphère sombre et une tension psychologique.
Plusieurs réalisateurs et professionnels du secteur cinématographique présents à l’avant-première ont salué sa qualité technique, estimant que sa réalisation et son approche visuelle se rapprochaient des standards de la production cinématographique internationale.
Les décors, les jeux d’ombres et la lumière contribuent à installer un climat de menace. Le silence associé à Yassine occupe également une place importante dans la mise en scène, en contraste avec un environnement où les agressions verbales et physiques jalonnent son parcours.
À travers ce personnage, le film met en relation l’exclusion, le harcèlement et les violences physiques, jusqu’au meurtre. Il invite ainsi à réfléchir aux conséquences des humiliations répétées et à la manière dont la violence peut se perpétuer d’une victime à ses propres victimes.
Au-delà de l’identité du meurtrier et des circonstances des crimes, « Bakma » pose une question centrale : comment un être humain, marqué par la violence depuis l’enfance, peut-il en venir à reproduire à son tour celle qui l’a détruit ?
Le film renvoie ainsi à une réalité qui dépasse le cadre de la fiction : la violence envers les animaux, les humiliations et les agressions quotidiennes constituent autant de manifestations d’une brutalité dont les conséquences peuvent se prolonger bien au-delà de l’acte initial.


