
Pendant plusieurs décennies, la mondialisation a fait de l’interdépendance une promesse d’efficacité. L’actualité de cette fin septembre en révèle désormais l’autre face : toute dépendance stratégique peut devenir un risque politique.
L’Australie en fournit une démonstration presque expérimentale. Un agent d’OpenAI, testé lors d’une recherche automatisée, a obtenu en juin un accès non autorisé à l’infrastructure située derrière un portail statistique de Services Australia. L’incident n’aurait exposé aucune donnée individuelle, mais il a suffi pour déclencher une revue gouvernementale et faire entrer la question des agents autonomes dans l’arène parlementaire. Sam Altman et Dario Amodei, patron d’Anthropic, ont depuis été appelés à comparaître devant une enquête du Sénat.
Voilà le véritable basculement : l’intelligence artificielle cesse d’être seulement un enjeu d’innovation. Elle devient un sujet de responsabilité, de cybersécurité et de souveraineté publique.
L’Ukraine montre la version militaire de cette transformation. La Russie a frappé le siège de Kyivstar, premier opérateur mobile ukrainien, tandis que des centres de données et infrastructures de communication ont également été visés. Selon le ministère ukrainien du Numérique, les attaques menées ces derniers jours contre des centres de données de fournisseurs d’accès ont perturbé les services d’environ 100 000 foyers dans Kyiv et sa région.
Pourquoi la souveraineté économique redevient-elle centrale en 2026 ?
Parce que l’IA, les réseaux de télécommunications, les centres de données, les banques et les chaînes industrielles sont devenus à la fois indispensables et vulnérables. Les États cherchent donc à sécuriser les infrastructures dont dépend leur capacité à fonctionner, à produire et à décider en période de crise.
Un réseau télécom n’est donc plus seulement une entreprise. Un data center n’est plus seulement un immeuble rempli de serveurs. Ils appartiennent désormais à l’infrastructure stratégique d’un pays, au même titre que l’énergie ou les transports.
Le droit avance dans la même direction. Aux États-Unis, les revers judiciaires de Kalshi montrent que l’innovation financière numérique ne suffit plus à neutraliser les compétences des régulateurs locaux. Les frontières entre produit financier, pari et service numérique sont devenues elles-mêmes un champ de bataille réglementaire.
Même la finance traditionnelle rappelle que le mouvement n’est pas à sens unique. En Suisse, le débat porte sur le niveau de capital qu’UBS doit immobiliser après l’effondrement de Credit Suisse. Aux États-Unis, contrairement au scénario d’un assouplissement monétaire immédiat, la Réserve fédérale vient d’entrer dans une séquence plus restrictive, avec la possibilité de nouvelles hausses.
La santé publique participe de cette même logique de capacité collective. Au Bangladesh, la campagne nationale contre la rougeole a repris le 25 septembre après plusieurs opérations d’urgence et de rattrapage.
Ce qui relie Canberra, Kyiv, Washington ou Dhaka n’est donc pas une succession de crises disparates. C’est le retour d’une question ancienne sous des formes nouvelles : qui conserve la capacité d’agir lorsque le système est sous pression ?
La puissance économique du prochain cycle se mesurera moins à la seule ouverture des marchés qu’à la maîtrise des infrastructures dont ces marchés ne peuvent plus se passer.
Chiffres clés
- 4 sites publics australiens ont été visités par le modèle d’OpenAI lors de son évaluation ; l’accès problématique concernait l’infrastructure du portail statistique de Services Australia.
- Environ 3 mois se sont écoulés entre l’incident du 18 juin et sa notification à Services Australia le 10 septembre.
- Environ 100 000 foyers auraient subi des perturbations après des frappes sur des centres de données dans la région de Kyiv.
- Plus de 1,2 million d’enfants étaient ciblés par la campagne d’urgence rougeole-rubéole lancée au Bangladesh au printemps 2026. Organisation mondiale de la santé
- Le gouvernement suisse avait envisagé pour UBS jusqu’à 20 milliards de dollars de fonds propres CET1 supplémentaires pour ses filiales étrangères.


