L’enquête sur la perception de la corruption révèle deux faits inquiétants : la forte augmentation du nombre de Tunisiens convaincus que ce mal continue à croître et une plus grande proportion parmi eux est prête à composer avec. 

87,9% des Tunisiens pensent que la corruption a augmenté (contre uniquement 6,3% qui pensent qu’elle a diminué). C’est ce qui ressort de l’enquête sur la perception de la corruption menée pour la deuxième année consécutive par l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) avec l’appui de la coopération allemande (GIZ), et réalisée par le bureau des études marketing et sondages BJKA.

Et ce n’est guère une bonne nouvelle puisque le nombre de Tunisiens convaincus que la corruption a augmenté a fait, en une année, un bond de près de 30%.

En effet, il y a une année, Afrobaromètre, une étude réalisée par un réseau de recherche panafricain indépendant, opérant dans une trentaine de pays, nous apprenait que «deux-tiers (67%) des Tunisiens affirment que la corruption s’est accrue «quelque peu» ou «beaucoup» en 2018.

le secteur public reste le principal foyer de ce mal endémique (87,4%), avec en pole position le secteur de la sécurité (58,2%), suivi de la douane (49,6%), du secteur de la santé (41,9%)

Le constat est également toujours le même concernant les organismes et secteur les plus corrompus. D’après, l’enquête de l’INLUCC, le secteur public reste le principal foyer de ce mal endémique (87,4%), avec en pole position le secteur de la sécurité (58,2%), suivi de la douane (49,6%), du secteur de la santé (41,9%) et des administrations publiques (40,5%).

L’attitude de Tunisiens à l’égard de la corruption reste contradictoire. D’un côté ils sont –«en théorie», souligne l’enquête de l’INLUCC contre la corruption- en majorité contre la corruption. Ce taux est plus élevé pour les hommes, les jeunes et les personnes les plus aisés (généralement plus en contact avec l’administration tunisienne et/ou avec plus de moyens). De l’autre, une plus grande proportion -15,7% contre 11% en 2018- d’entre eux est favorable au fait de donner un cadeau en nature ou rendre un service pour régler une affaire quelconque.

17% des Tunisiens affirment avoir vécu personnellement une situation de corruption principalement «pour soudoyer la Police (58,2%) et/ou pour avoir des prestations dans les administrations (32,7%)».

D’ailleurs, 17% des Tunisiens affirment avoir vécu personnellement une situation de corruption au cours de cette année -10,4% en ont vécu entre 1 et 5 situations de corruption au cours de l’année écoulée- et 29,7% d’entre eux affirment que quelqu’un de leur entourage y a été confronté. Principalement «pour soudoyer la Police (58,2%) et/ou pour avoir des prestations dans les administrations (32,7%)».

Les motivations de l’agent administratif qui accepte la corruption sont multiples. Ce sont l’âpreté matérielle (43,9%), l’absence de morale (33,7%), la situation matérielle défavorable (31,4%), l’absence d’éthique professionnelle (22,6%) ou le sentiment d’injustice sociale (21,8%).

De son côté, le citoyen qui accepte de donner du «bakchich» le fait pour accélérer les procédures (50,1%), bénéficier d’un avantage auquel il n’a pas droit (30,8%) ou échapper aux sanctions (27,7%).

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge. Bien au contraire, on s’y enfonce chaque jour un peu plus.

M.M