Avec le lancement du plan de développement 2026/2030, la Tunisie entame une phase de transition qualitative dans le secteur de l’habitat axée sur la philosophie de « réalisation de la justice sociale via des outils économiques », et ce à travers le lancement d’une série de réformes qui répondent aux évolutions démographiques et aux indicateurs issus du Recensement Général De La Population Et De l’Habitat 2024.
L’État tunisien envisage de redresser ce secteur vital et stratégique afin de parvenir à un équilibre juste entre « coût et capacité de remboursement », et ce, en concrétisations des directives du président de la République, Kaïs Saïed. Ces directives portent sur la garantie du droit constitutionnel au logement, en particulier pour les catégories à faible et moyen revenus qui affrontent des difficultés en termes d’accès à la propriété immobilière.
Lors d’une rencontre tenue, en début de semaine dernière, avec la cheffe du gouvernement, Sarah Zaâfrani Zenzri, le président de la République à réaffirmé le droit du citoyen à un logement décent, soulignant que la Société Nationale Immobilière de Tunisie (SNIT), l’Agence Foncière d’Habitation et la Société de Promotion des Logements Sociaux (SPROLS) devront accomplir pleinement leurs missions pour lesquelles elles ont été créées. Dans ce cadre, il a souligné que le mécanisme de la location-accession constitue une solution qui doit être adoptée par la politique sociale de l’État pour résoudre la crise du logement et freiner la hausse excessive des loyers.
Le plan de développement 2026/2030 prévoit la réalisation d’environ 5 000 logements dans le cadre du mécanisme de la location-accession, pour un coût global estimé à 750 millions de dinars, soit une moyenne de 1 000 logements par an, avait annoncé le ministre de l’Équipement et de l’habitat, Salah Zouaoui. En 2026, l’objectif est de réaliser, 1213 logements répartis sur 11 gouvernorats d’un coût estimé à 212 millions de dinars.
Le ministère poursuivra, également, la programmation d’autres projets de logement dans le cadre du mécanisme de location-accession, en fonction de la disponibilité des terrains nécessaires, et ce, pour couvrir l’ensemble des gouvernorats, selon les propos du ministre lors d’une séance d’audition organisée par la commission de la planification stratégique, du développement durable, des transports, des infrastructures et de l’aménagement urbain au Parlement.
Les députés devraient adopter en séance plénière, ce mercredi, deux projets de lois. Le premier projet porte sur l’achèvement du statut de la Société Nationale Immobilière de Tunisie (SNIT) et le deuxième concerne l’achèvement de la loi relative à la création de la Société de promotion des logements sociaux. Ces deux textes proposent d’accorder aux deux sociétés en question des formules de financement et de commercialisation facilitées, notamment la location-accession et la vente échelonnée, en tenant compte du pouvoir d’achat des catégories ciblées.
Il convient de noter que dans le cadre de la mise à jour de la stratégie nationale du logement et de la poursuite du processus d’évaluation et de développement de la politique de l’habitat et en vue de favoriser l’accès à la propriété, surtout aux ménages à faible revenu, le ministère a lancé une étude de révision de cette stratégie en partenariat avec le bureau sous-régional pour le Maghreb d’ONU-Habitat.
Cette étude vise à diagnostiquer la situation du secteur, et ce, via l’évaluation des politiques antérieures et la proposition d’un plan d’action actualisé fixant les éléments à privilégier pour développer le secteur du logement, conformément aux mutations sociales et économiques ainsi que des spécificités de la période actuelle, pour permettre la révision du cadre législatif.
Il s’agit notamment du Code de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme et des lois régissant la propriété immobilière, outre la révision du secteur de la promotion immobilière et le renforcement de l’offre des logements sociaux.
L’étude permettra aussi de développer le cadre législatif du logement locatif, la révision des mécanismes de financement du logement, le développement des interventions des fonds publics et la réhabilitation des quartiers. Cette étude devrait être achevée avant la fin de 2026, selon le ministre de l’Équipement.
Priorités et objectifs de la politique du logement pour 2026
La cheffe du gouvernement, Sarah Zaafrani Zenzri, a affirmé que la politique sociale de l’État dans le domaine du logement vise à concrétiser le droit à un logement décent en tant que droit constitutionnel, à travers des mécanismes pratiques répondant aux exigences des familles tunisiennes à revenus limités, et traduisant l’engagement de l’État à établir la justice sociale et à renforcer la dignité du citoyen.
