Le nouveau cycle de resserrement monétaire américain peut sembler lointain. Pour la Tunisie, il touche pourtant trois variables sensibles : le coût du financement extérieur, la dette et le dinar.

La Réserve fédérale américaine a changé de cap. Ses nouvelles projections montrent surtout que la lutte contre l’inflation pourrait maintenir les taux américains élevés plus longtemps : la Fed prévoit désormais une inflation PCE de 3,7 % en 2026, avec un retour à 2 % seulement en 2029.

Pour la Tunisie, le premier risque est financier.

Une dette plus exposée à l’argent cher

La Banque mondiale estime la dette publique tunisienne à 82,2 % du PIB en 2025, contre 84,9 % en 2024. Même en baisse, ce niveau laisse peu de marge face à un environnement international où le dollar et les rendements américains resteraient élevés.

Lorsque les taux américains montent, les placements en dollars deviennent relativement plus attractifs. Les pays émergents doivent alors composer avec un coût du capital plus élevé et, selon leur situation, des conditions plus difficiles pour mobiliser des financements extérieurs.

Pour Tunis, l’enjeu est d’autant plus important que les autorités se sont davantage tournées vers les sources domestiques pour couvrir leurs besoins de financement.

Quel impact la hausse des taux de la Fed peut-elle avoir sur la Tunisie ? Des taux américains durablement élevés peuvent rendre le financement international plus coûteux et soutenir le dollar. Pour la Tunisie, les principaux risques concernent le coût de la dette et des importations en devises ainsi que les pressions potentielles sur le dinar.

Le dinar, deuxième ligne de transmission

Un dollar durablement fort peut également exercer une pression indirecte sur le dinar et renchérir les engagements ou importations libellés en devise américaine. Une dépréciation du dinar augmenterait mécaniquement leur coût en monnaie locale.

Ce risque intervient alors que le déficit courant tunisien est passé de 1,5 % du PIB en 2024 à 2,4 % en 2025, selon la Banque mondiale.

La Tunisie dispose néanmoins d’amortisseurs : les recettes touristiques ont progressé de 5,3 % en 2025 et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger de 14,9 %.

Le nouveau cycle de la Fed ne signifie donc pas automatiquement un choc pour la Tunisie. Mais plus les taux américains resteront élevés, plus la qualité des réserves en devises, la maîtrise des besoins de financement et la capacité à contenir la dette deviendront déterminantes.

Chiffres clés

-3,7 % — inflation PCE américaine projetée pour 2026.

-2 % — objectif d’inflation retrouvé en 2029 selon la projection médiane de la Fed.

-82,2 % du PIB — dette publique tunisienne estimée en 2025.

-2,4 % du PIB — déficit courant tunisien en 2025.

-+5,3 % — recettes touristiques en 2025.

-+14,9 % — transferts des Tunisiens résidant à l’étranger en 2025.

SITE : FED USA