Abdelbasset SammariNous l’avions écrit à plusieurs reprises : lorsque l’eau manque, que l’électricité devient aléatoire, que les investissements sont bloqués et que la dépendance énergétique s’aggrave, les conséquences finissent inévitablement par apparaître dans les indicateurs économiques.

Les chiffres du commerce extérieur publiés en septembre viennent renforcer cette inquiétude.

Le déficit commercial du seul mois de septembre s’est aggravé de plus de 50 % par rapport au même mois de l’année précédente. Sur les neuf premiers mois de l’année, il atteint près de 21 milliards de dinars, soit une détérioration de 25,5 %, contre une hausse de 22 % enregistrée à fin août.

Au-delà des statistiques, c’est une réalité économique plus profonde qui se dessine.

Lorsqu’une usine subit une coupure d’électricité, ce ne sont pas seulement des machines qui s’arrêtent. Ce sont des heures de production perdues, des délais de livraison compromis et parfois des marchés définitivement abandonnés à la concurrence. Lorsqu’une activité dépendante de l’eau est interrompue, c’est toute une chaîne de valeur qui se trouve paralysée.

À force de subir ces perturbations, les entreprises perdent en productivité, en compétitivité et en crédibilité.

Une question se pose alors avec acuité : comment demander aux entreprises de produire davantage, d’exporter plus et de créer des emplois lorsque les conditions élémentaires de production ne sont plus garanties ?

C’est précisément pour cette raison que nous avions estimé que la croissance du troisième trimestre risquait d’évoluer dans une fourchette comprise entre 0 et 1 %. Certes, le déficit commercial, à lui seul, ne mesure pas la croissance réelle. Mais lorsqu’il se dégrade fortement au moment même où les difficultés d’approvisionnement en eau et en énergie affectent l’appareil productif, le signal envoyé mérite toute l’attention des décideurs.

Le véritable problème est que la gestion actuelle semble reproduire les mêmes mécanismes qui ont conduit à la situation présente.

Les réunions ne créent pas de capacités de production. Les annonces ne produisent ni eau ni électricité. Les financements mobilisés pour gérer les urgences ne remplacent pas les investissements structurants capables d’augmenter durablement l’offre nationale.

Le risque est désormais celui d’un cercle vicieux.

Moins de production signifie davantage d’importations. Davantage d’importations signifie une pression accrue sur les réserves en devises et sur le dinar. Cette pression se traduit ensuite par davantage d’inflation importée, davantage de besoins de financement extérieur et un endettement toujours plus coûteux. Une part croissante des ressources publiques est alors absorbée par le service de la dette au détriment de l’investissement productif.

Sortir de cette spirale suppose un changement de priorité.

La première urgence consiste à sécuriser les conditions de production : eau, électricité et logistique. Il faut également accélérer les projets d’énergies renouvelables, développer les capacités de stockage, moderniser les réseaux, réduire les pertes hydrauliques, débloquer les investissements en attente, assainir les délais de paiement de l’État et faciliter l’accès au financement productif.

Surtout, chaque objectif doit être associé à un responsable clairement identifié, à un calendrier précis et à des résultats mesurables rendus publics.

Une entreprise investit lorsqu’elle peut produire. Elle produit lorsqu’elle dispose des infrastructures nécessaires. Elle exporte lorsqu’elle peut respecter ses engagements.

La confiance ne se décrète pas. Elle se construit par les résultats.

Chaque mois perdu réduit les capacités de production futures et alourdit la facture collective. Les chiffres publiés aujourd’hui ne constituent pas une surprise. Ils confirment une tendance que beaucoup d’acteurs économiques observent depuis plusieurs mois déjà.

La Tunisie n’a plus besoin d’une accumulation de réunions ou de diagnostics supplémentaires. Elle a besoin d’un État capable de rétablir les conditions de production et de débloquer l’investissement.

Le temps des constats est passé. Celui des résultats doit commencer.

Par Dr Abdelbasset Sammari