La cheffe du gouvernement a ajouté, lors d’un conseil ministériel restreint, tenu le 13 janvier 2026 axé sur la politique sociale de l’État en matière de logement et le plan exécutif relatif à la réalisation et à la cession de logements sociaux au profit des catégories à revenus limités et moyens, via le mécanisme de la location-accession, que « l’État travaille à développer une politique de logement juste, et des efforts sont en cours pour étendre les programmes d’intervention du Fonds de Promotion du Logement au profit des salariés.
Il s’agit également de fournir les crédits nécessaires destinés au renforcement du mécanisme de location-accession qui peut être adopté par les promoteurs immobiliers publics, tout en maîtrisant le coût des projets de logement afin qu’ils correspondent à la capacité de remboursement de toutes les catégories de la société, notamment celles à revenus limités et moyens ».
L’année en cours, selon le document du budget économique 2026, connaîtra la poursuite des efforts pour atteindre les objectifs stratégiques et mettre en Å“uvre les différentes réformes visant à promouvoir le secteur du logement, à travers la fourniture de parcelles aménagées pour les catégories sociales à revenus limités, via l’acquisition par l’Agence Foncière d’Habitation (AFH), de terrains appartenant au domaine privé de l’État ou aux collectivités locales à un prix préférentiel.
Le gouvernement Å“uvre, également, à concrétiser le rôle social de l’État à travers la réalisation de logements sociaux destinés à différentes couches sociales et l’attribution de terres domaniales au dinar symbolique pour la réalisation de projets de logements sociaux par les promoteurs immobiliers publics, et le financement de la construction de projets de logements sociaux par le Fonds de Promotion du Logement pour les salariés (FOPROLOS).
Il s’agit également d’une adéquation de l’offre à la demande en se concentrant davantage sur les régions qui connaissent une pression urbaine et en travaillant sur l’étude du coût des projets pour qu’ils correspondent à la capacité de remboursement des différentes couches sociales.
Le programme du gouvernement comprend l’activation du Fonds de Garantie des Crédits accordés aux catégories sociales à revenus non réguliers, la fourniture d’épargnes immobilières pour répondre aux besoins de l’expansion urbaine, et le renforcement de l’intervention des promoteurs immobiliers et du secteur privé dans la fourniture de logements sociaux et économiques.
Dans ce cadre, les mesures de réforme sur lesquelles le gouvernement travaillera comprennent la révision de la stratégie nationale du logement et l’évaluation de la performance du secteur, dans le but de fournir un meilleur accès au logement, en particulier pour les familles pauvres et à revenus limités, et d’ancrer le rôle social du secteur du logement à travers la réalisation de logements sociaux à des prix raisonnables destinés aux différentes couches sociales, notamment celles à revenus limités.
Le document du budget économique pour l’année 2026 souligne que la fourniture d’un logement social décent et l’amélioration des conditions de vie passeront par l’appel à la Société de Promotion des Logements Sociaux (SPROLS) et à la Société Nationale Immobilière de Tunisie (SNIT) pour qu’elles retrouvent leur rôle social dans le domaine du logement, tout en mettant à leur disposition un patrimoine foncier constitué de terres domaniales, et par la modernisation des formules et des conditions de régularisation des situations des anciens regroupements d’habitation situés sur le domaine privé de l’État pour plus d’efficacité des procédures de régularisation, à travers l’accélération du changement de la vocation des biens immobiliers ainsi que la réalisation d’un inventaire des biens des étrangers avec l’accélération du rythme de travail de la commission nationale chargée de leur cession.
Composants du Programme du secteur du Logement pour l’année 2026
Dans le cadre du programme spécifique d’élimination des logements rudimentaires (décrit dans le décret n°1224-2012) qui vise à remplacer ou réhabiliter les habitations précaires et leur remplacement par de nouveaux logements, près de 2 926 nouveaux logements sont en cours de réalisation pour un coût de 65 millions de dinars (MD) réparties sur l’ensemble des gouvernorats du Kef, Bizerte, Jendouba, Mahdia, Sfax, Kairouan et Tozeur.
Le programme prévoit également le démarrage des travaux de construction de 913 nouveaux logements pour un coût de 16 MD répartis dans les gouvernorats de Ben Arous, Zaghouan, Sousse, Monastir, Beja, Kasserine, Sidi Bouzid et Tataouine, en plus de la programmation de nouveaux projets d’accords d’une valeur de 3,9 MD pour l’éradication de 90 logements rudimentaires et leur remplacement par de nouveaux logements.
