L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) a alerté sur les risques pesant sur l’économie tunisienne en raison de la guerre au Moyen-Orient, appelant les autorités à mettre en œuvre des mesures d’atténuation à court et moyen termes pour renforcer la résilience nationale face à ces répercussions.
Dans son rapport intitulé « Guerre au Moyen-Orient : enjeux et impacts sur l’économie tunisienne », publié le 19 mars courant, l’IACE a souligné que cette crise pourrait affecter plusieurs dimensions de l’économie, notamment les finances publiques, la balance des paiements, l’inflation et la croissance, dans un contexte où la Tunisie demeure fortement dépendante des importations énergétiques.
Dans un environnement international marqué par une forte incertitude, la Tunisie figure parmi les économies les plus exposées aux chocs externes, en raison notamment de sa dépendance aux importations énergétiques.
Et de rappeler que la production nationale ne couvrant qu’environ 35 % des besoins et que toute hausse durable des prix des hydrocarbures ou perturbation des flux d’approvisionnement se répercute directement sur les équilibres macroéconomiques.
// Chaque hausse d’un dollar du baril de pétrole pourrait engendrer un surcoût estimé à 164 MD //
Selon l’IACE, le premier canal d’impact concerne les finances publiques. Le budget de l’État demeure particulièrement sensible à l’évolution des prix de l’énergie, les subventions énergétiques représentant déjà près de 3,3 % du PIB.
Dans ces conditions, chaque hausse d’un dollar du baril de pétrole pourrait engendrer un surcoût estimé à 164 millions de dinars (MD). Ce risque est d’autant plus important que la loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’un prix du baril d’environ 63 dollars, un niveau susceptible d’être dépassé en cas de poursuite des tensions.
L’organisation a également, souligné que la pression sur les finances publiques pourrait être accentuée par la hausse des coûts logistiques et du transport international, ainsi que par le durcissement des conditions de financement sur les marchés extérieurs. Dans ce contexte, l’État, déjà confronté à des besoins de financement élevés, pourrait voir sa marge de manœuvre se réduire davantage.
Les entreprises publiques, notamment dans les secteurs de l’énergie et du transport, apparaissent également vulnérables. L’augmentation des coûts du carburant et du transport international risque d’alourdir leurs charges d’exploitation et d’aggraver leurs déséquilibres financiers. Des entreprises telles que la Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz (STEG) et la Société Tunisienne des Industries de Raffinage (STIR), déjà dépendantes des subventions publiques, pourraient ainsi voir leurs tensions de trésorerie s’accentuer, avec des répercussions potentielles sur les engagements de l’État.
// La guerre susceptible de renchérir les importations //
Sur le plan extérieur, la balance des paiements constitue un autre point de fragilité. Selon l’Institut, près de 98 % du commerce extérieur tunisien transitant par voie maritime, toute perturbation des chaînes logistiques ou hausse des coûts du fret se traduit par un renchérissement des importations.
Combinée à la hausse des prix de l’énergie, cette situation pourrait alourdir davantage la facture énergétique et accentuer le déficit commercial.
Cette évolution exercerait une pression accrue sur les réserves en devises, dans un contexte de faible mobilisation des financements extérieurs.
L’IACE note toutefois, que certains facteurs d’atténuation sont relevés, notamment la relative stabilité des transferts des Tunisiens résidant dans les pays du Golfe et le maintien des réservations touristiques, susceptibles de limiter l’impact à court terme.
L’IACE a, par ailleurs, attiré l’attention sur le risque inflationniste. Le renchérissement des produits importés et des intrants industriels, combiné aux anticipations inflationnistes, pourrait entraîner une hausse des prix à la consommation. Le recours au financement monétaire pour couvrir les besoins budgétaires pourrait également, accentuer ces pressions.
Sur le plan de la croissance, l’organsation estime que les effets pourraient se manifester à travers un ralentissement de la demande extérieure, notamment en provenance de la zone euro, principal partenaire économique de la Tunisie. Les secteurs du textile, de l’habillement et des industries mécaniques et électriques apparaissent particulièrement exposés.
Le tourisme pourrait également, être affecté par les incertitudes géopolitiques, tout comme le transport aérien, susceptible de subir des perturbations liées à la situation régionale. Par ailleurs, certains secteurs stratégiques, tels que l’agriculture et l’industrie chimique, pourraient être confrontés à des difficultés d’approvisionnement en intrants essentiels.
// Mettre en place des actions immédiates //
Pour renforcer la résilience de l’économie tunisienne face aux chocs externes, l’IACE préconise un ensemble de mesures stratégiques articulées selon leur horizon de mise en œuvre. À court terme, il s’agit de mettre en place des actions immédiates permettant d’atténuer l’impact direct de la guerre au Moyen-Orient. Ainsi, l’Institut insiste sur la constitution et la gestion de stocks stratégiques de produits alimentaires et d’hydrocarbures, afin d’amortir les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le soutien ciblé aux petits agriculteurs est également jugé essentiel pour maintenir la production locale et garantir l’approvisionnement national.
Parallèlement, l’IACE recommande de lancer un programme d’économie d’énergie dans le secteur public, visant à maîtriser la consommation énergétique grâce à des mesures opérationnelles concrètes. L’encouragement du télétravail dans certains secteurs est également envisagé, afin de réduire les coûts liés à l’énergie et au transport.
L’IACE met aussi l’accent sur le suivi renforcé de plusieurs indicateurs d’alerte, parmi lesquels le prix du Brent, le coût du transport maritime et des assurances, l’évolution de l’inflation dans les économies avancées, ainsi que les décisions de politique monétaire des grandes banques centrales, qui peuvent influencer les flux financiers et le taux de change.
À moyen terme, La sécurité alimentaire doit être renforcée, notamment par le développement des filières céréalières pour tendre vers l’autosuffisance en blé dur, avec des investissements ciblés destinés à améliorer les rendements et moderniser les techniques agricoles.
L’IACE appelle également, à accélérer la transition énergétique, en intensifiant les investissements dans les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance aux importations d’énergie et améliorer l’efficacité énergétique.
À cet égard, la mise en place d’une autorité de régulation indépendante et l’adoption d’un code des énergies renouvelables sont jugées indispensables pour garantir la transparence, la visibilité et l’attractivité du secteur.
Enfin, l’IACE insiste sur l’accélération de l’adoption des réformes et de la mise en œuvre des projets structurants dits « prêts à être lancés », afin de soutenir les secteurs économiques et dynamiser l’activité nationale. Parmi ces réformes, l’Institut souligne la nécessité de réviser le code des changes et la loi d’investissement pour renforcer le climat des affaires et favoriser la relance économique. Selon l’organisation, la combinaison de ces mesures à court et moyen terme constitue un levier essentiel pour renforcer la résilience de l’économie tunisienne face aux chocs externes, en assurant une meilleure coordination entre les politiques budgétaire et monétaire, et en adaptant la stratégie économique nationale aux évolutions du contexte international.


