Les crédits bancaires accordés aux professionnels ont nettement accéléré au premier semestre 2026. Dans le même temps, la progression du financement bancaire de l’État a ralenti. Une concomitance qui pose la question d’un possible rééquilibrage du crédit, sans permettre encore d’établir une causalité.
Quelque chose bouge dans l’allocation du crédit bancaire en Tunisie. Au premier semestre 2026, les financements accordés aux professionnels ont progressé de 2,199 milliards de dinars, contre 1,275 milliard durant la même période de 2025.
Le contraste avec les particuliers est marqué : leurs financements n’ont augmenté que de 108 millions de dinars, contre 276 millions un an auparavant.
Ces chiffres posent une question centrale pour l’économie tunisienne : les banques commencent-elles à consacrer davantage de ressources au financement de l’activité productive ?
L’industrie repasse dans le vert
Les services captent la plus grande partie des nouveaux financements. Leurs crédits progressent de 1,684 milliard de dinars, contre 1,272 milliard au premier semestre 2025.
Mais le signal le plus notable vient de l’industrie. Les crédits au secteur augmentent de 414 millions de dinars, après une baisse de 64 millions sur la même période de 2025.
Le retournement atteint donc 478 millions de dinars entre les deux variations semestrielles — un écart calculé par WMC à partir des données disponibles.
L’agriculture et la pêche progressent également, avec 101 millions de dinars de financements supplémentaires, contre 67 millions un an auparavant.
Ces chiffres montrent une accélération du crédit professionnel. Ils ne permettent toutefois pas de déterminer la destination exacte de ces ressources, leur maturité ni la part effectivement consacrée à de nouveaux investissements.
Les banques tunisiennes financent-elles davantage les entreprises en 2026 ?
Oui. Les crédits aux professionnels ont augmenté de 2,199 milliards de dinars au premier semestre 2026, contre 1,275 milliard un an auparavant. Cette accélération coïncide avec un ralentissement de la progression du financement bancaire de l’État, mais les données consultées ne permettent pas encore d’établir une causalité directe.
L’État absorbe toujours des ressources, mais moins rapidement
L’autre évolution se situe du côté du financement public.
Les créances nettes sur l’administration centrale atteignaient environ 69,209 milliards de dinars à fin juin 2026. Elles ont progressé de 4,382 milliards depuis le début de l’année, contre une hausse de 5,836 milliards au premier semestre 2025.
Même mouvement pour les bons du Trésor détenus par les banques : leur encours a augmenté de 2,449 milliards de dinars, contre 3,815 milliards un an auparavant.
L’État continue donc de mobiliser des ressources bancaires considérables. Ce qui change est le rythme de progression de cette mobilisation.
Une hypothèse à tester
L’universitaire Mohamed Nekhili relie l’accélération du crédit professionnel à ce ralentissement du financement bancaire de l’État. L’idée est économiquement importante : si les besoins de financement public absorbent moins rapidement les ressources bancaires, davantage de capacité pourrait devenir disponible pour les entreprises.
Les chiffres sont compatibles avec cette lecture, mais ils ne suffisent pas à la démontrer.
Pour conclure à un véritable desserrement de l’effet d’éviction, il faudrait notamment examiner l’évolution sur une période plus longue, ainsi que les taux, les maturités et la qualité des nouveaux crédits.
Le premier semestre 2026 fournit donc un signal : les professionnels obtiennent davantage de crédit au moment où l’absorption supplémentaire de ressources bancaires par l’État ralentit. Reste à savoir si cette inflexion se prolongera suffisamment pour devenir un changement structurel.
Chiffres clés
- +2,199 milliards DT : crédits aux professionnels au S1 2026, contre +1,275 milliard au S1 2025.
- +1,684 milliard DT : crédits supplémentaires aux services.
- +414 MD : industrie, après -64 MD un an auparavant.
- +101 MD : agriculture et pêche, contre +67 MD.
- +108 MD : particuliers, contre +276 MD.
- +4,382 milliards DT : créances nettes supplémentaires sur l’administration centrale, contre +5,836 milliards au S1 2025.
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