
Il vient de consacrer un budget de 93 millions de dinars pour reconstituer le cheptel, d’ici 2030. Il prévoit, également de mobiliser d’autres sources de financement dont le Fonds de développement de la compétitivité du secteur agricole et des ressources extérieures.
Cette orientation avait déjà été amorcée dans la loi de finances 2025, qui a mobilisé une enveloppe de 10MDT pour soutenir la reconstitution du cheptel bovin. Sur ce montant, 5MDT sont destinés à renforcer les fonds propres des petits éleveurs afin de faciliter leur accès aux crédits bancaires pour l’acquisition de génisses. Les 5MDT restants financent une prime exceptionnelle visant à encourager l’élevage des génisses et des veaux de race pure.
A regarder de près cette mesure, elle paraît insuffisante lorsqu’on sait qu’elle intervient à une période où la taille du cheptel national n’a cessé de régresser. Si on se réfère à des données fournies par l’Institut national de la statistique (INS), le cheptel national comptait, en 2016, un total estimé à près de 8,37 millions de têtes de bétail (ovins caprins et bovins). Depuis, cet effectif a baissé, de près de 30 % pour se chiffrer, actuellement, à 5,94 millions de têtes environ.
Une feuille de route quinquennale pour relacer le secteur de l’élevage : les détails
D’où l’enjeu du programme quinquennal, arrêté pour relancer la production du secteur de l’élevage de bétail. Ce programme a été vulgarisé, le 24 septembre 2026, sur les ondes de la radio privée, Mosaique FM, par Sana Zitouni, ingénieure générale et sous-directrice à l’Office de l’élevage et des pâturages relevant du ministère de l’Agriculture.
Les interventions prévues dans le cadre de cette feuille de route quinquennale reposent sur quatre principaux axes : la reconstitution des troupeaux bovins et des petits ruminants, le développement des ressources fourragères, la numérisation du suivi du cheptel et le renforcement des services de santé animale.
Plus simplement encore, il s’agit de rétablir les niveaux de production habituels dans le secteur laitier, de renforcer la production de viandes rouges et d’améliorer la qualité du cheptel, ainsi que la productivité animale.
Dans le détail, d’après Sana Zitouni ce programme projette d’augmenter de 11% la production nationale de lait, pour atteindre environ 1,4 million de tonnes, d’accroître au taux de 17% la production de viandes rouges pour atteindre près de 281.000 tonnes de viandes bovine, ovine et caprine.
Le programme prévoit, aussi, de porter le cheptel bovin à 363.000 femelles, en privilégiant les races pures à haut rendement, afin d’améliorer la productivité et de renforcer le système national de production.
L’accent sera mis sur le recours à des techniques modernes dans les domaines, génétique et reproductif. Le dispositif prévoit, aussi, de renforcer la couverture sanitaire vétérinaire et de poursuivre la numérisation du système d’identification et de traçabilité du cheptel, afin d’assurer un meilleur suivi des animaux et une gestion plus efficace du cheptel national.
Un plan spécifique pour développer l’élevage des ovins et caprins
Les ovins et les caprins sont, également, concernés par le programme, avec des mesures destinées à soutenir l’élevage des petits ruminants et à préserver le cheptel national, et ce, moyennant une enveloppe budgétaire de 19 Millions de dinars.
Parmi les nouvelles mesures figure une subvention destinée à financer l’apport personnel nécessaire à l’acquisition de génisses. Cette aide pourra être cumulée avec d’autres subventions, permettant ainsi de porter la contribution de l’État à environ 50% du prix d’achat de la génisse.
En plus, l’État prendra en charge les intérêts des crédits accordés dans le cadre du programme, afin de réduire le coût du financement pour les éleveurs et de faciliter leurs investissements dans la reconstitution de leurs troupeaux.
Pour les petits ruminants, une enveloppe de 5 millions de dinars sera consacrée au financement de l’élevage des jeunes femelles et des agnelles, ainsi qu’à leur préservation, afin de garantir le renouvellement du cheptel et le maintien de ses capacités de production.
Abstraction faite de cet éclairage sur cette feuille de route quinquennale pour reconstituer le cheptel, nous ne pouvons nous interdire de relever que ce programme n’a pas prévu des mesures pour remédier à deux facteurs négatifs qui ont accentué la diminution du potentiel de renouvellement des troupeaux. Il s’agit de l’impact de la contrebande et son corollaire l’exportation non réglementaire du cheptel national vers les deux pays voisin : l’Algérie et la Libye. L’autre facteur consiste en l’abattage illégal des femelles reproductrices.
Le poids du secteur de l’élevage en Tunisie
Et pour ne rien oublier rappelons que l’élevage en Tunisie est un secteur stratégique. Il contribue à hauteur de 38 % au PIB agricole et emploie 22 % de la main‑d’œuvre du secteur.
Pour mémoire, le cheptel de bovins et de petits ruminants s’est effondré au cours des dernières années, principalement en raison de trois principaux facteurs : la sécheresse récurrente et prolongée, la hausse des prix internationaux des matières premières et la dépendance aux importations d’aliments pour animaux. L’effet combiné de ces trois facteurs, qui a fortement dégradé la rentabilité des exploitations, a poussé une partie des éleveurs à réduire leurs activités et à quitter la filière. Certains ont été contraints de vendre une partie de leurs animaux pour faire face à leurs charges.
Les conséquences ont été désastreuses pour le consommateur. Les tunisiens, pour qui la célébration d’Aid El Idha est sacrée, sont les plus touchés. D’après des données fournies par l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP), le prix moyen d’un mouton est passé d’une fourchette comprise entre 240 et 300 dinars en 2010 à près de 2 500 dinars au cours du premier semestre 2026.
Parallèlement, la production nationale de viande rouge a reculé d’environ 10 % sur la même période, passant de 122 700 tonnes en 2010 à quelque 110 800 tonnes en 2025.
Au quotidien, sur le marché de la viande, les consommateurs sont confrontés à une augmentation inédite des prix. A titre indicatif, le prix du kilo de viande ovine se chiffre à 70DT contre une vingtaine de dinars il y a simplement trois ans.
C’est dire qu’en attendant la mise en œuvre de ce programme de reconstitution lequel va demander beaucoup de temps, les consommateurs continueront à subir la flambée des prix de viandes ovine et bovine. A bon entendeur !!!
Abou SARRA


