Les banques chypriotes plombées par des prêts non remboursés

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à Nicosie le 30 juillet 2013 (Photo : Yiannis Kourtoglou)

[04/02/2014 12:49:39] Nicosie (AFP) Le système bancaire à Chypre, frappée par une brutale crise financière il y a près d’un an, est handicapé par l’ardoise faramineuse des prêts non remboursés qui les empêche de réinjecter dans une économie anémique.

L’ensemble des banques a accumulé 23 milliards d’euros de créances considérées comme douteuses, c’est-à-dire qui n’ont pas été remboursées depuis au moins trois mois ou ont dû être rééchelonnées à plusieurs reprises, selon des chiffres communiqués par la Banque centrale à l’AFP. Le FMI évalue ces créances douteuses à 19 milliards d’euros.

Cela représente 42,3% des prêts en septembre 2013, dernier bilan en date de la Banque centrale, contre près de 6% dans la zone euro selon le FMI — et le phénomène s’amplifie.

Le taux de créances douteuses pourrait dépasser les 50% sous peu, et se stabiliser courant 2014, estime l’économiste Fiona Mullen.

Un problème d’autant plus crucial que les ménages et entreprises chypriotes sont parmi les plus endettés d’Europe, le total de leurs dettes atteignant trois fois le PIB. L’ardoise paralyse donc le système financier, qui ne peut plus octroyer les prêts nécessaires à la relance de l’économie.

“La gestion des arriérés et la restructuration des prêts est le plus gros défi auquel fait face le secteur bancaire de Chypre”, déclarait récemment le gouverneur de la Banque centrale Panicos Demetriades.

“Pas de politique de collecte des impayés”

A la Bank of Cyprus, la plus importante de l’île, qui a été contrainte de ponctionner 47,5% sur les comptes au-delà de 100.000 euros en contrepartie d’un prêt européen pour sauver Chypre de la faillite en mars 2013, le taux de créances douteuses dépasse 48% (soit 13 milliards d’euros).

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à Nicosie le 30 juillet 2013 (Photo : Yiannis Kourtoglou)

Il s’agit surtout de prêts commerciaux, et les principaux mauvais payeurs, désignés par la presse locale, sont de gros groupes familiaux chypriotes opérant notamment dans l’immobilier et la distribution.

“Cela prend actuellement sept à neuf ans pour saisir des biens” en cas de non-remboursement d’un prêt, déplore Constantinos Pittalis, directeur des relations avec les investisseurs à la Bank of Cyprus.

Certains emprunteurs parmi “les plus sophistiqués, ceux qui ont des conseillers très pointus” en ont profité pour ne pas honorer des dettes qu’ils ont les moyens de payer, souligne-t-il, “mais cela est en train de changer”.

Des clients endettés ont ainsi “commencé à rapatrier de l’argent à Chypre pour rembourser des prêts, ils deviennent plus coopératifs, cherchent de nouveaux investisseurs ou vendent eux-mêmes des biens” pour rembourser, explique-t-il.

Car la Banque centrale a appelé à la fermeté, faisant savoir que les 30 emprunteurs ayant à eux seuls laissé 6 milliards d’euros d’impayés étaient traqués. Et une loi réclamée par les bailleurs de fonds internationaux pour faciliter les saisies doit être votée dans les mois à venir.

Saisies de maisons

Mais cela a fait naître des inquiétudes sur une possible multiplication à l’avenir des saisies de maisons.

Il faut “chercher des alternatives pour éviter des saisies massives qui entraîneraient un chaos économique bien pire”, avertit Spyros Spyridonos, vice-président de l’Association des emprunteurs, tout en jugeant peu probable un tel phénomène avant 2018.

Nombre de familles ne peuvent plus rembourser les mensualités pour leur logement, notamment aux Coop, groupement mutualiste et deuxième plus grosse institution bancaire de Chypre, qui détiennent près de 6 milliards d’euros de créances douteuses — soit plus de 44% de leur portefeuille de prêts.

“Nous n’avions pas de politique de collecte des impayés”, explique Marios Clerides, qui dirige l’autorité gérant les Coops. “Un contrat de prêt était considéré comme un arrangement très flexible — mais nous sommes désormais forcés d’être plus stricts”.

La Banque centrale se veut rassurante, soulignant que les banques ont été suffisamment recapitalisées pour faire face à une augmentation des créances douteuses, et que les nouveaux textes visent les gros emprunteurs peu coopératifs, pas les petits pris à la gorge.

Ainsi, la loi qui doit entrer en application d’ici la fin de l’année prévoit que des saisies puissent être effectuées en 18 mois –mais pour les résidences principales, le délai serait de deux ans et demi.

“Tout est fait pour éviter les saisies”, confirme Fiona Mullen. Mais “nombre de gens ont hypothéqué leur logement pour emprunter au nom de leur société — reste à savoir comment seront traités les arriérés de ces prêts-là”.