Le FMI multiplie les signes pour réduire plus doucement le déficit français

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ésident français François Hollande et la directrice générale du FMI Christine Lagarde, le 29 octobre 2012 à Paris (Photo : Bertrand Langlois)

[27/12/2012 13:09:53] PARIS (AFP) Le FMI, comme la Commission européenne, multiplie les signaux en faveur d’une réduction moins brutale des déficits en France, comme dans d’autres pays européens, pour ne pas aggraver encore la crise en 2013.

Mercredi, le chef de mission du Fonds monétaire international pour la France, Edward Gardner, a clairement invité le gouvernement à “discuter dans un contexte européen plus large” de ses objectifs pour 2013.

L’institution de Washington, comme la Commission européenne, table sur un déficit français à 3,5% du PIB l’an prochain et considère que la France ne tiendra pas ses promesses à moins de mesures supplémentaires qui risqueraient d’aggraver encore la situation.

Plus que les déficits, “l’important est vraiment la crédibilité de la politique (économique) à moyen terme” a insisté M. Gardner. Dans ces conditions, une remise en cause de l’objectif des 3% dès 2013, toujours taboue pour le gouvernement, “serait plus efficace et plus crédible (si elle était faite) de façon coordonnée”, a-t-il ajouté.

Le FMI, qui a aussi appelé jeudi l’Allemagne, par la voix de sa directrice générale Christine Lagarde, à aller “un peu plus lentement que d’autres dans l’assainissement” de ses comptes, joint ainsi une nouvelle fois sa voix au débat sur le risque d’un trop plein d’austérité en zone euro.

“Le FMI commence à comprendre que la situation française est devenue dangereuse” et “essaie de préparer l’opinion à un non respect des objectifs gouvernementaux”, estime Marc Touati, économiste et président du cabinet ACDéfi.

“Ce n’est pas un discours vraiment nouveau”, même si les institutions internationales “mettent de plus en plus l’accent” sur la nécessité de prendre le temps pour réduire les déficits, tempère Frédérique Cerisier, économiste chez BNP Paribas.

De fait, la crise s’amplifiant, l’idée d’étaler davantage la réduction des déficits fait son chemin, incitant le Commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, à ouvrir avant Noël la porte à “un ajustement plus doux” des comptes publics en France.

La France inflexible

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éen aux Affaires économiques Olli Rehn, le 18 décembre 2012 à Bruxelles (Photo : Georges Gobet)

Si l’objectif d’un déficit public “de 3% reste une référence, (…) ce qu’il faut prendre en compte c’est surtout l’effort structurel d’ajustement budgétaire que la France entreprend avec une intensité remarquable”, avait-il souligné.

Pour l’heure, le gouvernement français est resté insensible à ces appels.

Il répète à l’envi que le déficit français sera réduit de 4,5% à 3% l’an prochain, grâce à une croissance de 0,8% de l’économie, jugée trop ambitieuse par les économistes.

Le ministre de l’Economie Pierre Moscovici a ainsi publié jeudi une tribune dans le Handelsblatt, le journal des milieux d’affaires allemands, martelant ses objectifs “ambitieux” en matière de déficits.

“Il est de notre devoir” d’inverser la tendance à la hausse de la dette, a ajouté M. Moscovici. La dette atteignait fin septembre 89,9% du PIB, en recul de 14,5 milliards d’euros par rapport à la fin juin, selon des chiffres de l’Insee publiés jeudi.

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Evolution de la dette publique de la France en pourcentage du PIB par trimestre du 3e trimestre 2009 au 3e trimestre 2012

En somme, la France, qui voit dans ses taux d’emprunts exceptionnellement bas un signe de confiance des marchés, est contrainte de communiquer prudemment pour ne pas entamer sa crédibilité, analyse Mme Cerisier.

Cependant, “le fait que l’on puisse commencer à discuter de tout ça, c’est la preuve que les pays sont devenus plus crédibles dans leurs objectifs économiques”, ajoute-t-elle.

Pour Christian Schulz, économiste en chef de la banque allemande Berenberg, les gouvernements européens peuvent “ne pas économiser trop vite, en théorie du moins”. Mais en ce qui concerne la France, “les réformes structurelles ne doivent en aucun cas être ralenties”, juge-t-il.