La médecine esthétique connaît un essor remarquable en Tunisie. Entre reconnaissance académique, rayonnement international et rigueur médicale, le pays s’impose comme un acteur incontournable dans la région. Les 12 et 14 février 2026, Tunis accueillera une nouvelle édition du congrès international de médecine esthétique, porté par la « Tunisian Aesthetic Medicine and Anti‑Aging Society » (TAMAS)*. Laquelle, fidèle à sa vocation, organise un événement qui rassemblera experts tunisiens et figures internationales autour des dernières innovations, confirmant Tunis comme un carrefour incontournable de l’esthétique moderne.

Au hasard d’une rencontre, Dr Meriem Mahjoub, médecin esthétique formée à l’Université Paris Descartes et secrétaire générale de la TAMAS, nous éclaire sur les enjeux, les défis et les perspectives de cette spécialité en pleine expansion.

Entretien

Quelle est aujourd’hui la place de la médecine esthétique en Tunisie par rapport aux standards internationaux ?

Aujourd’hui, les compétences médicales tunisiennes sont comparables aux standards internationaux. Nos médecins sont formés à l’étranger, principalement en Europe. La médecine esthétique est devenue une spécialité reconnue en Tunisie depuis deux ans. Pour obtenir l’équivalence, il faut un diplôme français délivré par une autorité publique, comme celui que j’ai obtenu à l’Université Paris Descartes. Sinon, il existe désormais un CEC tunisien qui couvre toutes les disciplines nécessaires.

La référence en matière d’expertise esthétique est-elle uniquement européenne ou la Tunisie produit-elle sa propre expertise ?

Nous avons de très bons médecins, notamment en chirurgie maxillo-faciale et esthétique, reconnus mondialement. En médecine esthétique, nous formons désormais des praticiens 100 % tunisiens grâce au CEC de Monastir. Nos confrères libyens, algériens et marocains viennent se former chez nous, notamment en laser. La Tunisie est aujourd’hui un chef de file de la médecine esthétique nord-africaine.

La Tunisie est aujourd’hui un chef de file de la médecine esthétique nord-africaine.

 

Comment se positionne la Tunisie face à des pays comme la Turquie ou l’Égypte ?

La Turquie s’est spécialisée dans la greffe de cheveux, soutenue par une politique d’État. Les pouvoirs publics turcs soutiennent la filière de la médecine esthétique considérant qu’elle a un poids économique important et qu’elle est une composante importante du tourisme médical pourvoyeur potentiel en devises. En Égypte, il existe de grands médecins et nous collaborons étroitement avec eux à travers des congrès et des conventions.

La médecine esthétique est-elle une médecine de confort ou conserve-t-elle une dimension thérapeutique ?

Je ne dirais pas que c’est une médecine de confort. Le côté thérapeutique domine. Derrière chaque recours, il y a un mal-être, parfois psychologique, parfois lié à des cicatrices, à l’acné ou à des suites post-opératoires. C’est une véritable prise en charge médicale.

Comment concilier nouvelles technologies et protection des patients ?

Toutes les technologies sont testées et validées avant leur mise sur le marché. Mais le plus important reste l’opérateur : seul un médecin qualifié peut utiliser ces machines. Malheureusement, des centres non réglementés se multiplient et utilisent des appareils bon marché, parfois dangereux. Nous travaillons avec le syndicat et les autorités pour réguler le marché et protéger les patients.

La médecine esthétique tunisienne privilégie désormais la régénération tissulaire au volume artificiel.

 

Que représente le congrès tunisien de médecine esthétique ?

C’est notre fierté. Il attire chaque année 500 à 600 médecins de toutes les nationalités, dont des sommités mondiales. Ils découvrent la Tunisie, sont séduits par nos compétences et reviennent régulièrement. Certains proposent même de participer bénévolement l’année suivante. Les thèmes phares concernent les nouvelles molécules régénératives, les inducteurs de collagène et les biosimulateurs. Les patients veulent désormais du naturel, une régénération tissulaire plutôt que du volume artificiel.

Ces innovations peuvent-elles retarder le recours à la chirurgie esthétique ?

Nous essayons de retarder au maximum la chirurgie, mais la médecine esthétique a ses limites. Quand elle ne suffit plus, nos chirurgiens prennent le relais.

Que pensez-vous de l’obsession de la jeunesse éternelle ?

Ce n’est pas un phénomène récent. Depuis la nuit des temps, les gens rêvent de jeunesse éternelle. Aujourd’hui, il s’agit surtout de garder une peau éclatante, un visage frais et gai. Ce n’est pas une quête de transformation radicale, mais de bien-être et de santé.

Seuls les médecins qualifiés sont autorisés à utiliser les technologies laser et esthétiques en Tunisie.

 

Comment la Tunisie peut-elle tirer parti de la présence d’experts internationaux ?

En évitant les erreurs déjà commises ailleurs et en alignant nos pratiques sur les standards internationaux. Ces rencontres permettent de créer des réseaux durables de formation continue et de renforcer notre expertise.

Quelle est la valeur ajoutée de ces congrès pour les jeunes médecins tunisiens ?

Les congrès internationaux sont coûteux et difficiles d’accès pour nos jeunes médecins. En ramenant les experts en Tunisie, nous leur offrons une formation de haut niveau sur place. C’est un accélérateur de carrière et une opportunité de construire des réseaux professionnels.

La médecine esthétique peut-elle contribuer à l’économie nationale ?

Oui, grâce à notre proximité avec l’Europe, nos coûts compétitifs et nos compétences médicales. Le tourisme médical est déjà une réalité en Tunisie et la médecine esthétique y contribue fortement.

Le tourisme médical tunisien repose sur la proximité avec l’Europe et des coûts opératoires compétitifs.

 

Comment évolue la demande des patients tunisiens ?

La tendance est au naturel. Les patients veulent améliorer la qualité de leur peau, traiter le relâchement et les ridules, mais sans changer leur mimique. Ils souhaitent garder leur regard et leur identité, tout en ayant une mine fraîche.

Le congrès peut-il renforcer la coopération régionale ?

Absolument. La Tunisie devient un hub régional de formation et d’échanges scientifiques. Nous sommes au centre du Maghreb pour la médecine esthétique et nous travaillons à consolider cette position. Propositions de titres accrocheurs

Entretien conduit par Amel Belhaj Ali

EN BREF

La médecine esthétique en Tunisie est une spécialité médicale reconnue, positionnant le pays comme un hub régional. Portée par la société TAMAS et des formations académiques rigoureuses (CEC de Monastir), elle combine expertise thérapeutique, innovations technologiques et attractivité économique via le tourisme médical.