Les incendies qui ont frappé deux postes de transformation de Nouakchott ne sont plus seulement un incident technique. Les explications fournies mercredi 26 août par les autorités mauritaniennes montrent qu’ils ont touché des nœuds essentiels d’un réseau interconnecté, exposant la capitale à un risque dépassant largement les seules coupures d’électricité.

À mesure que les informations officielles ont été rendues publiques, la nature de la crise a changé. Le 25 août, le gouvernement annonçait la création d’une commission d’enquête indépendante chargée d’établir les causes des incendies et les responsabilités éventuelles. Le lendemain, le ministre de l’Énergie détaillait l’architecture du réseau et les conséquences de la défaillance de deux postes de transformation situés à Toujounine et Tevragh-Zeina.

Six postes, mais une vulnérabilité commune

Nouakchott dispose de six sous-stations interconnectées. Les deux installations touchées assurent notamment la transformation du courant de 33 kilovolts vers 15 kilovolts avant sa distribution.

Cette interconnexion permet normalement de transférer l’électricité d’une zone à une autre en cas de besoin. Mais l’incident montre aussi son revers : lorsqu’un poste important devient indisponible, les effets peuvent se diffuser bien au-delà de son périmètre immédiat.

Le poste de Toujounine joue notamment un rôle dans l’alimentation électrique d’Idini, où se trouvent des installations liées à l’approvisionnement en eau potable de Nouakchott. Celui de Tevragh-Zeina dessert plusieurs quartiers de l’ouest et du centre de la capitale.

La priorité des autorités a donc rapidement dépassé le rétablissement de l’électricité pour les ménages. Le gouvernement affirme avoir sécurisé l’alimentation des hôpitaux et évité l’interruption des réseaux d’eau d’Idini et d’Aftout Essahili. L’épisode révèle néanmoins la dépendance directe de services essentiels à la résilience du système électrique.

Une remise en service encore partielle

Mercredi soir, Somelec annonçait avoir remis le poste Ouest à pleine capacité et récupéré environ 50 % de la capacité du poste Est. Ces progrès réduisent la pression immédiate, sans répondre encore à la question centrale : comment deux incendies rapprochés ont-ils pu affecter des infrastructures aussi sensibles ?

La commission d’enquête devra examiner les causes directes et indirectes, les procédures de maintenance, la lutte contre les incendies, les dispositifs de secours et la capacité du réseau à absorber de nouvelles défaillances.

L’enjeu dépasse Nouakchott. La Banque mondiale estime les pertes du système électrique mauritanien à environ 35 % et considère les investissements dans la stabilité du réseau comme une priorité pour accompagner la transition énergétique du pays.

La crise met ainsi en évidence une équation souvent occultée : augmenter les capacités de production ne suffit pas si les infrastructures de transport, de transformation et de distribution restent vulnérables. Pour la Mauritanie, la prochaine étape sera moins de rétablir simplement le courant que de démontrer que le réseau peut supporter le prochain incident sans mettre sous tension l’eau, les hôpitaux et une partie de la capitale.