
Ces solutions, fruit de progrès technologiques et scientifiques, sont même à portée de main. L’incontournable Observatoire national de l’agriculture (Onagri) veille au grain. Son site, une des meilleures réalisations du département de l’agriculture, a pour mérite d’alerter, en temps réel, sur ces progrès scientifiques et technologiques agricoles.
Ce qui manque par contre, ce sont les stratèges et compétences agricoles capables d’assimiler d’abord et de valoriser ensuite ces solutions, et surtout de les décliner en projets structurants rentables. Le problème réside donc dans la célérité d’exécuter des réformes innovantes dans ce secteur.
Parmi les solutions vulgarisées récemment par l’ONAGRI, figure le projet européen « Econutri », une nouvelle technologie pour l’agriculture verte de la prochaine génération.
Cette technologie se propose de solutionner un des problèmes environnementaux auquel butte l’agriculture tunisienne, à savoir, la dépendance à l’égard des engrais et de la pollution que ces derniers génèrent. Ultime objectif : ouvrir la voie à des systèmes agricoles plus résilients.
Actuellement, l’excès d’azote et de phosphore provenant du fumier, du lisier et des engrais synthétiques, surfertilise les sols et contamine l’eau et l’air, contribuant ainsi à la perte de biodiversité, à l’eutrophisation et au changement climatique.
Le projet Econutri s’attaque à ce problème avec 24 technologies et solutions naturelles qui minimisent, voire éliminent, les pertes d’azote et de phosphore du sol.
Les résultats s’alignent sur l’objectif du pacte vert pour l’Europe de réduire les pertes de nutriments (éléments nutritifs) de 50 % d’ici à 2030.
Une technologie qui stoppe la perte des nutriments
Depuis son lancement en 2022, le projet a développé et validé dix technologies différentes conçues pour diminuer les pertes d’azote et de phosphore provenant des biodéchets.
Selon le chef du projet Econutri, Dimitrios Savvas, professeur à l’université d’agriculture d’Athènes (AUA) «La couverture systématique de toutes les étapes critiques de la perte de nutriments tout au long de la chaîne de production agricole et de gestion des biodéchets, y compris le stockage du fumier et du lisier, la digestion anaérobie, la séparation du digestat, les processus de compostage et l’épandage sur le sol, constitue une réalisation majeure».
Et l’universitaire d’ajouter : «Grâce à cette approche intégrée, nous montrons qu’il est possible de faire considérablement baisser les émissions de nutriments tout en récupérant, en stabilisant et en valorisant les nutriments des déchets de biomasse en les convertissant en produits à valeur agronomique.»
Quelques réalisations de l’Econutri
Au nombre des réalisations accomplies à la faveur du projet Econutri, deux progrès méritent d’être retenus.
Le premier concerne la gestion de la biomasse provenant des étables. Les principaux résultats comprennent l’acidification du lisier animal avec du soufre pour réduire les émissions d’ammoniac, avec des réductions de 30 à 35 % enregistrées pendant le stockage et le compostage, tout en améliorant la rétention de l’azote. La précipitation de la struvite dans la fraction liquide du biodigestat a également permis d’obtenir des taux élevés de récupération des nutriments, en particulier du phosphore et de l’ammonium, avec des taux de récupération allant jusqu’à 92 % pour le phosphate et 66 % pour l’ammonium.
La deuxième réalisation consiste en une meilleure stabilisation des nutriments au cours du compostage grâce à des inoculums microbiens bénéfiques sélectionnés et la correction des rapports azote/phosphore déséquilibrés dans les engrais dérivés des biodéchets, un problème critique dans les régions à forte densité de bétail.
Par delà ces applications technologiques rébarbatives pour le commun des mortels, nous pensons quant à nous que le ministère de l’agriculture et les syndicats qui encadrent les agriculteurs (UTAP, synagri) gagneraient à communiquer sur le projet Econutri et à en informer les exploitants agricoles tant il y va de la qualité de la production et de sa compétitivité de leurs produits.
La finalité recherchée est d’être en phase avec les nouveautés dans le monde, d’établir des partenariats stratégiques et partant de réduire l’écart technologique et d’innovation.
A bon entendeur.
Abou SARRA
EN BREF
- Dépendance : Le projet Econutri vise à réduire la dépendance aux engrais synthétiques polluants.
- Performance : Jusqu’à 92 % de récupération du phosphate et 66 % de l’ammonium.
- Objectif 2030 : Réduction de 50 % des pertes de nutriments, conformément au Pacte vert européen.
- Innovation : 24 technologies naturelles pour minimiser l’impact environnemental du lisier et du fumier.
- Urgence : Nécessité pour l’UTAP et le Synagri de former les agriculteurs à ces nouvelles pratiques.


