Compétitivité : des ministres chez Ayrault pour évoquer baisse des coûts et stratégie

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ouest de la France, le 15 octobre 2012 (Photo : Jean-Sebastien Evrard)

[22/10/2012 07:03:54] PARIS (AFP) A deux semaines de la publication d’un rapport très attendu sur la compétitivité de la France, qui fait l’objet de fuites, le Premier ministre discutera lundi avec des ministres des choix à venir difficiles en termes de baisse des coûts et de stratégie industrielle.

L’ancien patron d’EADS, Louis Gallois, doit remettre le 5 novembre au gouvernement ses propositions sur les moyens de relancer la compétitivité des entreprises françaises, alors que la part du marché mondial de la France est tombée depuis 1990 de 6,2% à 3,6%.

Le lendemain, le gouvernement doit se réunir en séminaire à ce sujet.

Selon Le Figaro, M. Gallois va préconiser de baisser les cotisations sociales de 30 milliards d’euros sur deux ou trois ans (20 du côté patronal et 10 du côté salarial), de réduire les dépenses publiques et d’augmenter légèrement la CSG et la TVA.

Interrogé dimanche, sur France 3, à ce sujet, le ministre du Travail Michel Sapin a mis en doute les informations du journal, appelant à attendre le rapport.

“Le rapport Gallois est un élément, et qui sera extrêmement sérieux (…) mais ce n’est pas le seul point de vue qui compte”, a-t-il par ailleurs souligné. Le gouvernement a aussi demandé au Haut conseil du financement de la protection sociale de faire un état des lieux.

“Les deux textes vont arriver au même moment. Ensuite, nous continuerons à confronter, à réfléchir (…) En janvier, il y aura un rapport définitif du Haut conseil, le gouvernement tranchera à ce moment-là”, a-t-il poursuivi, affirmant que d’ici là, il n’y aurait pas de décision.

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à Matignon, le 8 octobre 2012 (Photo : Eric Feferberg)

En attendant, le débat est âpre entre ministres, patronat et économistes sur les moyens de redonner force sur le marché mondial à un pays dont les échanges de biens avec le reste du monde se sont soldés en 2011 par un déficit record de plus de 70 milliards d’euros.

Crainte d’un “choc récessif”

“Si vous pensez que la compétitivité, c’est l’allègement des charges, vous ne connaissez pas le dossier”, a lancé le 15 octobre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, tandis que des grands patrons et des économistes réclament des baisses de cotisations sociales de plusieurs dizaines de milliards d’euros sur une brève période.

Matignon redoute que ce scénario provoque un “choc récessif” en plombant la consommation, puisqu’une baisse des cotisations devra être compensée par une hausse d’impôts tels que la CSG ou la TVA.

Le coût du travail n’est pas “l’alpha et l’omega” de la compétitivité, insiste Matignon, en faisant allusion au rôle des facteurs dits “hors coût” de l’avantage concurrentiel d’un pays. Ceux-ci sont notamment sa capacité à innover, la qualité réelle ou perçue de ses produits, son système éducatif, ses efforts de recherche.

Ce “sera une politique globale” prenant en compte la “compétitivité hors coût” et “la compétitivité coût”, a déclaré pour sa part samedi le ministre de l’Economie Pierre Moscovici, insistant sur la nécessité de protéger le pouvoir d’achat des Français.

M. Sapin a qualifié de “rengaine” la plainte de certaines entreprises de payer trop de “charges”. “Le sujet ce n’est pas l’ensemble des entreprises françaises” mais celles qui sont “dans la compétition internationale” et pour qui “il y a des mesures à prendre, y compris des mesures qui peuvent porter sur le coût du travail”, a-t-il dit.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, fait la même distinction.

“L’idée c’est de choisir certains secteurs pour financer aujourd’hui les secteur exposés”, a-t-il récemment déclaré dans un entretien accordé à l’AFP, citant des secteurs “abrités” tels que “les banques, l’immobilier”. Il préconise aussi une politique de “donnant-donnant” qui accorderait des baisses de cotisations aux entreprises à la condition qu’elles investissent.