Le gouvernement sénégalais chiffre à 1 956 milliards de FCFA, soit environ 3,5 milliards de dollars, les arriérés de paiement à traiter. Dakar privilégie un « reprofilage » de sa dette plutôt qu’une restructuration, alors qu’un accord technique avec le FMI prévoit un financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans.

Le Sénégal doit désormais gérer deux urgences simultanées : restaurer la viabilité de sa dette publique et apurer un important stock d’arriérés qui pèse directement sur la trésorerie des entreprises.

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a indiqué le 8 septembre que les arriérés de paiement atteignaient 1 956 milliards de FCFA, soit environ 3,5 milliards de dollars. Cette somme donne la mesure de l’effort financier attendu de l’État au moment où Dakar tente également d’alléger la pression exercée par le service de la dette.

Le gouvernement insiste sur une distinction : il ne souhaite pas parler de restructuration mais de « reprofilage ». L’objectif affiché consiste à renégocier certaines conditions de remboursement afin d’adapter les échéances aux capacités financières du pays.

Cette nuance reste toutefois à confirmer dans les modalités concrètes qui seront proposées aux créanciers. Le FMI utilise pour sa part l’expression plus large de « traitement de la dette », destiné à rétablir sa soutenabilité.

Un programme FMI encore soumis à approbation

Le 1er septembre, les autorités sénégalaises et les services du Fonds monétaire international sont parvenus à un accord technique portant sur un programme de 36 mois, au titre de la Facilité élargie de crédit, pour environ 2,2 milliards de dollars.

Ce financement n’est toutefois pas encore définitivement disponible. L’accord doit encore être approuvé par la direction et le Conseil d’administration du FMI, tandis que Dakar doit poursuivre plusieurs actions correctives liées à la fiabilité de ses données de finances publiques.

La situation budgétaire s’est néanmoins améliorée. Selon les données reprises par le FMI et les autorités, le déficit public serait passé de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025. Mais le poids de la dette reste très élevé : le FMI estimait la dette totale du secteur public à 132 % du PIB fin 2024, tandis que le gouvernement évoque désormais un niveau proche de 134 %.

Les PME en première ligne

Le traitement des arriérés constitue aussi un enjeu pour l’économie réelle. Une facture publique impayée peut fragiliser la trésorerie d’une entreprise, retarder ses investissements ou accroître son recours au crédit.

Le gouvernement a indiqué vouloir commencer l’apurement avant la fin de 2026, avec une priorité accordée aux TPE, PME et PMI.

L’enjeu est désormais de savoir à quel rythme ces paiements pourront être effectués sans compromettre l’ajustement budgétaire. Pour les investisseurs comme pour les entreprises sénégalaises, la crédibilité du plan dépendra moins du terme choisi — « reprofilage » ou restructuration — que des conditions financières finalement négociées avec les créanciers.

Les chiffres clés

  • 1 956 milliards FCFA — arriérés de paiement annoncés par le gouvernement.
  • ≈ 3,5 milliards $ — équivalent approximatif de ces arriérés.
  • 2,2 milliards $ — montant du programme envisagé avec le FMI.
  • 36 mois — durée prévue du programme.
  • 132 % du PIB — dette totale du secteur public estimée par le FMI à fin 2024.
  • 13,4 % → 6,4 % du PIB — évolution du déficit budgétaire entre 2024 et 2025.