Après les expérimentations, l’intelligence artificielle entre dans une phase plus exigeante : celle de l’exécution. Pour la Tunisie, le défi dépasse désormais les modèles et les chatbots. Il porte sur les datacenters, la puissance de calcul, l’énergie, les données, les compétences et l’investissement.

Lors de la conférence IA 360°, Néji Ghandri, président du Conseil bancaire et financier, a résumé le changement de phase : l’enjeu n’est plus seulement d’expérimenter, mais de transformer l’IA en valeur mesurable.

Il identifie quatre prérequis : des données fiables, des systèmes d’information interopérables, des infrastructures de calcul et des compétences. Dans la banque, les usages possibles vont du crédit et de la gestion des risques à la lutte contre le blanchiment, la relation client et les fonctions informatiques.

Thierry Breton a déplacé le débat vers une autre dimension : la souveraineté numérique. Sans capacité de calcul, énergie, données et infrastructures locales, disposer d’un modèle d’IA ne suffit pas à créer une capacité industrielle.

La Tunisie dispose-t-elle des infrastructures nécessaires pour industrialiser l’IA ?
Elle possède déjà plusieurs briques, dont des datacenters, des capacités de calcul et des compétences. Mais la puissance GPU accessible, son coût, les besoins énergétiques et les investissements consolidés restent insuffisamment documentés.

Des briques existent déjà

La Tunisie ne part pas de zéro. Plusieurs opérateurs disposent de datacenters. Des offres locales de calcul GPU apparaissent, tandis qu’une infrastructure nationale de calcul haute performance a été inaugurée en 2026.

Mais la question essentielle reste sans réponse publique consolidée : combien de puissance GPU est réellement accessible aux entreprises, à quel coût et avec quelle disponibilité ?

Même incertitude sur l’énergie. La Tunisie comptait 1 163 MW de capacité renouvelable installée à fin juillet 2026, mais son taux d’indépendance énergétique n’était que de 34 %. L’industrialisation de l’IA devra donc intégrer la disponibilité et le coût de l’électricité.

Les données constituent une autre infrastructure critique. Leur qualité, leur gouvernance et leur capacité à circuler entre systèmes conditionnent directement les usages.

Le signal donné par Generix illustre le changement d’échelle : l’entreprise utiliserait déjà environ 500 agents IA, notamment pour le développement logiciel. Ce chiffre ne concerne pas la Tunisie, mais montre ce que signifie une IA intégrée au système de production.

La Tunisie possède donc plusieurs briques. Reste à mesurer leur capacité réelle et à les assembler. C’est là que commence le passage du chatbot à l’industrie.