Quatre organisations de la société civile, dont le Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES), ont dénoncé la « crise profonde et persistante » du système de santé et appelé à l’organisation urgente d’une conférence des États généraux du secteur pour élaborer une feuille de route crédible vers la couverture santé universelle.
Dans un communiqué conjoint publié ce mardi à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, placée cette année sous le thème « Unissons-nous pour la santé. Soutenons la science », les signataires soulignent que près d’un cinquième de la population (2,27 millions de personnes selon le recensement de 2024) demeure sans couverture sanitaire, tandis que les dépenses directes des ménages dépassent 40 % du total des dépenses de santé. Le secteur public, principal recours des couches populaires, pâtit de pénuries chroniques de personnel, de médicaments et d’équipements médicaux, aggravées par un sous-financement structurel et une faible articulation entre les politiques sanitaires et les déterminants environnementaux et sociaux.
Bien que les plus hautes autorités aient récemment constaté la dégradation des établissements publics lors de récentes visites du président de la République à la Polyclinique de la CNSS et à la Pharmacie centrale et réaffirmé le caractère constitutionnel du droit à la santé, les associations se montrent sceptiques quant aux mesures annoncées lors du Conseil ministériel restreint (CMR) du 30 mars 2026.
Elles rappellent l’échec de résolutions similaires prises lors des CMR du 5 novembre 2024 et du 3 septembre 2025, restées sans suite, et critiquent une approche gouvernementale unilatérale, opaque et dénuée de concertation avec les partenaires sociaux depuis dix-huit mois.
Face à ce qu’elles qualifient d’« échec évident », les organisations exigent un changement de méthode : l’instauration d’un dialogue structuré avec l’UGTT, les ordres professionnels de santé et la société civile, conformément à la résolution de l’Assemblée mondiale de la santé de mai 2024 sur la participation sociale.
Elles appellent le ministère de la Santé à entamer « sans délai un travail commun fondé sur des données scientifiques » et à convoquer rapidement les États généraux de la santé et de la protection sociale, condition sine qua non pour traduire les engagements politiques en actions concrètes.
Ce communiqué, qui s’appuie sur un diagnostic partagé lors d’un symposium de décembre 2025, porte les signatures de l’Association Tunisienne de Défense du Droit à la Santé (ATDDS), du FTDES, de l’Association Tunisienne de Défense des Droits de l’Enfant (ATDDE) et de l’association La Voix de l’Enfant.
Il réitère qu’aucun gouvernement ne saurait résoudre seul une crise systémique de cette ampleur sans une feuille de route transparente, participative et ancrée dans la rigueur scientifique.


