La longue marche africaine de la BID

Dix-sept ans après la Déclaration de Ouagadougou, qui devait marquer un accroissement de l’engagement de la Banque Islamique de Développement, l’Afrique ne figure pas en tête des priorités de cet établissement. Mais les choses sont peut-être en train de changer.

Pourtant les chiffres semblent dire autre chose. D’après le rapport annuel 2018 de la Banque islamique de développement, sur les 138,4 milliards de dollars d’approbations nettes cumulées depuis sa création 78,1 milliards de dollars ont été affectés au financement du commerce, 56,7 milliards de dollars à des projets et 2,8 milliards de dollars à des opérations d’assistance technique.

Membre du Conseil des directeurs exécutifs, l’Egyptien Shehabeldin Marzban, ne nie pas cette réalité, mais en rend responsables les opérateurs privés qui, d’après lui, «refusent d’ouvrir le capital de leurs entreprises et préfèrent se limiter à l’obtention de financements».

Les chiffres disent aussi que, dix-sept ans après la Déclaration de Ouagadougou, l’Afrique ne figure pas en tête des priorités de la BID. Officiellement, sa part dans les décaissements s’élève en 2018 à 2,1 milliards de dollars (29,8%), derrière la région MENA & Europe (3,4 milliards de dollars, 49%). Mais comme l’Afrique se partage l’enveloppe avec l’Amérique Latine, sa part est peut-être inférieure à celle de l’Asie (1,4 milliard, 20%), ce qui la placerait plutôt en troisième, voire en quatrième position.

De même, toujours en matière de chiffres, bien qu’ils représentent près du tiers des pays membres de la BID (27 sur 57), les pays africains en détiennent moins du tiers du capital. Le plus grand contributeur africain c’est la Libye (9,43%), qui figure en deuxième position, loin derrière l’Arabie Saoudite (23,50%), suivie du Nigeria (4ème, 7,66%), de l’Egypte (7ème, 7,07%), de l’Algérie (11ème, 2,54%), du Maroc (16ème, 0,51%), etc.

N’empêche, les choses commencent à changer, notamment les priorités de la BID. En effet, convaincu de la nécessité d’un «changement de paradigme» pour «relever les défis du développement », sont président, le Palestinien Bandar M.H. Hajjar a concocté un programme quinquennal –entré en vigueur en 2018 mais dont l’annonce officielle a eu lieu en avril 2017, en marge de de la 44ème réunion annuelle de la banque à Marrakech.

Celui-ci vise à «fournir aux pays membres des solutions ciblées, intégrées et holistiques, qui s’attaque aux causes profondes des défis de développement plutôt qu’à leurs symptômes».

Avec un mot d’ordre clair : «Il est important pour la BID de cesser d’être une simple banque de développement pour devenir une Banque pour le développement et les acteurs du développement ».

Après avoir discuté le nouveau programme de la BID, les pays africains ont fait des recommandations, dont en particulier celle de faire de l’instauration de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) une priorité. Car il s’agit d’une aspiration profonde des pays africains. Que le groupe de la Banque Islamique de Développement peut contribuer à concrétiser, estime le chef de la délégation d’un pays africain.

M.M.