Les investissements directs étrangers progressent au premier semestre 2026, mais leur répartition révèle une économie toujours très dépendante de l’industrie manufacturière. Une force pour l’attractivité tunisienne, qui peut aussi devenir une vulnérabilité si la diversification tarde à suivre.
Les chiffres sont encourageants, mais leur composition raconte une histoire plus nuancée. Au premier semestre 2026, la Tunisie a attiré 1,912 milliard de dinars d’investissements directs étrangers, sur un total d’environ 1,929 milliard de dinars d’investissements internationaux. L’ensemble des flux internationaux affiche une croissance de 11,5 % par rapport à la même période de 2025.
Le moteur de cette performance est clairement identifié : l’industrie.
Selon la FIPA, 72 % des IDE se sont orientés vers l’industrie manufacturière, contre environ 19 % pour l’énergie. Autrement dit, plus de sept dinars d’investissement direct étranger sur dix continuent de dépendre de la capacité de la Tunisie à convaincre des industriels internationaux d’y implanter ou d’y développer leurs activités.
Une spécialisation qui continue de payer
Cette concentration possède des avantages évidents. La Tunisie dispose d’un tissu industriel exportateur déjà connecté à des chaînes de valeur internationales, notamment dans les composants automobiles, l’électronique et d’autres industries manufacturières.
Les annonces de 2026 en donnent plusieurs illustrations. La FIPA a signalé en mai l’extension des activités en Tunisie de l’équipementier automobile américain Visteon. Elle a également fait état de nouveaux projets ou implantations de groupes étrangers dans l’ingénierie et l’électronique, dont KPIT Technologies et, plus récemment, l’allemand Deltec.
Cette continuité est un atout : une implantation industrielle réussie peut attirer fournisseurs, compétences et nouveaux investisseurs autour d’un même écosystème.
Mais elle pose aussi une question de concentration.
Le prochain défi : attirer davantage de valeur ajoutée
Si près des trois quarts des IDE continuent de se concentrer dans l’industrie, la diversification vers les services technologiques, l’économie numérique, l’ingénierie ou d’autres activités intensives en compétences devient un enjeu économique.
Le sujet n’est pas seulement d’attirer davantage de capitaux, mais d’améliorer leur qualité et leurs retombées locales. Un investissement qui s’appuie davantage sur l’ingénierie tunisienne, la recherche-développement ou des fournisseurs locaux peut avoir un effet différent d’un projet principalement fondé sur l’assemblage.
Certaines annonces récentes indiquent justement une évolution possible. En mai, KPIT Technologies a annoncé un investissement pour créer un centre d’ingénierie logicielle à Sfax, selon la FIPA.
Ce type de projet illustre le virage que la Tunisie peut chercher à accélérer : conserver son socle manufacturier tout en captant davantage d’activités technologiques et de fonctions à plus forte valeur ajoutée.
La hausse des IDE au premier semestre 2026 constitue ainsi une bonne nouvelle. Mais pour juger pleinement de la performance, il faudra regarder au-delà du montant : secteurs concernés, emplois créés, contenu technologique, intégration locale et capacité des projets étrangers à renforcer durablement les chaînes de valeur tunisiennes.


