Selon l’exposé présenté le 14 octobre au Conseil de sécurité par Hanna Tetteh, représentante spéciale de l’ONU pour la Libye, entre 30 % et 50 % des carburants importés auraient été détournés vers la contrebande de janvier à septembre 2026. L’enjeu dépasse les stations-service : il concerne les finances publiques et l’accès aux services essentiels.
Sur ces neuf mois, la Libye a importé 8,15 millions de tonnes de carburants pour 8,9 milliards de dollars. L’ONU estime entre 2,4 et 4,4 milliards de dollars la valeur des volumes perdus. Il s’agit d’une estimation, non d’un montant définitivement établi par un audit détaillé. L’exposé officiel contredit ainsi les premières reprises faisant état de 30 % à 40 % et de pertes supérieures à 4,4 milliards.
Du stockage à la contrebande
Le circuit commence par les approvisionnements de la National Oil Corporation. Brega assure notamment le stockage et le transport, avant la distribution aux stations-service et aux grands consommateurs institutionnels. Selon une analyse du Fonds monétaire international, les faibles prix subventionnés et les défaillances de contrôle favorisent le détournement de produits vers les marchés parallèles ou l’étranger. Ces constats ne permettent toutefois pas d’attribuer l’ensemble des pertes à un maillon précis.
Une facture aux dimensions budgétaires
De janvier à septembre, la Banque centrale libyenne recense 4,64 milliards de dinars de dépenses pour la santé et ses organismes, environ 4,57 milliards pour les trois ministères de l’enseignement et 1,6 milliard au titre du développement.
Au taux de change moyen officiel du 14 octobre, soit 6,4243 dinars pour un dollar, les pertes évoquées par l’ONU représentent, à titre illustratif, 15,4 à 28,3 milliards de dinars. Cette comparaison montre l’ampleur des sommes en jeu, mais ne signifie pas qu’elles seraient entièrement récupérables ou directement transférables à ces budgets.
Cette photographie budgétaire a ses limites : les enveloppes ministérielles ne couvrent pas nécessairement tous les coûts sectoriels, et les dépenses de développement ne désignent pas uniquement les infrastructures.
Hanna Tetteh souligne également que les détournements aggravent les pénuries de carburant et d’électricité, particulièrement dans le sud. Pour l’État libyen, la question centrale demeure celle de la traçabilité des importations jusqu’à leur consommation finale.
Chiffres clés
- Part estimée détournée: 30–50 %
- Des importations de carburants :Valeur estimée des pertes 2,4–4,4 Md$
- Janvier–septembre 2026 : Carburants importés 8,15 Mt
- Millions de tonnes métriques : Coût des importations 8,9 Md$ Sur neuf mois
- Dépenses publiques comparables sur la période 4,64 Santé 4,57
- Trois ministères de l’enseignement 1,60


