La nouvelle escalade militaire entre Washington et Téhéran a ramené le pétrole au-dessus de 90 dollars le baril. Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse largement la géopolitique : le budget 2026 a été construit sur un Brent moyen de 63,3 dollars. Plus le choc dure, plus l’équation budgétaire se tend.

Le détroit d’Ormuz redevient le centre de gravité du marché pétrolier mondial. Après des frappes américaines contre des lanceurs iraniens sur l’île de Larak, suivies d’une riposte de Téhéran contre des installations américaines, le Brent a bondi d’environ 2,7 %, à 90,51 dollars le baril dans les premiers échanges asiatiques.

Le mouvement traduit surtout la remontée brutale de la prime de risque géopolitique. Ormuz concentre une part majeure des flux mondiaux de pétrole. Toute menace sur la navigation, les terminaux ou les installations iraniennes suffit à tendre les anticipations d’offre.

Donald Trump a parallèlement affirmé que l’île de Kharg, historiquement essentielle aux exportations pétrolières iraniennes, avait été lourdement attaquée. Mais Reuters souligne qu’aucune preuve indépendante ne confirmait cette affirmation à ce stade. La vidéo diffusée par le président américain pour étayer ses propos a par ailleurs été identifiée comme générée par intelligence artificielle.

Pour les marchés, cette incertitude est déjà suffisante. Pour la Tunisie, elle devient surtout un risque budgétaire.

Un écart de plus de 27 dollars avec le budget tunisien

La loi de finances 2026 a été élaborée sur l’hypothèse d’un Brent moyen à 63,3 dollars le baril. À 90,51 dollars, le marché se situe donc 27,21 dollars, soit près de 43 %, au-dessus de ce niveau de référence.

L’écart est considérable, même s’il faut éviter une lecture mécanique : le budget repose sur une moyenne annuelle, pas sur le prix observé pendant quelques séances.

La durée du choc devient donc décisive.

Les documents budgétaires indiquent qu’une hausse moyenne de 1 dollar du prix du pétrole sur une année peut alourdir d’environ 164 millions de dinars les dépenses tunisiennes de compensation énergétique.

À titre de stress théorique, un écart de 27,21 dollars maintenu sur une année entière représenterait ainsi près de 4,46 milliards de dinars de charges supplémentaires. Il ne s’agit pas d’une prévision, mais d’un ordre de grandeur révélateur de la vulnérabilité des finances publiques tunisiennes aux cours de l’énergie.

Cette pression intervient alors que le budget 2026 prévoit environ 4,99 milliards de dinars pour les subventions aux carburants et à l’électricité.

Un pétrole durablement proche de 90 dollars pourrait donc contraindre l’État à arbitrer entre davantage de compensation, une hausse du déficit, des économies ailleurs ou un transfert partiel du renchérissement vers les prix domestiques.

Dans ce dernier cas, le choc pétrolier ne resterait plus cantonné aux comptes publics. Il se diffuserait au transport, à la logistique, aux coûts de production et, potentiellement, à l’inflation.

Pour Tunis, la question n’est donc pas seulement de savoir jusqu’où peut monter le Brent. Elle est surtout de savoir combien de temps il restera loin des 63,3 dollars inscrits dans le budget 2026.

Chiffres clés

– 90,51 dollars : cours du Brent dans les premiers échanges asiatiques.
– +2,7 % : hausse du Brent après la nouvelle escalade militaire.
– 63,3 dollars : hypothèse de prix retenue dans le budget tunisien 2026.
– 27,21 dollars : écart entre le Brent à 90,51 dollars et l’hypothèse budgétaire.
– +43 % : écart relatif par rapport au scénario budgétaire.
– 164 MDT : impact annuel estimé sur la compensation pour chaque dollar supplémentaire.
– 4,46 milliards de dinars : stress théorique si l’écart de 27,21 dollars persistait un an.
– 4,99 milliards de dinars : enveloppe 2026 prévue pour les subventions aux carburants et à l’électricité.