Uber a cessé ses activités au Nigeria et en Ouganda le 2 septembre 2026, après respectivement douze et dix ans de présence. Le groupe invoque un recentrage de ses investissements. Derrière ces deux sorties, une question dépasse toutefois Uber : jusqu’où un modèle mondial de plateforme peut-il absorber hausse des coûts, pression sur le pouvoir d’achat et concurrence locale ?
Uber ne quitte pas deux marchés africains parce que son activité mondiale s’effondre. C’est précisément ce qui rend la décision significative.
Le groupe américain affiche une croissance soutenue à l’échelle internationale, mais a choisi d’arrêter ses services au Nigeria et en Ouganda après une revue de ses « priorités commerciales » et de ses investissements. Il ne publie ni chiffre d’affaires, ni résultat, ni nombre d’utilisateurs pour ces deux pays. Impossible, donc, d’affirmer que ces activités étaient déficitaires.
Le retrait montre néanmoins qu’une forte population ou une demande importante de mobilité urbaine ne suffisent plus. La question décisive est devenue celle de la marge générée par chaque marché.
Au Nigeria, l’équation s’est durcie
Uber était arrivé à Lagos en 2014. Depuis, l’environnement économique a profondément changé.
L’inflation atteignait encore 15,43 % en juillet 2026. La suppression de la subvention aux carburants depuis 2023 a également renchéri les déplacements, tandis que les fluctuations du naira ont pesé sur les coûts de nombreux biens et services.
Pour un chauffeur de VTC, la hausse du carburant frappe directement la rentabilité de chaque course. Mais augmenter les tarifs comporte un autre risque : perdre une clientèle dont le pouvoir d’achat est déjà sous pression.
La plateforme est ainsi prise entre deux contraintes. Des prix trop faibles réduisent l’intérêt économique pour les chauffeurs ; des prix trop élevés poussent les clients vers des concurrents ou d’autres modes de transport.
Et la concurrence est intense. Bolt et inDrive, notamment, ont renforcé leur présence en proposant des modèles tarifaires parfois plus flexibles.
L’Ouganda nuance l’explication par l’inflation
L’Ouganda montre toutefois que le départ d’Uber ne peut être expliqué par la seule flambée des prix.
L’inflation y était limitée à 4,1 % en août 2026, très loin du niveau nigérian. Kampala reste néanmoins un marché concurrentiel, où Uber affronte notamment Bolt, SafeBoda et d’autres opérateurs mieux positionnés sur certains usages locaux, dont les motos-taxis.
Le dénominateur commun entre les deux retraits est donc probablement ailleurs : la capacité de chaque marché à atteindre une taille suffisante tout en générant une rentabilité compatible avec les exigences du groupe.
Uber peut davantage sélectionner ses marchés
Le contraste avec les performances mondiales est frappant. Au deuxième trimestre 2026, Uber a enregistré environ 58 milliards de dollars de réservations brutes, en hausse de 24 % sur un an, et 2,8 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible.
Le départ du Nigeria et de l’Ouganda ressemble ainsi moins à une retraite qu’à un arbitrage de portefeuille.
Pour les concurrents, c’est une opportunité : récupérer chauffeurs et passagers d’un marché déjà habitué aux applications de mobilité.
Pour les plateformes mondiales, le message est plus sévère. Une technologie peut être globale. Son économie reste locale. Et dans les marchés où carburant, revenu disponible, concurrence et monnaie réduisent les marges, la croissance du nombre d’utilisateurs ne garantit plus que le capital restera.
Chiffres clés
2014 — lancement d’Uber au Nigeria
2016 — arrivée en Ouganda
2 septembre 2026 — fin des opérations dans les deux pays
15,43 % — inflation au Nigeria en juillet 2026
4,1 % — inflation en Ouganda en août 2026
58 Md$ — réservations brutes mondiales d’Uber au T2 2026
+24 % — croissance annuelle des réservations
2,8 Md$ — flux de trésorerie disponible au T2 2026


