
Entretien :
Comment est née l’idée de combiner figurines à colorier et réalité augmentée ?
L’étincelle est venue de l’envie de redonner du sens au jeu à l’ère du numérique. Aujourd’hui, les enfants souffrent d’une double passivité : ils subissent un apprentissage souvent trop théorique et linéaire (التعلم التلقيني), et s’évadent dans une consommation passive et addictive des smartphones.
Je me suis demandé : Comment utiliser la technologie pour détacher l’enfant de l’écran passif et le ramener vers le monde réel ? La réponse a été le concept “Phygital” de Zainart.
En combinant le coloriage traditionnel de figurines en plâtre avec la réalité augmentée, on transforme l’enfant de simple spectateur en acteur de son apprentissage. Il touche, il peint, il explore, et la technologie vient récompenser son effort manuel en transformant sa figurine en une expérience éducative vivante.
Quels ont été les premiers soutiens financiers (fonds propres, incubateurs, investisseurs, concours) ?
Le démarrage de Zainart s’est fait en mode “bootstrapping”, c’est-à-dire par le déploiement exclusif de fonds propres. C’est une étape cruciale pour une start-up, car injecter son propre capital démontre une véritable solidité et une confiance absolue dans sa proposition de valeur.
Cet investissement initial a servi à financer la R&D (Recherche et Développement) : de la sélection d’un plâtre de haute qualité à la modélisation 3D et au développement de la réalité augmentée. Une fois ce “Minimum Viable Product” (MVP) validé sur le marché tunisien et plébiscité par les familles, le projet a naturellement gagné en crédibilité pour s’intégrer dans des programmes d’incubation et d’accompagnement technologique.
Quelle est la stratégie de revenus (vente directe, abonnements, partenariats éducatifs) ?
Notre modèle économique repose sur une stratégie de revenus hybride et agile, articulée autour de trois grands axes complémentaires : Le B2C (Vente directe aux familles) : C’est le cœur de notre activité grand public. Nous vendons nos kits de coloriage 3D directement aux parents et aux enfants via nos réseaux sociaux, mais aussi à travers une présence active lors des foires et des événements culturels.
Le B2B (Réseau professionnel) : Nous développons un réseau de distribution B2B pour implanter nos produits de manière permanente dans des points de vente stratégiques (librairies, magasins de jouets éducatifs, espaces d’éveil). Le B2B2C (Ateliers et Événementiel) : Nous déployons l’expérience Zainart sous forme d’ateliers créatifs interactifs et d’animations lors d’événements (anniversaires, festivals, activations de marques). Cela permet aux enfants de tester le concept en direct et de créer une forte animation autour du projet.
Comment gérez-vous la balance entre production physique (figurines) et développement numérique (application AR) ?
Gérer un projet “phygital” implique de jongler avec deux structures de coûts totalement différentes. Pour la partie physique, les coûts sont variables et directement liés au volume : ils comprennent l’achat du plâtre de haute qualité, les moules et la rémunération de l’équipe dédiée au coulage et à la finition. En tant que fondatrice, je veille à optimiser ces processus pour maintenir notre haut niveau de qualité tout en maîtrisant les coûts de fabrication.
Pour le volet numérique, la réalité augmentée représente un investissement initial lourd en recherche et développement. Heureusement, nous avons la chance de développer l’application en interne, en binôme avec mon mari qui est ingénieur en informatique. Cette maîtrise technologique “maison” nous permet de réduire considérablement nos coûts de développement numérique et d’investir davantage de ressources dans la qualité brute de nos kits physiques.
Comment les familles et écoles tunisiennes ont-elles accueilli le kit ?
C’est une immense fierté de voir à quel point le public tunisien a adopté Zainart. Les excellents retours des familles ont agi comme un label de confiance, ce qui nous a permis de diversifier nos partenariats à vitesse grand V. Nous collaborons désormais activement avec des établissements scolaires et des facultés privées qui voient en notre technologie AR un puissant levier d’apprentissage actif.
Notre impact se mesure aussi par notre sélection dans les plus grandes vitrines culturelles et environnementales du pays, telles qu’Envirofest et la Foire Internationale du Livre de Tunis. La confiance que nous accorde la Délégation de l’Artisanat vient couronner ce parcours en ancrant notre démarche technologique dans le patrimoine artisanal tunisien.
Quelle est la cible prioritaire (parents, écoles privées, institutions publiques) ?
Notre stratégie de segmentation est conçue pour maximiser l’impact et assurer la scalabilité du projet. La cible prioritaire à forte valeur émotionnelle et commerciale est le grand public (B2C) : les parents soucieux du développement cognitif de leurs enfants. En parallèle, nous avons validé notre traction sur le marché de l’éducation privée (B2B/B2B2C), qui adopte nos kits pour leur double valeur ajoutée (motricité fine grâce au plâtre et immersion pédagogique grâce à la réalité augmentée).
Les institutions publiques complètent cette vision. Nous ne les voyons pas seulement comme des clients, mais comme des partenaires institutionnels majeurs, à l’image de notre travail avec la Délégation de l’Artisanat, indispensables pour déployer notre concept à l’échelle nationale et toucher un public encore plus large.
En réconciliant artisanat, créativité et technologie immersive, nous voulons nous imposer comme l’une des initiatives tunisiennes les plus prometteuses dans l’éducation phygitale. Pour nous, l’enjeu dépasse le jeu : il s’agit de redonner aux enfants le pouvoir d’apprendre par eux‑mêmes, les mains actives et l’imaginaire en éveil.
Entretien initié par Amel Belhdaj Ali
EN BREF
- Modèle Phygital : Association du coloriage manuel de figurines en plâtre et d’expériences immersives en réalité augmentée (AR).
- Stratégie Financière : Démarrage en bootstrapping sur fonds propres pour financer la R&D et stabiliser le MVP avant incubation.
- Optimisation des Coûts : Internalisation du développement logiciel réduisant les dépenses de R&D sur la partie numérique.
- Diversification des Revenus : Structure hybride combinant vente directe B2C, distribution B2B et ateliers événementiels B2B2C.
- Ancrage Écosystémique : Partenariats avec des écoles privées et soutien de la Délégation de l’Artisanat de Tunisie.
Plus : La Tunisie Qui Gagne