Le programme comprend également le parachèvement de la construction de 216 logements sociaux collectifs pour un coût de 23,5 MD à Fejja, dans le gouvernorat de Manouba, inclus dans la première phase du programme spécifique des logements sociaux, et l’annonce des appels d’offres pour achever les travaux de construction de 172 logements sociaux dans les gouvernorats de Monastir et de Siliana, outre le lancement des travaux d’achèvement d’environ 3 100 logements sociaux pour un coût de 270 MD et l’annonce des appels d’offres pour la mise en place de 1900 logements sociaux pour un coût de 210 MD sur un total de 5000 logements sociaux programmés pour un coût total de 480 MD dans la deuxième phase.
Le même programme comprend également le financement des projets de logements en allouant des enveloppes au Fonds de la promotion du Logement à hauteur de 38 MD sous forme de prêts pour l’achat et la construction de logements sociaux et des lotissements sociaux, avec l’attribution de crédits au Fonds de la promotion des logements au profit de la procédure à hauteur de 25 MD pour la construction des logements sociaux dans le cadre de la location-accession et l’attribution des enveloppes au programme du premier logement à hauteur de 15MD , en plus de poursuivre la mise en Å“uvre du programme du Fonds national de la promotion du logement en allouant des enveloppes d’une valeur de 10 MD pour l’entretien, la restauration, la sauvegarde et l’assainissement du parc immobilier existant, parallèlement au lancement de la mise en Å“uvre du programme de relance des anciens centres urbains et la poursuite des travaux d’achèvement de la deuxième génération du programme de Rénovation et d’Intégration des quartiers populaires (160 quartiers dans 99 municipalités).
Principaux indicateurs du secteur
L’intervention directe de l’Etat ainsi que la création des établissements publics spécialisés dans le secteur de l’habitat et de l’aménagement urbain, a permis au secteur public de jouer  un rôle important dans la planification du tissu urbain et la satisfaction des demandes d’acquisition des logements.
Toutefois, depuis la modification de la loi régissant le secteur de la promotion immobilière, la production des promoteurs immobiliers publics a diminué, tandis que celle du secteur privé a augmenté, selon le ministre de l’Équipement.
Néanmoins, le taux de production des deux secteurs représente environ 18 %, tandis que la construction individuelle par les familles représente 82 % des logements bâtis chaque année.
Les données montrent la réalisation de certains objectifs. En janvier 2026, des autorisations de cessions ont été publiées   pour environ 10,2 hectares au profit de la Société nationale immobilière de Tunisie (SNIT), de la Société nationale immobilière de Tunisie  Sud (SNIT SUD) et de La Société de promotion des logements sociaux (SPROLS).
Jusqu’à présent , la cession a concerné plusieurs terrains; à savoir la terre domaniale n° 6 situé dans la délégation  de Mornaguia, dans le gouvernorat de Manouba (12 ha), deux terrains domaniaux, situés dans la délégation de Grombalia, dans le gouvernorat de Nabeul (0,21 ha), le terrain domanial situé dans la région d’El Mghira Fouchana, dans le gouvernorat de Ben Arous (4 ha), la parcelle d’une terre  domaniale située dans la région de Bouchema, dans le gouvernorat de Gabès (24 ha), et la parcelle d’un terrain domanial situé dans la région de Raoued, dans le gouvernorat de l’Ariana (2,38 ha).
Dans le cadre de la mise en œuvre du plan élaboré, le ministère œuvre à accélérer les procédures pour publier les autres autorisations  de cession des terres domaniales situées à Oued El-Marj et Cite El Jala, dans le gouvernorat de Bizerte, à Soliman dans le gouvernorat de Nabeul et au centre-ville de Tozeur dans le gouvernorat de Tozeur.
Les opérations immobilières se poursuivront également en vue de l’obtention d’autres terres domaniales afin de couvrir tous les gouvernorats de la République.
Selon les résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 2024, les indicateurs du secteur de l’habitat montrent que les deux tiers de la population vivent sur le littoral,  dont la superficie ne représente que 10 % du territoire national et qui abrite environ 80 % des activités économiques. Le patrimoine immobilier s’élève à environ 4,2 millions de logements pour 3,4 millions de ménages, dont 75,1 % sont des propriétaires.
Il s’agit également d’une augmentation du nombre de logements qui a été quintuplé entre 1966 et 2024, en raison de la hausse démographique  et de la succession des politiques de l’habitat qui ont encouragé la construction des logements


